Ouverture, fermeture

Réflexion sur une extrait du livre «Dialogue sur la nature humaine», de Boris Cyrulnik et Edgar Morin, cité sur le blogue de Sébastien Provencher.

Je suis d’accord avec les auteurs: une société doit continuellement chercher un équilibre entre l’ouverture et la fermeture — et qu’il est préférable de miser sur l’ouverture, parce que cela permet à la société de s’enrichir.

Je suis aussi d’accord que la refermeture (le mot est de Cyrulnik et Morin) représente une menace pour une société. Je trouve toutefois déplorable qu’on en fasse porter la responsabilité sur ceux qui en expriment le besoin.

Quand Cyrulnik et Morin accusent le fragment de la société qui prône «le renfermement culturel, national et religieux [et qui] oublie la solidarité avec les voisins et, plus largement avec toutes les autres sociétés humaines» (rien que ça!), je pense qu’ils pointent injustement du doigt des citoyens qui ne font qu’exprimer des craintes qui peuvent s’expliquer par toutes sortes de raisons.

Pour qu’une société puisse durablement miser sur l’ouverture, elle doit arriver à cultiver la confiance dans l’avenir chez tous les citoyens — un avenir enrichi par la diversité.

Quand une partie de la population n’a plus confiance dans cet avenir il ne faut pas s’étonner qu’elle soit tentée par la fermeture. Et ce n’est alors pas de sa seule faute. C’est aussi le résultat de choix collectifs — de choix éducatifs, économiques et politiques — qui ont pu créer chez-eux un sentiment de vulnérabilité devant l’avenir.

Dire à des gens qui expriment des craintes devant l’ouverture, qu’ils ont tort, pire, qu’ils sont racistes, ne permet pas d’améliorer la situation.

Je pense que leur opposer «le discours du rassemblement, de la connexion, de la communication et de l’empathie, de la communauté et de la communion» ne sera guère plus efficace.

Il faut plutôt reconnaître que nous sommes collectivement responsables de cette perte de confiance et de se retrousser les manches pour cultiver à nouveau le goût de l’ouverture chez une plus grande partie de la population.

Tout cela prend forcément du temps, des années, une génération peut-être. Le Québec l’a déjà fait avec succès avec la Révolution tranquille. On peut recommencer. On doit recommencer.

Mais il se peut qu’entretemps il faille répondre aux craintes par une certaine fermeture dans le but de maintenir la structure sociale, comme l’évoquent d’ailleurs Cyrulnik et Morin.

Pour cette raison, si je peux comprendre certaines critiques qui sont faites au projet de loi 21 (et j’en partage quelques-unes), je trouve déplorable que plusieurs opposants offrent pour seule alternative de ne rien faire du tout.

Nier les craintes ne m’apparaît pas une solution pour nous aider à retrouver, collectivement, le goût de l’ouverture et de la diversité. Je crains plutôt que ça ait l’effet inverse.

Photo prise au Musée des beaux-arts de Montréal, 2019

3 commentaires

  1. Ça me fait un peu penser à quand on a décidé de sortir la cigarette des lieux publics.

    À quelque part on a pris le temps de le faire et on a mesuré au fur et à mesure où on en était.

    C’était loin d’être unanime. Ni les bars ni les restaurants ont vu leur achalandage baisser, du moins pas à cause de ça..
    on a même vu une diversification de la clientèle par la suite.

  2. Ouverture? Ouverture à plus de liberté chez l’enseignant et moins chez l’enfant ou ouverture à plus de respect de la liberté de l’enfant et moins à celle de l’enseignant? Ouverture au rajout d’un privilège supplémentaire au religieux, celui d’afficher son appartenance religieuse là où on n’affiche pas nos préférences politiques ou commerciales ou ouverture à accepter que la liberté d’expression religieuse est comparable et éventuellement en rivalité avec d’autres libertés fondamentales?

  3. @Sylvain: les questions que tu soulèves se trouvent un peu dans l’usage de l’italique tout au long de mon texte. Ouverture et fermeture sont des mots souvent plus ambigus qu’ils en ont l’apparence.

    La conclusion, très personnelle, de la réflexion que j’ai faite dans ce texte est qu’il n’est pas possible de parler d’ouverture et de fermeture avec une posture dogmatique. Ça revient à refuser le dialogue.

    Personnellement, j’appuie la prudence de mon opinion sur le fait que je dois admettre ne pas comprendre le sentiment religieux et la forme de foi qui l’accompagne. Mon empathie s’en trouve compliquée… alors je continue à écouter, et à chercher un chemin où on peut continuer de jaser tout en marchant.

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