Premières réflexions post-élection

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J’ai toujours utilisé mon blogue pour réfléchir à haute voix, par écrit.

Je vais continuer à le faire dans les prochaines semaines et les prochains mois — en particulier pour partager des impressions sur ma première expérience de campagne électorale et pour participer aux réflexions qui sont plus que jamais nécessaires si on veut réinventer le Parti Québécois. Le mot est fort, mais j’ose quand même l’utiliser.

Quatre éléments de réflexion pour ce soir.

UnCeux et celles qui sont à la fin de leur parcours politique devraient éviter de tirer des conclusions inutilement pontifiantes au sujet du projet souverainiste. Je peux comprendre que certains aient perdu confiance mais nous sommes plusieurs à vouloir poursuivre, même si cela doit prendre encore longtemps. L’idée de faire du Québec un pays n’appartient pas à une génération de militants ou d’ex-députés, ni à personne d’ailleurs.

Deux — Je suis animé depuis toujours par la conviction qu’il faut faire beaucoup plus de place à l’éducation et à la culture dans le discours politique; à la réalité des petites entreprises aussi; et des changements induits par le numérique. Je ressors de ma première campagne électorale plus convaincu que jamais de tout cela.

Trois — J’ai pu constater dans les dernières semaines la difficulté d’aborder de nombreux sujets dans un temps limité et dans un univers médiatique sursaturé — a fortiori si ce sont des sujets complexes. Je pense que pour faire mieux il faudra établir une priorité plus claire dans nos messages et remplacer rapidement la stratégie basée sur la recherche du meilleur clip par une stratégie basée sur la pédagogie.

Quatre — Tout cela m’amène à souhaiter que nous fassions une place importante à « l’entrepreneuriat éducatif et culturel » dans nos réflexions des prochaines semaines et des prochains mois. En mettant au coeur de notre projet l’éducation et la culture, en même temps que le goût et la capacité d’entreprendre, je pense que nous pourrons travailler à la fois sur l’identité personnelle et collective des Québécois et sur la confiance en soi (en nous) qui est nécessaire pour désamorcer (enfin!) le réflexe de peur sur lequel repose la force de nos adversaires. Nous cesserons aussi de rendre faussement conditionnels au développement économique les investissements en éducation et en culture alors qu’ils en sont en réalité le carburant le plus essentiel.

Un projet de société basé sur l’entrepreneuriat dans le domaine éducatif et culturel — qui pourrait s’appuyer tout spécialement sur les possibilité offertes par le numérique — il me semble que c’est une belle piste à explorer au moment de lancer un remue-méninges…

Qu’en pensez-vous?

5 commentaires

  1. J’adore « Nous cesserons aussi de rendre faussement conditionnels au développement économique les investissements en éducation et en culture alors qu’ils en sont en réalité le carburant le plus essentiel. »

  2. Salut Clément,

    Voici le seul commentaire que je ferai sur lundi. J’en aurais personnellement pas mal à écrire sur mon sentiment sur le projet de pays et surtout sur le manque évident de volonté de la part de certains apparachiks du PQ.

    Je me limiterai ici en disant que pour moi ce parti, n’est sans doute plus le véhicule requis. J’ai voté pour la première fois en 1980. Toute ma vie jusqu’au dernier scrutin j’ai voté PQ. Après avoir été mis de coté et ignoré pendant 18 mois, j’étais prêt à donner mon vote et à redonner ma confiance avec l’arrivée de gens comme toi, et de quelques autres qui parlent du numérique en saisissant la porté sociétale et transformationnel qu’il représente (PKP ?? ). Mon espoir a été de courte durée. On s’est empressé de me rapppeler qu’un vote pour le PQ est un vote pour la charte. Impossible pour moi, comme pour je ne sais pour combien de québécois souverainistes ou non, d’embarquer la-dedans.

