La tuyauterie au service des oeuvres, jamais l’inverse

poignee_saeco

On parle de distribution numérique et de livres sur La Feuille et chez Aldus… avec une foule de commentaires généralement intéressants, bien qu’un peu trop marqués à mon goût par une conception traditionnelle des rôles dans ce qu’on appelle encore (à tort, il me semble) la chaîne du livre.

Là où il y avait une chaîne, il y a maintenant un cycle — des cycles. Un écosystème, beaucoup plus complexe, avec des rôles qui se superposent bien plus qu’auparavant, et des intervenants/interventions plus polymorphes que jamais.

C’est cette conviction que j’apprécie particulièrement dans l’approche de Xavier Cazin, rapportée par Hubert Guillaud — J’y adhère complètement.

Ce qui m’anime, au quotidien, c’est la volonté de procurer aux éditeurs — à tous les éditeurs — les moyens d’offrir le plus large accès possible aux oeuvres qu’ils éditent, aux conditions qui leur conviennent ainsi qu’à leurs auteurs. Leur offrir les moyens de maîtriser (pas de contrôler complètement: de maîtriser le mieux possible) la manière dont leurs oeuvres peuvent faire leurs premiers pas dans l’univers numérique.

Et je suis convaincu que pour réussir cela, il faut viser à permettre l’accès aux oeuvres partout où il peut en être question sur le Web — partout où des gens auront pu établir un lien vers ces oeuvres. Et qu’importe s’il faut pour cela que les infrastructures que nous mettons à leur disposition soient parfois interconnectées à celles d’autres « distributeurs » — même potentiellement concurrentes, comme s’en étonne Aldus. Ce n’est même pas une question de mon point de vue — le choix définitif demeurant toujours, à cet égard, celui de l’éditeur, comme ultime responsable de l’oeuvre.

Il ne faut surtout pas perdre de vue sont les liens qui s’établissent entre les oeuvres, par l’entremise des lecteurs, qui assurent leur vitalité — pas la tuyauterie qu’elles empruntent pour se rendre jusqu’à nous.

Bien sûr, tout cela peut sembler très abstrait devant ce qu’on perçoit (trop) souvent comme les implacables règles du commerce — mais je pense qu’il faut néanmoins adopter cette idée, l’affirmer, rappeler qu’elle est notre idéal, au moins d’un point de vue technique. Et plaider aussi souvent que possible cette conviction quand les contraintes semblent nous inviter à la résignation.

Il ne faudrait pas accepter de voir se refermer sur elles-mêmes (ou alors le moins possible!) des plateformes qui prétendent pourtant être destinées à faire mieux connaître — et à commercialiser plus efficacement — des oeuvres qui ne demandent qu’à exister sous formes numériques.

3 commentaires

  1. pour votre expérience ANEL comme pour l’expérience Immateriel-fr de Xavier, on apprend sur le terrain même, c’est l’expérimentation concrète qui nous fait parfois constater avec surprise comment intérieurement aussi notre perception a changé, s’est éloignée des modèles d’une simple transposition du livre

    et on n’est pas au bout, puisque peu à peu nos usages mêmes de la lecture se déplacent aussi, à mesure que le numérique (le texte « édité », qui permet la lecture dense, et l’usage enrichi du texte, plus la portabilité de la bibliothèque) change quantitativement d’importance dans nos pratiques privées

    hier j’avais eu même réaction à cette métaphore de la plomberie qui resurgissait – bien sûr ils existent, les tuyaux: câbles, serveurs, transferts réels de paquets de bits

    en même temps, de mon côté, autre perception de la notion d’éditeur: comme dans la préparation de livre chez un éditeur papier (mais selon des critères tous différents, pour cela qu’ils ne savent pas l’erreur où ils sont de ne pas mettre leurs équipes sur ces questions), une infinité de petites choses juxtaposées, qui ne sont pas intégrables dans un « workflow » automatisé – penser à sucrer les doubles espaces, penser aux « e pris dans l’o » – l’appréciation des marges (c’est complètement irrationnel : le rapport à l’interligne et au blanc, et c’est ma réticence non surmontée à l’epub, n’est JAMAIS indépendant du texte lui-même, les éditeurs de poésie le savent bien), tout ce qui permet qu’on puisse lire LONGTEMPS

    alors tant pis pour le commerce, dans l’immédiat, mais merci de la respiration que tu nous donnes par cette approche « écosystème »

  2. Merci Clément, je suis un peu comme Saint-Thomas, j’attends de voir les initiatives de vos « confrères »! Encore bravo à vous et à Xavier d’avancer découverts!

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