Survol des défis du numérique du point de vue des auteurs

J’ai eu la chance de m’adresser samedi dernier à une centaine d’auteurs membres l’UNEQ — une présentation qui semble avoir été appréciée. Le thème était ainsi décrit dans le programme de l’après-midi:

« … [la] présentation illustrera, à partir d’exemples concrets, l’intense bouillonnement qui secoue le monde du livre – non pas dans le but d’en tracer un portrait idyllique, ou catastrophique, mais pour aider chacune des personnes présentes à développer un regard personnel sur cette fascinante transformation culturelle. »

J’étais accompagné à cette occasion par Monsieur François M. Grenier, avocat spécialisé en litige dans le domaine de la propriété intellectuelle, chez Léger, Robic, Richard, à Montréal.

L’atelier a passé beaucoup trop vite (30 minutes chacun + période de questions)… c’est un peu frustrant, mais je suis convaincu que nous aurons d’autres occasions pour approfondir. Et, d’ici là, j’ai promis aux participants de mettre à leur disposition l’ensemble des liens auxquels j’ai fait référence (et ceux auxquels j’aurais souhaité faire référence, mais que je n’ai pu évoquer faute de temps). Les voici donc, à peu près dans le désordre — parfois suivi d’un court commentaire.


Concernant les livrels

Amazon’s Wireless Reading Device

Le livre électronique d’Amazon n’est pas disponible au Canada. Il est néanmoins important de s’intéresser à lui… parce qu’il préfigure vraisemblablement ce que sera la librairie de demain (il est sans doute plus pertinent de le voir comme une librairie portative que comme une bibliothèque portative).

Sony PRS-505

C’est le livrel que je préfère pour le moment. Disponible au Québec, uniquement par l’entremise du site de Sony, je crois. En France, la FNAC vend aussi ce livrel, avec une offre de 1200 oeuvres sous forme électronique. Un nouveau modèle de ce livrel est disponible depuis quelques semaines, le PRS-700.

Bookeen: le Cybook Gen 3

C’est un livrel dont le boîtier est fait en Asie, mais le système d’exploitation est entièrement réalisé à Paris. Il est disponible chez Archambault.ca depuis quelques semaines (impossible de faire un lien direct vers la page du produit: cherchez cybook à partir de l’outil de recherche dans le haut à droite, puis descendez dans la page de résultats à la section violet: jeux et cadeaux).

J’attire votre attention sur le fait qu’Archambault n’offre actuellement AUCUNE oeuvre québécoise pour les acheteurs de Cybook Gen3 — ceux-ci seront donc forcés de lire des livres étrangers (en anglais, essentiellement), des oeuvres du domaine public… voire de pirater des oeuvres officiellement non disponibles.

PlasticLogic

Cela donne une bonne idée de ce vers quoi on se dirige: format 8 1/2 X 11, rapidité… et bientôt la couleur. Une vidéo.

Aussi:

Ne pas perdre de vue les autres appareils électroniques qui se prêtent également à la lecture, même si cela peut paraître surprenant au premier abord, notamment: le iPhone et la Nintendo DS (Amazon vend une sélection de textes classiques pour la DS; des livres de recettes sont également disponibles).

Concernant les oeuvres disponibles sous formes numériques

Très nombreuses aux États-Unis… ça commence en France… pratiquement rien ici, sinon quelques initiatives d’éditeurs qui vendent quelques livres sous forme de documents pdf. J’ai notamment fait mention de Septentrion et des Presses de l’Université du Québec. Certains participants ont également évoqué la Fondation littéraire Fleur de Lys.

En France, Numilog, Cyberlibris et ePagine travaillent actuellement à rendre disponible un nombre croissant de titres.

Nous faisons actuellement quelques tests avec ePagine pour permettre et favoriser la diffusion d’oeuvres québécoises sous forme électronique en France. Exemple ici, avec Les Chroniques d’une mère indigne, sur le site de la Librairie Le Divan.

Aussi:

J’ai fait référence à quelques sources de textes pour lectures sur livrel ou sur iPhone, notamment Feedbooks, <a href= »http://www.ereader.com/ »eReader et Stanza. Je n’ai pas évoqué DailyLit, mais je me permets de l’ajouter: il s’agit d’un système d’envoi d’extraits de textes par courriel (ou SMS, pour téléphone cellulaire) qui peut aussi bien servir à des fins d’édition que de marketing — en anglais seulement pour le moment.