    Tu parles d’éducation. Une anecdote. Entre 96 et 2001, avec le député de St-jean de l’époque, nous plaidions pour une idée somme toute assez simple. Proposer, comme législateurs, dans chaque projet de loi déposé à l’Assemblée nationale, des clauses « applicables à la souveraineté ». Cette idée, comme bien d’autres, a été rejetée par ce parti. Rejetée, car elle aurait demandée de faire un exercice fondamental. Définir ce que ça donne dans la vie quotidienne, dans tous les secteurs d’activité de gérer nous même, de prendre nos propres décisions, d’être « maîtres chez-nous ».

    Je n’ai vu aucun exercice similaire dans ce sens au PQ depuis 1995, ou un seul document intitulé « du coeur à l’ouvrage » avait été produit pour jeter les bases d’un projet de société pour le Québec souverain.
    Depuis 40 ans on tente de nous vendre un projet sans vouloir le définir vraiment…

    Comme plein de monde, j’ai cru au retour du PQ, j’ai offert à ce parti, comme aux autres, mon humble contribution pour tenter de faire avancer le bien commun, ce qui me tient à coeur et ce qui m’anime. L’urgence de faire entrer le Québec dans le 21eme siècle. Mobiliser les citoyens autour d’un projet structurant et urgent. Un plan numérique pour le Québec.

    J’ai cru, avec les étonnés que le contexte d’un gouvernement minoritaire était propice à relancer l’idée du plan numérique. Nous avons voulu de bonne foi, retenter le coup. On nous a fermé la porte au nez. Je connais pas mal de monde qui ont essayé avec le même résultat.

    Par contre, certains messages ont porté et me donnent espoir. En fait, je suis plus confiant que jamais.

    Bravo pour ton engagement!

  3. Pleinement d’accord avec vous, monsieur Laberge. Il faut aussi pratiquer la pédagogie de l’indépendance du Québec. Chaque fois qu’une action du gouvernement du Canada vient à l’encontre de notre volonté de décider pour nous même, celle-ci doit être documentée et être dénoncée comme irritant en faveur de la souveraineté.

  4. Bonjour Clément,

    En politique, c’est souvent ceux qui perdurent qui gagnent et je te rejoins lorsque tu écris «Ceux et celles qui sont à la fin de leur parcours politique devraient éviter de tirer des conclusions inutilement pontifiantes au sujet du projet souverainiste.» Et j’ajouterais même que, dans le cas du PQ, si le parti veut «se réinventer» (comme tu dis) il ne doit surtout pas cacher le projet de pays, mais au contraire lui donner au nouvel arrimage avec l’époque et en refaire clairement son premier objectif – sinon il se condamne à être perçu que comme un parti comme un autre, mais avec en plus le défaut de sembler «malhonnête» en ne parlant pas de ce qu’il devrait parler.

    J’imagine que certains ne voudront plus trop parler d’indépendance politique étant donné la tournure de la dernière campagne électorale, mais à mon avis dans le cas du Parti Québécois, ça serait s’enfoncer encore plus. Et l’échec péquiste de lundi – puisqu’il me semble que c’est bien un échec de ses options, et non pas de ses candidats – loin d’être déprimant me semble en même temps justement une opportunité pour que le parti se réinvente.

    Depuis lundi, je songe à écrire une lettre ouverte posant la question «Est-ce que l’indépendance politique du Québec a encore un sens ?» Et ma réponse serait oui, mais à la condition essentielle que ce projet se remette en phase avec l’époque. En attendant que je me décide pour voir si j’ai le goût qu’autant d’idées qui fourmillent dans mon esprit comme des plantes grimpantes soient réduites aux contingences du nombre de mots et de la nécessité du caractère «punché» d’une lettre ouverte, voici quelques petites bribes de mes réflexions, au cas où ça alimenterait aussi les tiennes.

    Le Québec n’a jamais été isolé du reste du monde.

