Pour un véritable écosystème commercial pour le livre autour du iPad.

Note: ce texte vise à partager un work in progress. Vos réactions/réflexions seront particulièrement précieuses. Merci à l’avance.


Avec le iPad, Apple souhaite refaire aux éditeurs de livres le coup qu’il a fait avec la musique, c’est à dire concentrer progressivement les ventes sur sa propre boutique jusqu’à devenir l’acteur dominant du marché. Apple compte y arriver grâce à une application commerciale super performante, mais aussi en dressant des obstacles techniques importants pour ses concurrents potentiels dans ce domaine.

Fidèles aux idées qui l’ont jusqu’à présent amené à travailler avec l’ANEL, d’une part, et avec Eden Livres, d’autre part — l’équipe de De Marque a cherché au cours des dernières semaines — avec l’aide de l’équipe de Mirego — la meilleure manière pour permettre à tous les libraires et à tous les éditeurs de tirer profit de l’écosystème du iPad — sans pour autant être contraints d’accepter les conditions d’Apple.

Il ne s’agit pas tant de concurrencer la iBookstore d’Apple, que d’offrir aux libraires et aux éditeurs une alternative, ou un complément, à celle-ci. Et c’est d’autant plus nécessaire que Apple n’offrira probablement pas de iBookstore aux premiers utilisateurs québécois, canadiens et français du iPad, alors que ceux-ci seront vraisemblablement prêts à faire l’essai de la lecture numérique.

Nous nous sommes donc donné comme objectif de trouver une manière de permettre le plus rapidement à tous les libraires de vendre des livres directement à partir de l’iPad (plutôt que par un ordinateur, pour ensuite importer les livres dans le iPad). Nous y sommes arrivés — voici de quelle façon.

Premièrement: travailler à partir des sites existants des libraires.

Nous n’avons pas voulu forcer les libraires à développer un nouveau site Web ou une application iPad. Cela aurait été trop long et trop coûteux pour la plupart d’entre eux. Nous travaillerons donc avec les sites Web existants, qui devront simplement être expurgés de tout élément Flash.

Les libraires devront donc, selon leur choix, adapter leur site pour retirer le Flash (pour tous les visiteurs ou seulement les utilisateurs de iPad). Ils pourront (devront?) développer ultérieurement une interface spécialement adaptée au iPad (notamment pour tenir compte du fait qu’on y clique avec le doigt plutôt qu’en manipulant une souris) — voire une application en tant que telle.

À partir de là, quelqu’un qui visite le site d’un libraire (ou celui d’un éditeur) pourra faire un choix de livre et l’acheter par le processus transactionnel habituel. La difficulté suivante survient au moment de télécharger le fichier ainsi acheté.

Deuxièmement: donner accès à un lieu de dépôt des fichiers ouvert et partagé.

La difficulté tient au fait qu’il n’est pas possible de télécharger un fichier dans le iPad à partir d’une page Web. Il fallait donc trouver une alternative afin de permettre à l’acheteur du livre de recevoir son fichier pour ensuite en faire la lecture.

Nous avons donc mis en place un espace de stockage de fichiers dans lequel tous les livres numériques achetés chez les libraires participants peuvent être déposés, dans des dossiers réservés à chacun des acheteurs.

Concrètement, nous mettons à la disposition des libraires un webservice qui leur permet de proposer aux utilisateurs de iPad de déposer leur fichier dans cet espace de stockage — in the cloud, dans le jargon du réseau — afin de pouvoir y accéder par la suite à partir d’une application sur leur iPad (voire, ultérieurement, directement à partir du Web, dans Safari).

Encore plus concrètement, quand un utilisateur de iPad fera un achat sur une librairie qui aura mis en place ce web service, au moment de recevoir son fichier on lui proposera de se créer un compte dans cet espace et d’y déposer ses achats. Il n’aura même pas à s’identifier pour le faire lors des achats suivants. La librairie saura où déposer les fichiers.

Exemples: [note: images d’une librairie test, interfaces fictives et Cumulus est uniquement un nom de code]

Seuls les sites qui vendent des livres pourront déposer des fichiers dans cet espace — qui sera partagé par toutes les librairies. Ainsi, quelqu’un qui achète des livres dans plus d’une librairie retrouvera l’ensemble des livres achetés au même endroit.

