Destruction de Paul Gouin

J’ai lu au cours des derniers jours Destruction de Paul Gouin, une fiction historique écrite par Claude Corbo et publiée chez Del Busso.

Le récit décrit la situation politique du Québec entre 1933 et 1936. Le Parti libéral est alors au pouvoir depuis près de 40 ans. C’est Taschereau qui est premier ministre. La corruption plane sur les affaires publiques.

Comme aujourd’hui, une bonne partie de la population croit qu’il faut renverser les libéraux. Duplessis vient d’être élu chef des conservateurs. Paul Gouin vient de fonder l’Action libérale nationale. Ils partagent tous les deux le même objectif et vont s’entendre (en pleine campagne électorale) sur une stratégie de collaboration pour espérer remplacer le gouvernement Taschereau.

Ils n’y arriveront pas du premier coup… et nommé chef de l’opposition (même s’il a fait élire moins de députés que l’ALN), Duplessis va littéralement manger Paul Gouin à l’Assemblée nationale et progressivement rallier presque tous les députés derrière son leadership. Il gagnera finalement haut la main à la deuxième occasion (Gouin renonce même à présenter des candidats à cette élection devant la force de Duplessis!).

Gouin est présenté dans ce livre comme un politicien idéaliste, vertueux, qui veut faire de la politique autrement — une politique positive et constructive.

À l’inverse, Duplessis est décrit comme un politicien pragmatique, efficace et prêt à jouer cochon s’il le faut. Et qui arrive à ses fins.

***

C’est une lecture que j’ai trouvé très intéressante. La forme du livre est d’ailleurs très agréable — quatre courts textes de natures variées: journal personnel, notes, monologue, discours.

J’ai évidemment trouvé très difficile de constater (une fois de plus!) à quel point l’histoire se répète et, par conséquent, d’imaginer un peu plus facilement le genre de stratégies qui sont probablement déjà/encore à l’oeuvre en préparation de l’élection du 1er octobre. Je vous laisse lire le livre pour les découvrir.

J’ai trouvé peut-être encore plus dur de voir aussi clairement la manière idéaliste de faire de la politique se faire écraser par une forme de politique beaucoup plus crasse. Mais bon, c’est ça qui est ça…

Heureusement, j’ai trouvé aussi dans cette lecture une source d’espoir en constatant que plusieurs des idées que Paul Gouin a pu brasser pendant cette période ont quand même fini par prendre forme dans le Québec d’aujourd’hui.

Comme quoi, tout n’est jamais vraiment perdu.

7 comments

  1. @MVH: question très intéressante… qui me trotte effecyibement dans la tête depuis que j’ai terminé de livre.

    Je pense que c’est Alexandre Taillefer qui est le plus près de la personnalité/rôle de Paul Gouin aujourd’hui. Mais en acceptant de présider la campagne électorale du PLQ, il fait un pari que Gouin a toujours rejeté: croire à la possibilité (et à l’intérêt) de «relibéraliser les libéraux» (c’est une des dimensions stratégiques fascinantes de cette histoire, d’ailleurs).

    Est-ce que Gouin aurait dû relever ce défi? Est-ce que Taillefer peut le relever avec succès? Ça reste à voir.

    Quant à Duplessis… j’ai plus de mal à voir qui est dans son rôle aujourd’hui…

    Je pense qu’il faudrait découper les différents aspects de sa personnalité et de sa manière d’exercer son leadership pour pouvoir répondre précisément. Je vais devoir continuer d’y penser un peu.

    Je te reviens donc quand j’y verrai plus clair…

    (À moins que quelqu’un d’autre ait une hypothèse à formuler…)

  2. Les politiciens idéalistes, vertueux qui désirent faire de la politique autrement sont actuellement en danger… À mon grand regret.

  3. @Micheline: je me suis demandé en lisant ce livre si cela n’avait pas toujours été le cas… et si cette idée d’une politique propre, positive, constructive, idéaliste n’était pas, au fond un simple fantasme.

    Y a-t-il eu des époques où ce genre de politicien.nes a été victorieux? Ou sont-ils condamné à fournir des idées aux politiciens plus querelleurs?

  4. Mandela, Brundtland, McCallion, L’Allier, je garde espoir comme tu me l’as récemment fait remarqué…

  5. Il le faut, tu as raison. Et trouver des façons d’avancer quand même d’ici-là…

  6. (Scuzez, mais ma fille de presque sept ans vient de dire à son frère de deux ans et demi que « c’était comme ça dans le temps des princesses. » Chacun ses époques… mythiques! hahahaha… oups, scuzez, vraiment, pas pu m’en empêcher!)

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