    Pour s’en tenir à l’histoire récente, lorsque l’option de faire du Québec un pays était évoqué par le RIN, le PQ, la nuit de la poésie, Vallière, la revue Parti pris, etc., dans les années 1960 et suivantes (je simplifie un peu), c’était en phase avec les mouvements de décolonisation qui avaient cours partout de par le monde. L’époque a changé et des éléments pouvaient encore être évoqués jusqu’au référendum de 1995, essentiellement parce qu’il y avait eu une série d’échecs Canada-Québec. Mais aujourd’hui, pouvons-nous vraiment dire que le Canada est un bourreau pour le Québec ? Je ne pense sincèrement pas que les gens voient tant de signes manifestes d’une oppression – il peut y avoir des accrochages ponctuels, mais comme dans toute confédération (je simplifie encore, mais bon, tu dois comprendre l’idée : on peut certes critiquer le gouvernement fédéral, mais au niveau de la sensibilité populaire ce n’est pas si différent de la critique d’un gouvernement de notre propre province — du PLQ, par exemple). Et d’ailleurs, la plupart des gains/révolutions ont plus récemment non pas été le fait de peuples, mais de multitudes dont les revendications dépassaient les frontières (ex. lutte féministes, luttes LGBT, oppositions aux FMI, etc.).

    Ensuite, il y a eu un tournant vers un nationalisme civique. Là encore, il me semble que c’était en phase avec l’époque cosmopolite/mondialisée qui se méfie des risques/dangers de visions «ethniques». Et même, il me semble que ce malaise d’un déphasage avec l’époque avait commencé avant 1995 – mais comme je le disais, une suite d’échecs Canada-Québec permettait de recourir encore à ces deux univers. Le discours de M. Parizeau au soir de la défaite de 1995 – discours qui se voulait sociologique, mais qui a été (mal)compris comme une condamnation «morale» – a sans doute accéléré le passage vers ce qui risquait d’être perçu comme un nationalisme «ethnique» vers un nationalisme «civique», mais mon impression est que ça serait de toute manière arrivé, question d’époque à rattraper. Le problème, c’est de trouver un sens à faire valoir une séparation politique du Québec sur la base d’une définition «civique». Je ne dis pas que ce n’est pas possible, mais simplement que ça rejoint mal les passions politiques. Une tentative en ce sens a, il me semble, culminé aux élections de 2007, alors que le PQ remplaçait la potentielle vision «ethnique» du Québec par des traits supposés plus progressistes de l’ensemble des Québécois par rapport au reste du monde (plus «vert», etc.). Mais on peut comprendre le malaise : non seulement on ne peut pas dire que toutes les personnes d’un même territoire ont les mêmes valeurs et intérêts, mais en plus, en ce qui concerne l’indépendance, on ne peut évidemment pas promettre que dorénavant il n’y aura plus de débat gauche/droite tant sur le plan économique que culturel s’il y a formation d’un pays du Québec. L’option était désincarnée.

    Dernier élément de l’histoire récente, un revirement «identitaire» chez le PQ, qui s’est manifesté le plus clairement dans ces derniers mois. L’échec de lundi dernier est, à mon sens, un signe de plus que de vouloir recourir à cette vision «identitaire» n’était pas en phase avec l’époque. Je passe le projet de charte des valeurs, parce que ça se passe de commentaires, mais surtout parce que de s’y attarder ferait à mon sens passer à côté de l’essentiel. Quelle que soit la proposition, bien franchement, peut-on vraiment tabler sur des «valeurs» québécoises? L’égalité homme-femme par exemple est importante au Québec, mais est-ce que sans rire quelqu’un voudrait vraiment dire que c’est propre qu’au Québec ? Déjà que de parler de valeurs est ambigu, mais si on veut y aller en ce sens, il me semble qu’il faut reconnaître que les «valeurs» qui font le plus consensus au Québec sont aussi les «valeurs» partagées dans le reste de l’occident.

    Alors, est-ce que l’indépendance politique du Québec peut encore avoir un sens à notre époque cosmopolite, éclectique et mondialisé ?

    Il me semble que oui. Le «small is beautiful» n’est pas qu’un slogan de gauchistes, ç’a été absorbé même (et peut-être surtout ?) par le nouveau capitalisme (pour les détails, je plogue ici mon article dans le premier numéro du magazine «Nouveau Projet» ;-))

    Il reste la question politique en elle-même et pour elle-même. En termes plus clairs, être souverain politiquement, pour être maître de ses institutions démocratiques.

