Troisième convocation pour la réunion de mon conseil d’administration virtuel

Note: Dans le cadre de la préparation de la prochaine réunion de mon conseil d’administration virtuel, j’ai écrit (virtuellement) à Daniel Boucher (le virtuel) pour lui expliquer pourquoi je souhaite qu’il participe à cette réunion. J’avais précédemment écrit à Jean-Paul L’Allier (le virtuel) et à feu Conrad Kirouac.

* * *

de: Clément Laberge

à: Daniel Boucher (le virtuel)

sujet: Aidez-moi

Daniel (si tu permets),

Tu avais été surpris, en 2007, quand j’avais fait officiellement de toi un membre de mon conseil d’administration virtuel. J’avais bien senti que tu trouvais que c’était un drôle de concept — un peu trop cartésien, peut-être.

Aucune nouvelle depuis. Excuse-moi. Probablement que tu ne te souvenais même pas de ça avant d’ouvrir ce courriel.  Tu as pourtant participé, par l’entremise de tes chansons, à plusieurs consultations informelles de mon conseil d’administration dans les dernières années. Je t’en remercie.

* * *

La première fois que je t’ai écrit c’était d’ailleurs pour te remercier. C’était en janvier ou en février 2006. J’étais à Paris et je vivais à la fois l’ivresse de découvrir l’Ailleurs et le vertige qui l’accompagne forcément — l’envie de sauter dans le vide et la peur de perdre pied.

Je me souviens.

Je me revois descendre la rue des Martyrs vers Notre-Dame-de-Lorette, au petit matin, dans la grisaille de novembre, Dix mille matins dans les oreilles.

Deviens-tu c’que t’as voulu?

Dans le métro, vers Place d’Italie, dans une foule où je suis l’étranger, avec tes mots comme points de repère.

Deviens-tu c’que t’avais vu?

Deviens-tu c’que t’aurais pu?

À la fin de la journée, de la semaine, du mois: en cherchant un appartement pour ma famille, en apprivoisant la vie quotidienne, une autre culture et la distance avec la parenté.

T’as-tu fait c’qu’y aurait fallu?

Je pense que oui — j’ai fait ce qu’il fallait.

Je pense que oui — je suis devenu un peu plus ce que je voulais.

Tu as été omniprésent dans ma vie pendant les trois années que j’ai passées en France. J’ai même eu la chance de te rencontrer — deux fois! — au Zèbre de Belleville. Ma plus jeune t’avais remis un dessin, sur scène, à la fin du spectacle, rappelle-toi. C’était sa représentation du Poète des temps gris. Mon fils portait fièrement son chandail des Canadiens et, boules à mites!, il s’est mis à l’apprentissage de la guitare dans les semaines qui ont suivi le spectacle.

* * *

Je suis maintenant revenu au Québec. Je pense te l’avoir dit.

Tout se passe bien. La famille a repris ses airs: écoles, boulots, amis, parenté. On s’est enrichi d’une expérience que je souhaite à tout le monde. On a vécu l’Ailleurs, connu l’Autre. Et, surtout, nous avons découvert l’Autre en nous.

Faire le tour du monde dans sa propre personne.

Cela fait trois ans, ces jours-ci, qu’on est revenu. Le temps passe tellement vite.

La vie me gâte. Je suis en santé. Ma famille va bien. Mes enfants mordent dans la vie. Je relève sans cesse de nouveaux défis et je côtoie tous les jours des gens stimulants. Je n’ai vraiment aucune raison de me plaindre. Et j’ai de surcroît la conviction que ce que je fais quotidiennement est important pour l’avenir du pays où j’ai choisi de vivre. Je suis comblé.

* * *

Pourquoi convoquer dans ce contexte une réunion de mon conseil d’administration virtuel? Parce que je si j’apprécie au plus haut point ce confort retrouvé, je ne voudrais pas qu’il me fasse oublier la nécessité de m’interroger, sans cesse.

Deviens-tu c’que t’as voulu?

T’as-tu fait c’qu’y aurait fallu?

Parce que si mes réalisations quotidiennes me rendent indéniablement heureux, je constate par ailleurs le nombre et l’ampleur des défis auxquels est confronté le Québec et l’immense besoin de leadership auquel on fait face. Et je m’interroge.

Je m’interroge sur les formes que peut / que pourrait / que pourra prendre mon engagement dans le futur et sur la nature de ma contribution pour que nous relevions collectivement ces défis.

Emberlificotaillé.

Je n’ai pas le goût de pousser ces réflexions sous le tapis parce que pour moi tout va bien. J’ai envie d’y faire face. De me donner le temps d’y réfléchir. Sans prétention. Bien entouré.

Et je pense que par-delà les paroles de tes chansons, tu peux m’aider à réfléchir à tout ça —  et à faire les choix conséquents s’il y a lieu.

Chacun a son chemin

Chacun cherche le sien

… et c’est pour Ça que j’espère que tu accepteras de participer à la prochaine réunion de mon conseil d’administration virtuel.

Heille, salut! — et merci.

Clément

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