Les modèles économiques ne sont pas neutres

Commentaire placé ce matin sur eBouquin.fr en réaction à un texte qui faisait référence aux données du NY Times sur l’économique du livre numérique:

Le modèle présenté par le NY Time est discutable — il correspond à une réalité très états-unienne des choses.

La disparition complète de la ligne « Printing, storage, shipping » pour le livre numérique décrit en réalité le modèle où ce sont les libraires qui entreposent et gèrent les fichiers numériques. C’est le modèle dominant aux États-Unis où Amazon, notamment exigent des éditeurs qu’ils lui cèdent une copie des fichiers. C’est un modèle qui comportent de nombreux inconvénients du point de vue des éditeurs (et des auteurs) parce qu’il favorise démesurément les gros libraires (seuls capables de gérer la logistiques numériques correspondantes) et la création d’oligopoles. Dans ce cas de figure, les coûts de stockage (numérique) et de distribution (gestion des transactions/accès/protection des fichiers) sont inclus dans les marges du libraires (typiquement 30%). Mais ce modèle n’est pas une fatalité. Qui plus est, c’est un modèle que le reste du monde tend à rejeter.

Une des alternatives consiste à dire que c’est aux éditeurs qu’il revient d’assurer la logistiques des fichiers correspondants aux oeuvres qu’ils publient, et de les rendre disponible aux libraires de façon équitable quelle que soit leur taille. Cela suppose la mise en place « d’entrepôts numériques » par les éditeurs. C’est un modèle qui vise notamment à favoriser la diversité des « revendeurs » — et doit permettre à un plus grand nombre de libraires de prendre part à l’émergence du marché du livre numérique. C’est important parce que cette diversité est également nécessaire à la diversité de la production éditoriale (les sélections éditoriales de Apple et d’Amazon — que certains associent, à tort ou à raison à une nouvelle forme de censure — sont là pour nous le rappeler).

Dans ce second modèle on ne peut pas faire disparaître les coûts de « storage and shipping » qui prennent alors la forme des coûts de maintien de l’infrastructure de « distribution numérique ». Ce sont des coûts potentiellement importants aujourd’hui, qui devraient diminuer au fil du temps.

Cela dit, j’invite les lecteurs de eBouquin à se méfier des modèles de ce type… il faut être en mesure de réaliser qu’ils témoignent d’une certaine manière de concevoir la culture et le monde du livre — qui ne correspond pas toujours à celle que nous défendons par ailleurs.

3 commentaires

  1. D’accord avec toi Clément. Même si le “reste du monde tend à le rejeter”, encore faut-il se demander si nous aurons les moyens de faire changer les modèles de distribution d’Amazon et d’Apple (demain Google) en la matière. Surtout si nous avançons avec un grand nombre de plateformes alternatives. La preuve en est qu’aux Etats-Unis, Barnes and Noble a rallié un tel modèle propriétaire de fait. Les libraires physiques américains n’ont pas su changer le modèle, je doute que les libraires anglais puissent le faire… N’allons-nous pas vers une situation à deux vitesses: les modèles propriétaires d’une part qui détiendront les fichiers et les autres qui ne les détiendront pas? Soyons attentif à ce qui va se passer en Allemagne avec une plateforme qui existe déjà comme Libreka.
    J’ai également repris une petite comparaison “à la française” de ce tableau sur Aldus. Je crois que l’on peut affiner le modèle!

  2. Ces précisions sont très intéressantes, Clément.. Merci de partager ainsi ton expertise de l’industrie.

    Peux-tu préciser lequel des deux modèles, américain ou québécois, est le plus bénéfique pour le consommateur? pour les auteurs?

  3. Je suis très préoccupé par la montée des nouveaux monopoles du Net. Pour la plupart, ils s’appuient sur les DRM et bientôt, au Canada comme ailleurs, il sera illégal de les contourner même pour des copies de sécurité. Le contrôle sera alors complet.

    Ce débat sur le monopole de la distribution du livre numérique s’inscrit dans ce débat. Sans diversification des sources et standardisation des formats, on courre le risque de se faire imposer nos lectures.

    Ce texte sur la fin de l’Internet (tel que nous le connaissons) va dans le même sens.
    http://www.framablog.org/index.php/post/2010/02/18/la-fin-de-notre-internet

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