    Enfin, c’est clair, mais dit comme ça, ce n’est pas sexy.

    Je vais commencer par un exemple, mais qui est en fait un mauvais exemple puisqu’il ne nécessite pas l’indépendance du Québec pour ça. J’y reviendrai.

    Ça fait un demi-siècle à peu près que le mode de scrutin est questionné. Et depuis une décennie au moins, c’est au cœur de plusieurs échanges passionnés. Ce n’est pas les arguments qui manquent, mais simplement l’intérêt politique. Intérêt, au sens où le parti au pouvoir n’a pas intérêt à modifier radicalement les règles qui l’ont porté au pouvoir. On peut bien sûr faire de ce genre de question sa principale proposition, comme le «Parti des sans-partis », mais avec peu d’adhésion, non pas parce que ça n’intéresse pas, mais parce qu’un gouvernement doit proposer plus. Et en revanche, dans un système largement bipartite, ceux qui peuvent changer les règles ont peu d’intérêt à le faire.

    Mais que se passerait-il si un parti, supposons le PQ, proposait de s’attaquer à une réappropriation du politique au Québec par la multitude des gens ?
    Et ici, une remarque préalable : est-ce que l’on prend toute la mesure que le PQ ne devrait pas être perçu comme un tremplin carriériste si on prend au sérieux ses fondements, ou en d’autres termes, est-ce que l’on est toujours conscient que si le PQ réussissait sa condition première de faire du Québec un pays, une fois réalisée la «coalition arc-en-ciel» n’aurait plus de raison de tenir et devrait laisser place à autre chose ? Il me semble que ça devrait être dit, et même objet de conscientisation, car autrement ce parti n’en serait un «comme les autres» qui ne cherche que le pouvoir provincial.

    Donc, si le PQ assume qu’en réussissant à faire son article 1, qui est de faire du Québec un pays, ensuite il se dissoudrait en d’autres tangentes ; et s’il assume que le Québec a une souche attachée à sa langue, mais qu’il est aussi cosmopolite et éclectique, peut-il s’attaquer directement à la question de l’indépendance en termes de projet d’abord politique ?

    Allons-y d’un exercice de pensée ici très simplifié.

    Supposons que le PQ propose que lors d’un premier mandat majoritaire, il s’engage à (1) réformer le mode de scrutin (ce qui ne nécessite pas la souveraineté, prouve sa bonne foi, et ne le laisse pas en plan si en même temps il peut poser la question qui est la raison d’être de la «coalition arc-en-ciel») ; et (2) il s’engage, toujours dans le même premier mandat et peu après que la réforme du scrutin ait été votée, à tenir un référendum avec une question claire sur l’indépendance politique du Québec. Pour ça, il faudrait que les explications puissent bien rendre compte de deux tangentes : (a) qu’au plan économique, un pays n’est jamais fermé et qu’autant le Canada ne nous limite pas dans la mondialisation des échanges, autant le Québec ne le ferait pas (en somme, que la mondialisation est le lot de tous les pays, avec au besoin les nuances qui s’imposent) ; et puis (b) expliquer qu’au plan de la démocratie participative, un plus petit territoire favorise les mécanismes directs de participation, en prenant soin de dire concrètement tous les possibles qui seraient alors à proposer pour la vie politique/démocratique québécoise. Ce dernier point, je l’abrège ici, mais il devrait être très développé, il me semble.

    Je m’arrête ici, mais on pourra certainement en reparler.

    Patrice Létourneau

  5. Simplement pour info si jamais ça intéresse, dans mon précédent commentaire j’évoquais songer à écrire une lettre ouverte. Ceci a lentement pris forme et a finalement été publié dans la section «Points de vue» du quotidien «Le Soleil», sous la forme d’un texte soumis avec pour titre «Quelle indépendance politique?». Il est accessible en ligne à cette adresse :
    http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/201405/06/01-4764122-quelle-independance-politique.php

    Patrice Létourneau
    P.-S. Évidemment, ceci touche essentiellement qu’au point 1 de ton billet Clément – quoique peut-être aussi un peu au début de ton point 2.

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