Pour rompre avec l’angoisse

Joseph Facal publie ce matin un texte dans lequel il évoque les angoisses avec lesquels seraient aux prises les souverainistes lucides.

Son texte résume très bien ce que j’entends abondamment autour de moi. Sauf que je trouve que c’est une erreur de présenter ça comme une impasse — comme un problème insoluble.

Je me demande si la grille d’analyse qui sous-tend ce raisonnement n’est pas désuète. Ou incomplète. Ou simplement piégée. Elle repose, je pense, sur l’hypothèse que l’arène partisane serait la seule capable de faire éventuellement se concrétiser l’indépendance du Québec.

Je me mets à penser que cette grille d’analyse fait partie du problème et contribue fortement à ce qu’on perçoive la situation comme une impasse.

Est-ce qu’il ne serait pas plus utile, et efficace, d’arrêter de penser que l’avenir du Québec sera déterminé par les partis politiques?

Est-ce qu’on ne devrait pas (re)commencer à se dire que les partis politiques n’ont pas pour but de décider où s’en va le Québec, mais de réaliser ce qu’on aura décidé d’en faire?

Faut-il s’étonner de ne pas savoir pour quel parti voter quand on ne sait pas à quel Québec on rêve?

Je pense qu’il va falloir arrêter de se perdre en conjonctures partisanes et recommencer à rêver, à imaginer le monde dans lequel on aimerait vivre; le monde qu’on souhaite laisser aux générations suivantes.

Il va falloir (re)commencer à partager ces rêves, à en faire des récits rassembleurs, à élaborer des projets et à faire en sorte que les partis politiques s’en saisissent pour pouvoir les transformer des réalités. C’est d’ailleurs ce que disait aussi Cyril Dion dans sa plus récente chronique publiée dans le Nouveau magazine littéraire.

En l’absence de rêves et de projets forts pour le Québec, ce sont forcément toujours ceux qui se présenteront, à tort ou à raison, comme les meilleurs administrateurs de l’État qui remporteront les élections. Quoi faire de mieux qu’administrer bêtement quand on a pas/plus de projets à réaliser?

L’impasse ce n’est pas la division du vote, ni même dans les bonnes ou mauvaises stratégies des partis politiques, elle se cache plutôt dans notre indifférence devant l’avenir.

Si on veut changer ça, je pense qu’il va d’abord falloir tout faire pour que les Québécoises et les Québécois reprennent confiance dans leur capacité à définir ce que va devenir le Québec.

Tant qu’on n’aura pas fait ça on va être condamné à lire une chronique comme celle de Joseph Facal avant chaque élection.

Pis ça ne me tente pas pantoute…

6 comments

  1. Avec le temps, nous (les souverainistes) avons oublié que, faire du Québec un pays, c’est un moyen pour atteindre un objectif.

    Cela dit, nous ne parlons plus de l’objectif, mais du moyen et pire encore, depuis 1995 nous parlons d’un sous-moyen (référendum) pour accéder au moyen (un pays nommé Québec).

    Alors revenons à l’objectif. Comment pourrions-nous le décrire ?

    Je tente une version.

    Notre objectif est de développer notre « endroit de vie » dans le respect de nos valeurs, en utilisant nos forces et nos talents, afin que nos enfants puissent jouir d’un lieu de vie les plus précieux qui soit.

    Bien sûr, cette phrase doit être déclinée en éléments plus concrets mais un fait demeure, il est pertinent qu’une société aspire à améliorer son « endroit de vie » et il est certain que lorsque les besoins de base sont comblés, cette amélioration passe par une spécification des améliorations à venir.

    En d’autres mots, un continent peut avoir un objectif de diminuer la mortalité infantile, mais il est un trop grand ensemble pour supporter le développement des atouts de chacune de ces nations.

    Qu’en dites-vous ?

  2. J’aime bien ton analyse. Par contre, pour qu’elle porte, il faut la faire suivre dans les journaux. Trois initiatives vont dans la direction dont tu parles. Le OUI Québec, le Mouvement démocratie Nouvelle (proportionnelle) et l’Alliance pour une constituante citoyenne du Québec (https://accq.quebec/engagement-candidats) qui est tombé dans ma boîte courriel récemment. Les trois ce grefffent aux partis mais ne les remplacent pas! Ils convergent, nous convergeons, convergerez-vous?

