Notre négligence

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Les idées se bousculent dans mon esprit depuis l’attaque de la Grande Mosquée de Québec. J’ai vraiment le coeur à l’envers.

Ça me fait réaliser à quel point je suis fatigué de côtoyer le terrorisme. Pas juste écoeuré: fatigué. C’est pire. Inquiet pour l’avenir aussi, si on ne réagit pas.

J’étais au pied des tours à New York le 11 septembre 2001. Je connais des gens qui ont été très directement touchés par les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan. Et voilà que ça recommence, à cinq minutes de chez moi. La plupart des enfants qui ont perdu un proche dans les attentats d’hier fréquentent des écoles que mes enfants ont aussi fréquentées. C’est douloureusement concret.

Ça me donne envie de crier: c’est bon, j’ai compris! Je le sais que ça peut arriver partout, même là et quand où on s’y attend le moins. Inutile d’en rajouter.

Mais ce n’est pas la peur de mourir dans un attentat qui m’effraie le plus aujourd’hui. Non, c’est plutôt la crainte de voir l’avenir de notre société nous échapper… en glissant sur une pente dangereuse, celle de la méfiance les uns des autres.

Comme si l’usage juvénile que nous faisons des réseaux sociaux, conjugué à la crise financière que traversent les médias et à certains excès de la partisanerie politique nous entraînait inévitablement vers une forme de société dont personne ne veut pourtant.

Ce n’est pas en pointant des gens du doigt qu’on va régler ça. Certainement pas non plus en invitant simplement ceux qui cultivent tous les jours la division (sous toutes ses formes) à faire leur examen de conscience. Les discours vertueux qu’on entend depuis quelques heures ne suffiront pas eux non plus.

Il va falloir agir. Chacun à notre manière.

Et pour en arriver là, il va falloir reconnaître que nous sommes tous un peu responsables de la situation actuelle. À cause d’une certaine forme de négligence, ou de paresse.

Parce qu’on ne s’est pas suffisamment intéressé à la situation les uns des autres.
Parce qu’on a choisi de fermer les yeux sur des situations inacceptables.
Parce qu’on a accepté de normaliser des discours intolérables.
Parce qu’on a trop souvent réservé notre indignation à Facebook alors qu’on sait très bien que ça ne peut pas suffire.

Nous avons trop longtemps tenu la santé de notre démocratie pour acquise. C’était une erreur. On s’en rend compte aujourd’hui de façon particulièrement dramatique.

Il va falloir se retrousser les manches, s’agenouiller dans le jardin et entreprendre un grand désherbage. Tous ensemble.

C’est tout ça que j’aurai en tête en me rendant à la vigile qui se tiendra devant la Grande Mosquée de Québec pour dire à cette communauté qu’elle est bienvenue à Québec.

***

Trois coups de chapeau en terminant:

Aux porte-paroles de la communauté musulmane de Québec que j’ai entendus depuis hier. Votre noblesse est exemplaire et inspirante. C’est vous qui nous montrez la voie à suivre.

À Régis Labeaume, dont l’authenticité depuis hier est aussi exemplaire. Il a été, à mon avis, le politicien le plus à la hauteur de la situation depuis hier.

À Alain Fortier, président de la Commission scolaire des Découvreurs, aussi. Son explication calme, claire et pédagogique de la situation était aussi remarquable. J’espère que les médias auront bien compris sa demande de rester loin des écoles.

3 commentaires

  1. En repartant de l’Europe, après un an, on avait donc hâte de revenir au Québec, pour retrouver notre climat de sécurité. Maintenant, c’est aussi ici. Ça nous touche particulièrement. Merci pour ton texte et effectivement, on a un gros travail à faire, chacun de nous et particulièrement ceux qui sont dans les médias, sociaux ou pas. Nous avons tous notre part de blâme. Nous sommes aussi tous victimes.

  2. […] Un texte nuancé sur mon blogue me prend généralement une heure ou deux à rédiger (parfois plus). Il sera généralement lu par une centaine de personnes, très rarement plus de 300, même après plusieurs jours. J’aurai quelques «j’aime» sur Facebook, sommes toutes assez peu de commentaires, et peu d’échos en dehors de mes lecteurs habituels. Le texte que j’ai publié lundi après-midi en est un exemple. […]

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