Concernant des modèles alternatifs d’éditions numériques

Publie.net: le texte numérique contemporain

J’ai mentionné cette initiative de François Bon comme étant l’une des plus intéressantes à suivre, particulièrement du point de vue des auteurs. Tout y est innovateur: approche contractuelle, processus éditorial, diffusion, etc. Il ne faut pas hésiter à écrire aux responsables pour obtenir plus d’information.

Dans un tout autre registre:

Amazon Shorts

Qu’il s’agisse d’extraits d’oeuvres ou d’oeuvres inédites, Amazon a développé un marché pour des textes courts qui connaît un grand succès.

Authonomy

Harper Collins a mis en place un site communautaire par lequel des auteurs peuvent publier leurs textes sur le Web afin d’être jugés et commentés par leurs pairs… et éventuellement être publiés, sous une forme ou sous une autre, chez ce grand éditeur états-unien.

TiTexte.net

Initiative québécoise que j’ai découverte en préparant ma présentation — dans le même esprit que Authonomy. À explorer.

Aussi:

Je ne peux pas ne pas mentionner deux autres expériences qui doivent retenir notre attention parce qu’elles interrogent les frontières de l’édition imprimée et numérique: l’incontournable Marie Laberge avec Martha et epizzod.com, lié aux Éditions de la Courte Échelle.

Concernant les sites d’auteurs

The Official Website of Stephenie Meyer

L’auteure de la série méga-bestseller Twilight s’occupe elle-même de sa présence sur le Web depuis longtemps. Faites le tour du site. Remarquez à quel point tout est fait pour créer de l’intérêt autour du projet Twilight: musique que l’auteur écoutait en écrivant, premières maquettes de couvertures, etc.

Arielle Queen – Blogue officiel

À une autre échelle, Michel J. Levesque assure lui aussi la présence de son oeuvre sur le Web. Tout semble fait pour permettre à l’auteur de mieux connaître, et d’obtenir les adresses de courrier électronique des personnes qui s’intéressent à son oeuvre. Voyez, par exemple, cette note concernant les présentations orales et recherches scolaires…

DominicBellavance.com

Autre exemple de blogue d’auteur. Cette fois accompagnée d’un site Web associé à une oeuvre: Alégracia.com.

Audrey Parily, auteure d’un premier roman

Même les recrues s’y mettent avec efficacité. Cet exemple me semble particulièrement intéressant avec un site de type portefolio, d’une part et un blog — chroniques d’un premier roman — d’autre part.

Pour l’anecdote: j’ai repéré ce site pour la première fois vendredi matin. Je l’ai noté en me disant que c’est l’exemple que je souhaitais retenir pour ma présentation. Plus tard dans la journée un ami dont je n’avais pas de nouvelles depuis plusieurs mois m’a écrit mentionnant dans son message… que son amoureuse allait publier un livre d’ici quelques mois: son nom? Audrey Parily! … aussi invraisemblable que cela puisse paraître!

Author Web Sites at HarperCollins Publishers

Les éditeurs ont aussi la responsabilité de faire connaître les sites Web des auteurs… quand ils en ont. Un exemple avec Harper Collins. Certains (mais trop peu) d’éditeurs québécois font la même chose: demandez-le!

AuteursTV

Impossible de ne pas mentionner que la vidéo prend de plus en plus d’importance sur le Web… quelques auteurs s’y lancent individuellement, d’autres profitent de sites collectifs pour permettre aux lecteurs de les connaître un peu mieux. AuteursTV en est un, de nombreux autres exemples existent, initiatives d’éditeurs, d’auteurs, etc. Presque au hasard: La courte échelle sur YouTube; entrevue avec Antoine Tanguay, toujours sur YouTube (partie 1, partie 2); présentations de Matthieu Simard et de André Marois pour epizzod.com.

Concernant les sites de lecteurs…

J’aurais pu en parler très très longtemps — c’est un sujet passionnant! Comme je crois l’avoir dit, l’apparition d’un nouvel écosystème pour le livre sur Internet — et comment il modifie en profondeur les réseaux d’influence, de critique et de bouche à oreille autour du livre — est un des sujets qui m’a le plus fasciné au cours des trois dernières années.