Une première version du webservice qui permettra aux libraires de déposer des fichiers dans l’espace de stockage partagé sera rendue publique d’ici une quinzaine de jours. Cette version fonctionnera pour tous les livres des éditeurs qui ont adopté une des plateformes de De Marque pour assurer la distribution numérique.

Une deuxième version du webservice permettra également le dépôt de fichiers en provenance d’autres infrastructures de distribution. Nous souhaitons que ce webservice soit le plus ouvert possible dans le but de simplifier au maximum le travail des libraires. Nous souhaitons d’ailleurs envisager ces prochains développements en partenariat avec tous les acteurs concernés.


Troisièmement: offrir une application de lecture de grande qualité — qui permettra de travailler avec les formats de fichiers dont les éditeurs disposent et qui sera indifférente aux lieux d’achats des livres.

La plupart des applications de lecture sur iPod/iPad sont liés à une seule librairie et à un seul format de fichier. Nous avons voulu ouvrir davantage.

Nous avons donc développé avec Mirego une application qui permettra à ceux qui l’utiliseront de lire l’ensemble des livres qu’ils auront achetés.

Et comme nous souhaitons que la vente de livres québécois, canadiens et français puisse commencer aussi rapidement que possible — même (surtout!) en l’absence de la boutique d’Apple sur ces marchés, nous avons opté pour une application qui pourra lire de façon satisfaisante les fichiers pdf dont les éditeurs disposent déjà (et donc, ne pas attendre la conversion des fichiers en format ePub).

Une première version de l’application sera rendue disponible d’ici la fin du mois. Elle sera gratuite et permettra de lire les fichiers pdf sans DRM (nous privilégions l’apposition d’un filigrane sur le fichier comme moyen de dissuader le piratage).

Mise à jour / Précision: des questions reçues par courriel m’incitent à préciser que les fichiers sont alors téléchargés dans l’application, ce qui en permet la lecture aussi bien « en ligne » qu’en l’absence de réseau.

Premier aperçu: [images: Mirego]

Une deuxième version devrait suivre rapidement, qui permettra également de lire les fichiers ePub (toujours sans DRM).

L’application permettra par ailleurs à l’utilisateur de déterminer une librairie en ligne préférée — parmi celles qui auront fait l’intégration nécessaire — et d’acheter ses livres directement à partir de l’application.


Quatrièmement: permettre à d’autres applications d’accéder à l’espace de stockage des livres.

Le webservice qui permet à l’application de lecture d’accéder à l’espace de stockage des livres achetés sera également rendu public de manière à permettre à d’autres applications d’y accéder. Il deviendra ainsi possible aux lecteurs de choisir l’application qui leur convient le mieux pour lire leurs livres — parmi toutes celles qui permettront la connexion à leur espace personnel in the cloud.


Au sujet des DRM

Les verrous numériques (DRM) sont parfois un mal nécessaire, mais ils amènent un niveau de complexité très important dans une chaîne comme celle que nous venons de décrire. Nous n’avons donc pas voulu nous contraindre à en faire la gestion dans un premier temps.

La première version de tout ce dispositif ne permettra pas d’extraire les fichiers de l’espace de stockage personnalisé. Ils seront donc non verrouillés, mais ils se trouveront dans une sorte de circuit fermé et ne seront donc lisibles qu’à partir de l’application que nous avons conçue (avec ou sans accès au Web, l’application permettant de les stocker si désiré). Il s’agit d’une solution provisoire par laquelle nous souhaitons éviter de devoir faire appel aux verrous numériques les plus contraignants.

Les évolutions suivantes du webservice d’accès à l’espace de stockage permettront aux acheteurs de récupérer leur fichier (pour lecture sur un autre appareil, une liseuse, par exemple) adéquatement protégé selon les contraintes choisies par l’éditeur. En attendant, les fichiers pourront continuer à être récupérés directement à partir du site de la librairie où s’est fait l’achat (à partir d’un ordinateur au lieu du iPad).