    Mes angoisses s’estompent!

    Bonne journée! J’espere te voir ce soir 18 h au domaine Cararaqui pour l’investiture de Sylvain.

  3. Cher Clément,

    Je crois qu’un projet de l’envergure de celui dont nous discutons ici doit être porté par une figure charismatique forte.

    C’est l’éternelle question : qu’est-ce qui vient en premier, le leader ou les idées qu’il représente?

    René Lévesque était-il le simple porte-parole d’un courant social préexistant ou l’a-t-il fait naître?

    J’ai toujours cru, peut-être à tort, que les idées (les projets) ne peuvent se concrétiser que lorsqu’ils sont portés par des leaders qui réussissent à convaincre leurs concitoyens de la justesse de leur cause.

    Dans un régime démocratique, les leaders ont besoin de l’adhésion du peuple, mais ils doivent parvenir à susciter cette adhésion. Et cela passe malheureusement (ou heureusement, je ne sais pas) par l’action politique, qui peut difficilement se passer de l’outil que représente le parti politique pour accéder au pouvoir.

    La société influence les politiciens, mais à mon sens dans une bien moindre mesure que l’inverse.

  4. @Richard: je suis évidemment d’accord avec toi sur la nécessité de démêler les finalités des moyens. Mais l’exercice ne pourra pas être que théorique. Et la définition des finalités ne pourra se faire qu’avec les personnes qui seront les plus concernées par la suite des choses — c’est à dire les plus jeunes que nous (avec notre aide/accompagnement, évidemment). Il faudra par ailleurs accepter l’idée qu’il est possible que l’indépendance ne soit pas nécessaire à la réalisation des finalités/projets qui seront formulés/décrits. Il faut accepter cette idée pour que la ré-émergence de l’idée d’indépendance soit légitime lorsqu’elle se représentera. Personnellement, je ne doute pas de sa pertinence/nécessité, mais on ne peut pas imposer ce postulat si la démarche que nous proposons est sincère. Il faut repartir des aspirations des jeunes et bâtir la suite à partir de ça.

  5. @Normand: Les initiatives que tu cites sont de très bons exemples. Espérons de les voir se multiplier dans les prochains mois — et pas que pour soutenir le développement de visions commune sur la manière d’organiser notre démocratie. Aussi sur d’autres sujets déterminants: l’éducation, bien entendu, les défis environnementaux, l’impact des technologies, etc. (et les liens, de plus en plus étroits, entre chacun de ces enjeux).

    Je ne pouvais malheureusement pas être présent hier soir pour l’investiture de Sylvain, j’étais retenu à Montréal pour des obligations professionnelles.

  6. @Alain: Merci beaucoup d’avoir pris le temps de formuler ce commentaire. Je suis d’accord avec toi sur l’impact que peut avoir un leader charismatique comme catalyseur pour des idées naissantes… et pour accélérer leur mise en oeuvre. Je ne nie pas ça du tout (et j’en rêve avec toi).

    Je rejette néanmoins l’idée que nous serions condamné à l’angoisse dans l’attente de l’apparition d’un nouveau leader charismatique pour donner forme à nos aspirations. D’abord parce que c’est une posture dans laquelle je suis personnellement beaucoup trop inconfortable, mais surtout parce que je pense que ce type de leader ne peut se révéler que dans le bouillonnement des idées et l’émergence de projets potentiellement rassembleurs. Pas de projets collectifs, pas de leaders; pas de leaders, pas de débats stimulants; pas de débats stimulants…

    Et je ne dis pas que les partis politiques ne sont pas utiles dans cette équation. Je crois même qu’ils sont indispensables… mais je pense que dans le contexte actuel, les partis ne constituent plus le contexte idéal pour faire naître les projets stimulants qui pourront mobiliser massivement la société. Je pense qu’il faut plutôt se dire que les partis sont des machines pour trier les idées et projets en gestations, s’en faire les porteurs et les défenseurs, identifier des leaders capables de les porter et mettre en oeuvre des plans pour les voir se concrétiser.

    Certains amis me diront que c’est déjà comme ça que ça se passe. Je ne le crois pas.

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