La Fabrique du numérique

Vendredi c’était la Fabrique du numérique. Un événement co-organisé par René Audet, Éric Duchemin et moi — hors de tout contexte institutionnel et dont le principal objectif était la rencontre de personnes engagées, d’une façon ou d’une autre dans les métamorphoses du livres.

Comme René, qui l’a fait avant moi, je souhaite revenir rapidement sur les objectifs que je poursuivais en participant à l’organisation de la Fabrique:

1. Rendre possible des rencontres qui n’auraient autrement pas eu lieu

Les feedbacks reçus me permettent de croire que cet objectif a été pleinement atteint.

2. Faire en sorte que les échanges de la journée laissent de nombreuses traces sur le Web — devenant ainsi des matériaux pour la suite.

Je pense que cet objectif est déjà partiellement atteint et qu’il le sera encore davantage à mesure que d’autres participants emboîteront le pas à François, Gilles, Jean-François et Laurent qui ont déjà trouvé le temps de rendre compte de leur expérience sur leur blogue — cela s’ajoutant à plus de 300 twits en rapport avec la Fabrique depuis deux jours.

3. Favoriser des discussions qui se nourrissent de projets concrets et de l’expression de besoins plutôt que d’idées générales, d’opinions et d’hypothèses (dont l’expression sert trop souvent de prétexte pour justifier le statu quo).

C’est peut-être le point sur lequel le bilan me semble le plus mitigé. Je pense que nous n’avons pas su trouver les moyens pour éviter que les discussions tournent autour de cas généraux au lieu de porter sur des cas particuliers, bien ancrés dans le réel. À réfléchir pour une éventuelle deuxième édition.

4. Favoriser l’émergence d’une vision partagée au regard de l’horizon temporel des changements évoqués

J’ai un peu de mal à conclure sur ce point. Peut-être parce que cela n’a pas été suffisamment pris en compte au cours des échanges, ou tout simplement parce qu’il était évident pour tout le monde que le moment de ces changements… c’est maintenant!

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Quelques autres réflexions en vrac…

Ma grande surprise au cours de la journée?

Constater le désintérêt presque total pour la question des métadonnées associées aux oeuvres publiées sous formes numériques. C’est pourtant une question qui me semble absolument essentielle — à tous points de vue et pour tous les acteurs. Faudra y revenir.

Une déception?

Réaliser le contraste entre la richesse et l’énergie qui se dégageaient des échanges que j’entendais aux tables et ce qui pouvait en être rapporté lors des plénières. Notre méthode était manifestement déficiente à cet égard (faudra que je demande conseil à Jean-Sébastien pour la prochaine fois — en le remerciant pour le matériel qu’il nous avait prêté vendredi).

Une idée séduisante qui me laisse songeur?

Exprimée à la fin de la première série d’atelier [citée par Gilles]: « ne nous concentrons pas sur le modèle économique, il se définira lui-même, mais concentrons-nous sur les contenus ». Je suis d’accord si cela est une invitation à définir les modèles par l’action, en tentant des expériences. Mais très franchement je n’aime pas tellement l’idée que les « modèles économiques vont se définir eux-mêmes ». Ce n’est pas vrai! Les modèles économiques ne sont pas neutres, ils rendent compte de rapports de forces et d’interactions complexes entre des acteurs qui poursuivent des objectifs très différents et ils s’appuient sur des valeurs (au sens moral) dont on ne peut pas se désintéresser. Il ne faut pas perdre de vue que les modèles économiques ne seront pas neutres sur la nature de la création littéraire ni sur la nature de ce à quoi les gens s’intéressent au moment de choisir de la lecture. Ne soyons pas candides.

La leçon que je retiens personnellement?

La proposition d’action très concrètes formulée en fin de matinée par François Bon m’a interpellée: « que chacun d’entre nous écrive un texte, ce soir, sur le Web — cela changerait peut-être bien des choses ».

Cela m’a rappelé que malgré l’incessante course du quotidien, il faudrait que je re-trouve le temps d’écrire, de témoigner, de questionner, d’interpeller. Dans l’esprit de la Fabrique. Je vais donc tenter à nouveau de me retrousser les manches pour recommencer à le faire dans les prochains jours, ici et sur Twitter @remolino.

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Une chose est certaine, je ressorts de l’événement plus que jamais convaincu que l’écosystème dans lequel évoluera « le livre numérique » est quelque chose qui reste à inventer — à fabriquer — et que nous faisons partie des acteurs de ces changements.

J’ai été ravi de rencontrer vendredi autant de gens qui partagent aussi cette conviction, chacun à leur manière.

Grands mercis à l’équipe du Cercle, et en particulier à Jean-François et Frédéric, dont la collaboration de tous les instants a été un important facteur de succès de l’événement. Vous nous avez offert un espace parfait pour cette rencontre.