Ce qui me manque sans Facebook


Je l’ai évoqué il y a quelques jours: j’ai décidé de prendre une pause de Facebook cet été. Essentiellement parce que je sentais le besoin de rompre avec l’incessante instantanéité qui était en train de bouffer toute mon attention. La pause m’offre aussi l’occasion de réfléchir à la place que Facebook occupe dans mon espace intellectuel.

Après une semaine, pas de doute: ça me fait déjà beaucoup de bien!

Je suis toutefois surpris de constater que ce qui me manque le plus, ce n’est pas l’actualité du réseau. Je ne souffre pas du tout de la peur de manquer quelque chose. Ce qui me manque, c’est un moyen efficace pour partager des trouvailles: des plaisirs de lectures, des phrases particulièrement bien tournées ou, parfois, des aberrations. 

Hier, par exemple, quand j’ai terminé la lecture de cet texte incroyable du New Yorker au sujet du National Enquirer et de son président, David Pecker. Je me suis retrouvé bien désemparé: comment partager efficacement mon enthousiasme pour le texte sans utiliser Facebook?

Même chose en lisant cet invraisemblable (indécent) euphémisme au sujet de la condition des communatés autochtones, dans le projet de nouvelle Politique culturelle:

«Depuis l’adoption par l’Assemblée nationale d’une motion sur la reconnaissance de ces nations et de leurs droits, en 1985, le gouvernement du Québec a mis en oeuvre une série de mesures favorisant leur développement et leur épanouissement.

Pourtant, encore aujourd’hui, il existe des secteurs où des progrès sont possibles (…)»

Ou, de façon un peu plus banale, en lisant l’amusante phrase par laquelle se termine cette entrevue avec l’écrivain-camionneur Jean-François Caron, dans Le Devoir de ce matin:

«Pis, t’sais, maîtriser une machine de cette grosseur-là, c’est grisant. Il y a un p’tit gars content qui se réveille dans ma tête chaque fois que je réussis à reculer ça dans un recoin serré.»

Lire dans l’isolement, c’est pas mal moins l’fun!

Bien sûr, il y a le blogue… mais ça reste insatisfaisant pour partager rapidement des choses simples — sans devoir forcément le mettre en contexte.

En résumé, mon premier constat résultat de la pause Facebook

L’habitude «d’aller lire ce qui se passe sur Facebook» me manque beaucoup moins que «la capacité de partager rapidement quelque chose avec mon réseau» (et, de la même façon, savoir ce que les gens lisent ou apprécient — beaucoup plus que ce qu’ils font ou ce qu’ils pensent de ceci ou de cela).

Et la conclusion que je tire de ce constat: 

Il faudra vraisemblablement que je retisse un peu différemment mon univers Facebook après l’été, de manière à ce qu’il me permette de partager spontanément et qu’il guide ma pensée vers de belles choses et des réflexions constructives — dans me laisser envahir par le brouhaha de l’instant et les plus récentes polémiques. 

Beau défi en perspective!

5 commentaires

  1. «la capacité de partager rapidement quelque chose avec mon réseau». Tout à fait. Mais on connaît les limites liées au bruit ambiant, au filtrage, aux recherches déficientes et aux publication éphémères de Facebook. D’un autre côté on entend les mouches voler autour de nos espaces de partage « maison » (voir http://numqc.cap-collectif.com/ideas/offrir-un-tableau-de-bord-gouvernemental-de-la-strategie-numerique-et-de-la-strategie-culturelle-numerique). Il nous faut un beau blogue prescripteur, modéré par un commentateur comme toi, pour renouer confiance avec le bon vieil Internet 2.0 : )

  2. Je ne visite plus FB. Et la même chose me manque, alors je le fais un peu dans la colonne latérale du blogue, mais surtout? Je vis sans. Je trouve que certaines choses ont glissé lentement mais sûrement; la valeur des choses, entre autres, qui une fois le partage fait deviendrait plus élevée. Alors qu’au fond c’est plutôt illusoire (c’est du fluff, que je dis!). Je l’ai vu avec mes photos sur Flickr. Soudainement une photo appréciée, vue, aimée, devenait plus précieuse/importante… meilleure? C’est foutaise évidemment, elle n’est pas meilleure, cette photo, que quand je la prenais et gardais pour moi. Ah mais le cerveau humain est prévisible et manipulable… et on ne peut pas gagner contre son cerveau. Alors je n’y vais plus. Je me désaccoutume, je boque, je rue et je me câbre. Et franchement? Je parle seule dans mon coin, comme au bon vieux temps. Et je m’assume. Ça me va, la plupart du temps: je suis vieille comme mon temps! ;-)

  3. Anecdote épeurante: quand j’étais beaucoup sur Twitter, un moment donné je suis devenue incapable de lire plus d’une page imprimée à la fois. Mon attention avait été… miniaturisée! Malgré moi mais avec ma complicité totale! J’ai lâché ça comme un charbon ardent. (Et je n’ai ni téléphone intelligent ni tablette. J’ose pas imaginer ce que ça serait AVEC. [pas besoin d’imaginer, non plus, on a un jeune adulte à la maison…])

  4. Tous ces textes me font réfléchir. Mon cerveau est un miroir inévitablement un peu déformant. Je me reconnais dans ces commentaires, tout en ne voulant pas forcément utiliser les mêmes moyens pour me libérer d’une certaine cyberdépendance. Savoir ce que les autres lisent, apprécient? Savoir où je me situe dans cet écheveau? Montrer qui je suis ou plutôt ce que je voudrais que les autres sachent de moi? Tout en en connaissant les limites de cet accès vu la puissance des logiciels de tri des informations. Il est certain que sans internet je n’aurais pas connu Clément et Remolino, ni bien d’autres choses. Alors réduire et non supprimer. Discipliner ou apprivoiser?

  5. Merci Jean-Robert, Hélène, Marianne — de vos réflexions, idées, partages.

    Un jour à la fois pour cet été, on verra bien ce qui émergera de ça.

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