Cela dit, pour le moment, je me contenterai de vous offrir des liens vers les deux pages Web que je vous ai montrés pour illustrer le fait qu’il faut parfois se méfier des blogues de lecteurs qui ont l’air de rien, comme celui de Clarabel, où on peut trouver des critiques comme celle-ci… qui se retrouve aussi en position influente dans des librairies en ligne importantes (descendre un peu dans cette page).

Et, tiens tiens… Archambault.ca se prépare peut-être à amplifier le phénomène chez nous aussi…

Concernant les outils d’auto-publication

Lulu.com – Auto-publication gratuite

Lulu.com est la principale plateforme d’auto-édition — une des plus ancienne aussi. À explorer: vous pouvez y « éditer » votre texte, définir les formes que pourra prendre votre oeuvre (imprimée et/ou numérique), les prix de vente, etc.

Amazon.com: Digital Text Platform

Amazon offre un service semblable spécialement destiné à ceux et celles qui désirent rendre leurs oeuvres disponibles pour le Kindle.

Concernant le droit

J’ai évidemment laissé le soin à Maître Grenier le soin d’aborder cette dimension, tout en me permettant de faire référence à l’accord survenu entre Google, les auteurs et les éditeurs états-uniens; et à un nouveau référentiel qui me semble fort intéressant: Creative Commons.

Les personnes intéressées à en savoir plus sur l’un ou l’autre de ces sujets, et sur ce qu’il peut être particulièrement important d’en savoir d’un point de vue d’auteur, pourront communiquer avec moi parce que le temps a clairement manqué pour le faire correctement lors de la présentation.

Concernant le feuilletage des livres sur Internet

Au cours de ma présentation, j’ai mentionné que la vente de livres imprimés à partir de librairies en ligne est un phénomène en forte croissance et que, parmi les facteurs qui favorisent les ventes, il y a la possibilité pour le lecteur de feuilleter quelques pages d’un livre à l’écran.

C’est Amazon qui a lancé le bal il y a quelques années — exemple ici. Depuis, plusieurs autres chaînes, dont Barnes and Noble, ont entrepris de faire de même, encouragées par les éditeurs.

Comme je l’ai très rapidement mentionné, je travaille actuellement à mettre en place le plus rapidement possible une plateforme numérique qui permettra aux éditeurs et aux libraires québécois d’offrir un service semblable. Nous aurons sans doute l’occasion d’en reparler (je le souhaite) mais pour le moment, voici les liens vers les exemples qui m’ont servi d’illustrations, sur livresquebecois.com (cliquer sur le lien « feuilleter le livre ») et sur septentrion.qc.ca (cliquer sur l’icône du centre sous l’image de la couverture).

—/ en terminant /—

En terminant, je ne peux que réitérer mon conseil et vous inviter à faire quelques recherches dans Google avec votre nom et les titres de vos oeuvres. Rappelez-vous que c’est probablement neuf personnes sur dix qui cherchent de l’information à votre sujet qui le feront à partir de Google… et que s’ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchent… ils risquent de ne pas aller plus loin, de ne pas acheter vos livres et, pire, de passer à côté de votre oeuvre.

Assurez-vous que dans les 10 premiers résultats de ces recherches vous trouverez de l’information pertinente sur vous, des liens vers vos livres et, idéalement, des liens pour acheter les livres en ligne. Et si ce n’est pas le cas, empressez-vous trouvez de l’aide, auprès de votre éditeur ou ailleurs, pour améliorer votre référencement. C’est très important — de plus en plus important.

Je reste d’ailleurs disponible pour participer à des ateliers complémentaires, plus concrets, à ce sujet si l’UNEQ le souhaite. Quelques amis, bien plus experts que moi sur le sujet, pourront aussi nous/vous prêter main-forte.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Cela a été un plaisir de partager une partie de ma fin de semaine avec vous!

9 commentaires

  1. Je te soupçonne d’avoir un clone pour être aussi actif !

    Le module de feuilletage sur publie.net est ce à quoi il faut arriver.