Conclusion

Bien sûr, nous n’avons pas complètement réinventé la roue avec ce système — toutes ses composantes ont déjà été utilisées ailleurs, dans d’autres contextes. Et bien sûr qu’Apple n’est pas vraiment la seule à pouvoir vendre des livres directement à partir du iPadKobo, par exemple, le fait très bien — mais nous croyons que personne n’a mobilisé ces différentes techniques avec pour  objectif de permettre au plus grand nombre d’acteurs de la chaîne du livre — libraires et éditeurs notamment — de prendre véritablement part à l’écosystème du iPad.

Nous croyons que cela est très important — et nous espérons pouvoir réunir autour de cette nouvelle piste un grand nombre de partenaires.

C’est d’autant plus important que j’ai exclusivement fait référence dans ce texte au iPad, mais il est fort probable que l’ensemble du raisonnement soit également pertinent dans le contexte des autres tablettes qui sont attendues au cours des prochains mois.

11 commentaires

  1. Bravo d’essayer de contourner la « propriétarisation » du livre numérique par Apple et autres Amazon…

    Merci de penser à fournir en livres numériques tous ceux qui comme moi n’ont aucunement l’intention d’acheter un iPad.

  2. C’est très intéressant comme concepte technique. Avez-vous pensés à adapter un peu le système de log in pour améliorer l’expérience usager?

    Pour l’authentification des usagers, vous pourriez supporter un système de login à la « OpenID ». Lorsque les usagers se connectent dans l’application « Cumulus » pour IPad, ils n’auraient qu’à utiliser la même information de login que celui utilisé le site de la librairie.

    Ce genre d’amélioration à l’expérience usager n’est pas à négliger. Je crois qu’une telle intégration de toutes les composantes du système peut faire toute la différence dans l’adoption d’un grand nombre d’utilisateurs. C’est la force d’Apple avec ITunes: tout est facile d’utilisation.

    Évidemment, il ne faut pas négliger les soucis de sécurité que cela peut entraîner mais je crois que c’est une idée intéressante à développer.

  3. Très intéressant tout ça, mais est-ce que vous considérez les éditeurs électroniques comme RNVPL et Publie.net comme des librairies? Considérez-vous ces platesformes comme des « sites existants de libraires »?

  4. @Leroy notre objectif est de faire en sorte que partout où on parle d’un livre sur le Web il soit possible de l’acheter — en ce sens, si RNVPL et Publie.net souhaitent se connecter sur cette infrastructure, ce sera avec plaisir.

    Actuellement, nous travaillons prioritairement avec les éditeurs « au sens traditionnel » parce que c’est le premier besoin qui avait été identifié, mais nous nous préparons à ouvrir plus largement l’infrastructure pour être en mesure d’y accueillir tous les éditeurs (au sens le plus large).

    À suivre, donc.

  5. Quand observerons-nous nos élèves entrer en classe avec, sous le bras, leur portable contenant tous leurs livres, cahiers d’exercices, dictionnaires et manuels scolaires ? Le livre numérique ne se destine-t-il pas aussi à cela ?

  6. Tout d’abord, je tiens à saluer l’initiative qui, à mon sens, va permettre à l’écosystème québécois de la publication et de l’édition d’emboîter le pas du virage électronique rapidement. Il serait effectivement très dommage, voire dommageable, d’avoir à attendre si longtemps comme nous l’avons fait avec les autres médias électroniques. Nous commençons à peine à avoir une webtélé qui se respecte!
    Étant dans le monde de l’éducation je considère le développement du livre électronique comme un nouvel outil pédagogique indéniable (richesse de contenu, annotation, interactivité, etc.). Je crois que le milieu est présentement réceptif à ce genre de technologie. D’ailleurs, DeMarque avec l’ActivBoard démontre déjà un intérêt et surtout un effort d’implantation dans le milieu scolaire. Je crois même que le milieu enseignant aurait tout à gagner de l’utilisation de cette plateforme qui pourrait proposer une classification avancée pour les ouvrages pédagogiques. L’iTunes store propose une classification beaucoup trop éclectique et fourre-tout!
    Par contre, j’ai quelques questionnements:
    1- Est-ce que l’utilisation du .pdf ne va pas restreindre la richesse de contenu? (image, vidéo, animation)
    2- Serait-il possible d’espérer une intégration à l’ActivBoard?

