Lettre amicale à Patrick Lagacé

Salut Patrick,

Ça fait des années que je te lis. Pas toujours — tu écris beaucoup trop pour le temps que j’ai à consacrer à ce genre de textes — mais le plus souvent, tu me fais passer du bon temps. Tu me fais sourire. Tu me fais réfléchir. Je t’en remercie.

Faut toutefois que je te dise que ton texte d’hier matin m’a vraiment plongé dans la mauvaise humeur. Assez pour que je prenne 24 heures avant de te répondre. Assez pour que j’aie le goût de t’écrire ça « comme ça vient », avec spontanéité. On se reparlera des nuances plus tard, dans un autre contexte, si t’en as envie.

Come on Patrick! Franchement… t’es capable de mieux que ce mauvais remake de « Le Québec me tue » de Hélène Jutras, 15 ans plus tard. Ça me choque que tu nous replonges là-dedans…

Y’a rien dans nos vie… le vide… c’est pas toujours aussi agréable que ça la vie…

Y’a rien dans nos vie… une phrase qui résume tout le Québec de 2010…

…envie d’être Polonais…

…envie de sacrer ton camp. Loin.

J’ai évidemment pas de leçon à te donner… ta vie c’est ta vie pis on traverse tous un jour où l’autre un/des passages à vide… mais si t’es dans ça je t’invite à faire une pause. Ou alors, si t’as envie d’écrire tes chroniques avec ton sang… ben vas-y à fond — mais n’oublie pas de me faire signe quand tu ressortiras ta plume, ta pelle pis ton cerf-volant parce que moi je vais lire autre chose pendant ce temps là. Il y a tellement de gens qui écrivent tous les jours des textes stimulants, portés par l’envie de changer le monde — leur monde — notre monde.

Des affaires plates, du vide, de l’intime, du banal, de la résignation — ben de la résignation! — on peut en trouver partout! Cherche pas… il y en a ici, ailleurs, pis encore un peu plus loin aussi. Ça donne quoi de se morfondre avec ça? Qu’est-ce que tu proposes? qu’on fasse un grand brasier avec tout ça? qu’on souffle ensemble sur les braises du confort et de l’indifférence? Qu’on danse ensemble tous nus en pleurant autour du feu? Ça ferait de belles images pour la télé…

Sérieusement… si t’as envie d’aller voir ailleurs si tu y es, n’hésite pas: vas-y! Je t’encourage. Sincèrement! Je l’ai fait. j’ai adoré! Va voir le chum Robert au Cambodge ou en Thaïlande — là où tout est à faire, dis-tu.

Ben voyons!

La lecture de ton texte m’a vraiment donné envie de te brasser gentillement (ce que je suis précisément en train de faire!). Elle m’a donné envie de donner une bine pis de te dire de sortir de ta torpeur — parce qu’ici aussi tout est à faire! me semble que c’est évident! Plus que jamais! Notre problème c’est de trouver par où commencer… Et pour ça… ben faut d’abord sortir de la résignation, du cynisme et de l’indifférence. Qui je suis pour te dire quoi faire? T’as raison…

Sauf que… sauf que, s’il te plaît, Patrick, ne perd pas de vue que

T’as une plume extraordinaire

Tu t’es mérité au cours des ans un lectorat incroyable

T’es payé pour écrire à peu près ce que tu veux

T’as le guts de t’exprimer sans trop de nuances — c’est trop rare

Pis t’as des convictions — quelles sont-elles? dis-le-nous!

Et tu te plaignais de quoi déjà?

Ah oui… que la programmation de Newsworld, RDI et LCN est poche? Et alors?

Que Robert Lepage et François Girard travaillent beaucoup à l’étranger? So what?

C’est pas un peu ce qu’on voulait, faire rayonner notre culture de part le monde? Ça fait’y pas partie de notre grand projet collectif? Je le crois!

Y’a Wajdi Mouawad aussi qui travaille beaucoup à l’étranger (et même à Ottawa!). Et pendant que tu te plaignais du grand vide dans nos vie, il écrivait, le même jour, dans La Tribune un texte inspirant où il nous dit « qu’un artiste est là pour déranger, inquiéter, remettre en question, déplacer, faire voir, faire entendre le monde dans lequel il vit, et ce, en utilisant tous les moyens à sa disposition. »

Mouawad dit aussi, toujours dans le même texte, que « créer, c’est sortir de son propre néant ». Qu’est-ce que t’en penses?

Il dit que « nous ne sommes pas là pour recommencer » (à se plaindre?) — que « nous sommes là pour impliquer (…) pour élargir les blessures. »

Je veux ben croire que tu ne te vois pas dans la peau d’un artiste — mais je te garroche tout ça quand même. De bon coeur. Je te dis ça parce qu’on a besoin de toi, pis j’ai toujours aimé que tu nous brasses. Ben plus que quand tu nous écrases de ton pessimisme pis que tu tentes de nous faire croire que rien n’a de sens dans notre quotidien collectif… alors qu’il y a des batailles importantes qui se mènent ici aussi, au nom de la solidarité sociale, de l’éducation et du développement culturel.

T’es ben chanceux que Michel Chartrand soit décédé hier matin parce que je pense qu’il t’aurait botté le cul pas mal plus fort que moi.

Salut Patrick!


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5 commentaires

  1. Salut mon beau Clément,

    Je suis tout à fait d’accord avec toi. Tu mets des mots sur ce que je pense. Il y a tellement de choses positives, pourquoi se concentrer sur le noir?

    Moi aussi j’aime bien Patrick, mais là il a la plotte à terre, comme dirait Jean Charest.

    Une fan,

    Lucie

  2. Merci Laurent,

    Tu a fais mon matin et j’espère celui de nombreuses personnes tenté par le pessimisme et la névrose collective.
    La libération est possible, elle doit d’abord être réalisé de l’intérieur.

    Bonne journée

    alain

  3. Super billet Clément!

    Tu as une plume extraordinaire derrière laquelle il y a l’intelligence, la réflexion, et l’espoir!

    Merci et au plaisir de te lire encore!

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