  2. @gilles: ;-)

    Et sur le feuilletage de publie.net, on pourra en reparler, on s’en approche… nouvelle mise à jour cette semaine avec quelques améliorations, itération suivante en janvier. Mais c’est bien vers là qu’on se dirige — voire mieux! ;-)

  3. Bonjour monsieur,

    j’aurais aimé assister à votre atelier de samedi dernier. Hélas, j’ai eu un empêchement. Je suis très intéressée par la publication numérique. Il y a un an, j’ai publié un recueil de nouvelles chez lulu.com «Soleil et cruautés» Quand je l’ai montré sur papier à qq. éditeurs, j’ai eu l’impression de passer pour une extra terrestre. Les éditeurs ne sont pas prêts à ce chamboulement, ils sont trop endormis et vivent sur leurs lauriers. lulu a un problème, il a augmenté ses tarifs postaux au point que mon livre est bien moins cher que les frais de port.

    Avez-vous l’intention de refaire un nouvel atelier ?

  4. Pas mal au courant, par déformation professionnelle, de ce qui se passe en anglophonie, je trouve très intéressant de voir que les auteurs francophones sont enfin invités à monter dans le train et et s’en voient offrir les moyens, ou du moins les infos nécessaires. Avez-vous parlé de l’impression sur demande (alias POD, Print on Demand) qui elle aussi est en train de croître en milieu anglophone et finira bien par arriver chez nous aussi en grand ? C’est tout aussi important que le livre tout électronique, à mon avis…

  5. A quand l’impression numérique à la demande ?

    Écrivain et membre de l’Uneq, j’aurai quelques commentaires à propos du numérique dont je bénéficie en tant qu’auteur.

    Tout d’abord, vous parlez de l’édition numérique en Amérique du nord. Au Québec, le seul éditeur qui publie des livres à la fois numérique et papier existe. Il s’agit de la Fondation littéraire Fleur de Lys.
    Cette maison d’édition donne le choix au lecteur du format papier et du format numérique ; donc cet éditeur prend le chemin du numérique mais en plus, il prend le parti du lecteur : il n’imprime qu’en fonction de la demande du lecteur. Pas de stock, pas de gachis de papier.

    Par contre, au Québec, il n’existe pas encore de machine numérique capable d’imprimer à la demande et de relier. Seule une machine Xerox est capable de le faire mais aucun imprimeur ne la possède.
    En tant qu’éditeur, je dois utiliser un imprimeur numérique et ensuite amener les produits chez un relieur. Ou alors utiliser un imprimeur numérique qui n’imprime qu’en grand nombre et soutraite la rieliure pour me remettre le produit fini.

    Quant à moi, j’opte pour l’édition numérique et la diffusion numérique à 100 % car cela devient un moyen de diffusion moderne et ce n’est pas parce que les droits d’auteur sont bafoués qu’il faut s’en écarter. C’est un combat parallèle et qui se fait aussi avec nos éditeur « papier ». Qui peut garantir le volume d’ouvrages publiés à partir de nos royalty ? Qui a le contrôle sur les invendus et la mise au pilon ?

    Patrick Simon
    écrivain
    et directeur de la Revue du tanka francoiphone et des Éditions du tanka francophone

    http://www.revue-tanka-francophone

  6. Bonjour,
    Suite à l’atelier, j’ai entrepris de « faire » de la lecture sur mon iPod Touch. Des livres du domaine public. Magnifique!
    Mal m’en prit, j’ai sauté une coche. J’ai acheté des droits sur Numilog. Complexe, Français! Déception. Les formats sont bridés. Impossible de les lire sur iPod. Je m’en suis ouvert au personnel de Numilog. Rien à faire. Ces gens n’ont pas suivi de cours « servir la clientèle ». Ils ont empoché l’argent et m’ont clairement envoyé promener. Qu’ils crèvent!
    Existe-t-il une façon de lire ces fichiers présentement inutile (pour moi) sur Stanza?

  7. Bonjour,
    L’atelier de l’UNEQ (6-12-08) a confirmé mes constats et a apporté des données à jour sur les tendances du marché.
    En 2008, je mettais sur pied ma petite entreprise en vue de publier mes livres et d’explorer des moyens de diffusion différents que ceux offerts actuellement offerts par l’industrie du livre au Québec. J’aime l’idée que les formats papier et numérique soient complémentaires. D’ailleurs, j’ai effectué un sondage à l’automne dernier sur les habitudes de lecture, et ceci confirme ces hypothèses.
    Peu de gens aiment lire à l’ordinateur (i.e. être assis face à un ordinateur), mais des supports comme les lecteurs Sony offrent une plus grande souplesse quant au lieu de lecture.

    Dominique Girard
    http://www.editionsdelile.com

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