    Merci

  7. Je vous félicite pour cette initiative. C’est un très bon début. Est-ce que vous avez une idée de ce qui pourrait par la suite être fait pour que les bibliothèques puissent prêter les livres numériques à leurs usagers? Lors du 40e de l’ANEL (vous y étiez d’ailleurs), il a été clairement mentionné que les bibliothèques ont besoin de faire affaire avec des firmes qui offriront l’infrastructure nécessaire pour pouvoir prêter les documents et en faire le suivi. Quels sont vos plans à ce niveau ?

  8. @JérômeDoré: L’utilisation du pdf est sans aucun doute une première étape — qui sera rapidement insatisfaisante — mais comme les premiers pas sont souvent les plus difficiles à faire (à faire faire), il me semble utile, voire nécessaire, de pouvoir commencer avec les documents tels qu’ils sont disponibles aujourd’hui. Quant à une intégration de ce service à l’ActiveBoard, nous y travaillons… reste à trouver la bonne façon de le faire.

    @JacquelineLabelle: Nous sommes en train d’élaborer le schéma de fonctionnement d’un service semblable pour les bibliothèques — vous avez raison de rappeler que c’est indispensable. Je pense que nous sommes sur une bonne piste, j’y reviendrai bientôt.

  9. J’ai bien hâte de voir les futurs développements de votre concept. Je suis certain que les retombés seront majeurs au Québec et que vous agirez en tant que pionnier dans le développement de livres riches en contenu.
    Soyez assuré que je contribuerai à vous faire parvenir mes commentaires sur la chose; dans quelques jours je serai possesseur de la tablette d’Apple.
    Bon courage
    Jérôme

  10. PIERROT ROCHETTE
    CREATEUR D’ART NUMERIQUE

    ici Pierrot, du colloque epaper world
    bravo pour votre magnifique page web

    je voulais vous partager une réflexion
    sur l’écosystème numérique

    1) chaque membre de production de la chaine numerique risque de devenir a tour de role un sous-traitant de qualite pour le projet soit d’un auteur, soit d’un auditeur, soit d’un réseauteur international. Pour moi c’est en ce sens que l’éditeur ESS (ECONOMIE Sedentaire solide) va etre remplacé par l’éditeur ENN (editeur nomade numerique).

    2) j’ajouterai deux sections sur mon blog http://www.reveursequitables.com dont les deux oeuvres d’art numerique constituent deux approches suivant l’évolution du numerique (Monsieur 2.7 K, l’age d’or de la decouverte) et le journal-courriels du dernier homme libre (l’age d’or du courriel)

    3) la derniere oeuvre de ma trilogie s’intitulera BOOK BLOG et sera écrite en directe sur un blog avec commentaires ou je serai virale sur facebook et twitter sans qu’on ne puisse jamais me parler personnellement, sauf par comemntaire entre les chapitres…. le tout étant accompagne par un BOOK CAM, soit une camera web qui tous les matins a 6h.30 am jusqu’a 7h permettra au lecteur d’assister a une discussion de créativite entre mon partenaire master web Michel Woodard et moi le master art numerique.. le tout sera suivi d’une publication papier ou le MAKING OF servira a donner une valeur ajoutée à la marque REVEURSEQUITABLES.COM de facon à ce que je puisse me passer de tous les acteurs de la chaine de production numerique, vendant mes oeuvres à $1.00 chaque, cherchant plutot 100,000 personnes qui paieront pour l’ensemble de mes oeuvres dans un panier (ex: mes 3 ebook, mes 19 emissions de t.v. deja canees sur le work progress du pays oeuvre d’art, mes 105 chansons …

    Puis une fois mon ier million fait, j’écrirai un livre sur le design du modele d’affaire pour l’auteur numerique roi par son contenu, parce que selon moi, le createur, qu’importe son domaine d’expression a droit au meme privilege que Picasso qui n’a jamais demande a ce qu’un editeur formate au dessus de son epaule pendant qu’il peint…

    Puis une fois ces deux millions en poche, je donnerai tout et repartirai vagabonder la beaute du monde

    Pierrot
    ermite des routes

    http://www.reveursequitables.com

    merciiiiiiii

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