Casse-tête

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J’ai lu plusieurs journaux français la semaine dernière. On voyait bien que le risque que le Front national remporte l’élection européenne était réel. Des lectures qui m’avaient laissé profondément perplexe; une impression renforcée par les résultats annoncés aujourd’hui.

Vote de protestation, disent certains — pour se rassurer, comme si cela n’était qu’un résultat circonstanciel. Malheureusement, cela me semble un peu simpliste comme interprétation. Le mal me semble bien plus profond. Je suis de ceux qui pensent que cela s’explique plutôt par un désenchantement massif pour la classe politique — que cela reflète une grave perte de confiance.

Dans ce contexte, il me semble bien inutile de condamner les citoyens qui se tournent vers des partis marginaux (le Front national l’est encore). Il faut plutôt prendre acte (une fois de plus) qu’ils ont perdu confiance dans la capacité des « partis de gouvernement » à porter leurs valeurs, à les incarner dans des projets et à les réaliser lorsqu’ils sont au pouvoir.

La responsabilité est lourde aujourd’hui pour l’UMP et pour le Parti socialiste, qui ne peuvent que constater une réelle déconnexion avec les électeurs  (qui plus est, je pense qu’ils ne comprennent même pas vraiment pourquoi). Ce sont ces partis, sur lesquels repose depuis longtemps l’équilibre républicain, qui doivent être condamnés pour leur aveuglement — bien plus que les citoyens qui cherchent (même maladroitement) à être entendus.

Les jeunes français ont apparemment voté plus fortement pour le Front national que les autres groupes d’âge. Faut-il vraiment s’en surprendre? Je crains que non étant donné l’incapacité des autres partis à leur proposer des projets qui correspondent à leurs besoins et à leurs aspirations (et même si plusieurs des propositions du Front national sont simplistes et trompeuses).

Rappelons-nous par ailleurs que nous avons eu depuis plusieurs années, ici aussi, des signes de désenchantement à l’occasion d’élections fédérales, provinciales et municipales. Est-ce que les partis politiques les ont véritablement entendus? Est-ce qu’ils en ont tiré des conséquences? Je crains que non. Le Parti québécois ne les avait manifestement pas entendus (jusqu’à tout récemment en tout cas).  Les autres? Ça reste à voir.

Il n’y aura certainement pas de solution simple pour faire face à ces défis. . Il ne s’agit pas d’un problème de communication. Ce sont les fondements de l’action politique et la manière de la conduire qui sont remis en questions. Il faudra beaucoup de courage pour aller au bout de ces réflexions. L’heure est grave.

* * *

Deux éléments en parallèle à cette courte réflexion:

Du côté de ce qui contribue à nous plonger dans ce marasme politique: la lecture absolument sidérante de Nulle part où se cacher, de Glenn Greenwald — sous-titré « l’affaire Snowden par celui qui l’a dévoilée au monde » (la photo que j’ai choisie pour coiffer ce texte est d’ailleurs un clin d’oeil au moment, invraisemblable, où le journaliste rencontre pour la première fois Edward Snowden, dans un hôtel de Hong Kong). Un livre à lire pour saisir à quel point les racines du mal sont profondes.

Du côté de ce qui nous suggère des voies pour se sortir du bourbier, ou qui nous donne à tout le moins confiance qu’il sera possible d’y arriver, le discours fantastique de Xavier Dolan recevant le Prix du Jury à Cannes. J’en profite pour lui dire un très grand merci! pour cela — en plus du bravo! de circonstances.

 

2 commentaires

  1. Ton texte est juste : « Ce sont les fondements de l’action politique et la manière de la conduire qui sont remis en questions ». Pour appuyer ton propos, j’ajouterais qu’il faut savoir mettre ce soit disant « raz-de-marée FN » en perspective :

    Abstentionnistes : 57%
    Front National : 11%
    Autres partis : 32%

    C’est le côté pervers du système : la majorité est désormais représenté par ces 11% de fascistes qui se sont bougés pour aller voter hier. Oui l’heure est grave.

  2. «Rappelons-nous par ailleurs que nous avons eu depuis plusieurs années, ici aussi, des signes de désenchantement à l’occasion d’élections fédérales, provinciales et municipales.» Et puis : « Il ne s’agit pas d’un problème de communication. Ce sont les fondements de l’action politique et la manière de la conduire qui sont remis en questions.», que tu dis Clément.

    Bien d’accord là-dessus. Et à ces égards, et pour aller un peu plus loin sur la question de fond qui est de (re)connecter le lieu du politique avec les aspirations de notre époque, outre ce que tu as mentionné, je suggère la lecture de l’essai de Roméo Bouchard intitulé «Constituer le Québec» (et sous-titré «Pistes de solution pour une véritable démocratie»), qui est paru jeudi dernier dans la collection «Documents» d’Atelier 10.

    Bien que des pistes de cet essai sembleront audacieuses, elles me semblent réalistes et réalisables. À la lecture, je n’ai pu m’empêcher de penser aux débuts de Wikipédia ( http://patriceletourneau.ca/category/wikipedia/page/4/ ), lorsque de nombreuses voix s’élevaient pour dire que s’était utopique, voire naïf compte tenu de l’ouverture du projet. Et pourtant, en se dotant de «principes fondateurs» et en opérant un travail sur la culture propice, on n’en dit plus la même chose aujourd’hui…

    Je n’ai pas encore fini de décanter, mais à quiconque s’intéresse au politique je recommande fortement la lecture de «Constituer le Québec» de Roméo Bouchard. Malgré le choc cognitif que ça pourra engendrer, il me semble qu’il y a là, quoique ça implique un travail de culture, sources de solutions concrétisables. Mais pour ça, il faudra une mobilisation de la volonté populaire. Il y a aussi des cas à méditer, comme l’Islande dans la foulée de la «révolution des casseroles» (quoiqu’en espérant savoir éviter les pièges de ceux qui souhait(ai)ent préserver leur système de pouvoir).

    Patrice Létourneau

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