L’Entre-deux-mondes

« Écrire son journal, c’est avant tout écrire sur son époque. »

J’ai lu avec un beaucoup de plaisir cette semaine L’Entre deux mondes — Journal des années 2016-2018, de Dominique Lebel.

Dès les premières pages, j’ai apprécié l’écriture: très personnelle, concise, engagée. Il faut dire que pratiquant moi-même le journal personnel depuis plusieurs années, j’ai pu aisément m’associer à la démarche de l’auteur… et apprécier le défi que cela représente de tenir journal avec autant d’aisance (ça m’a d’ailleurs fait aussi réfléchir sur ma propre écriture).

« Lorsqu’on écrit, tout semble en lien avec tout. »

Il faut dire que les années qui sont racontées dans ce livre ne sont pas banales: élection de Trump aux États-Unis, apparition de Macron en France, référendum sur le Brexit au Royaume-Uni, démission de Pierre-Karl Péladeau, élection de Valérie Plante, élection de Jean-François Lisée comme chef du Parti Québécois, triomphe de la CAQ, effondrement du PQ… entre autres choses.

Passant élégamment de l’observation sociale et politique à l’introspection, le texte trace à la fois un portrait de notre époque, de son auteur et du rôle ambitieux qu’il s’y voit jouer.

« Il est l’homme qui sait parler à la fois à l’oreille des politiques et à celle des gens d’affaires. Une espèce en voie de disparition. » (Au sujet de Vernon Jordan, ancien conseiller de Bill Clinton)

Le style est naturel. Décomplexé. Pas de fausse humilité ici. J’aime.

J’ai craint un moment que la description de l’univers social très privilégié dans lequel évolue Dominique Lebel et son choix de citer abondamment les grands auteurs puissent nuire à son propos en empêchant plusieurs lecteurs de s’y reconnaître ou de s’y associer, mais ce n’est pas le cas. Je pense que le pari est réussi: la qualité littéraire du livre porte avec succès le récit qui nous est proposé. À mesure qu’on avance dans la lecture, l’auteur devient naturellement le personnage d’un récit qui nous est familier.

Il y a deux ans j’avais lu Dans l’intimité du pouvoir, du même auteur.

L’entre-deux-mondes m’a semblé bien supérieur, tant sur la forme que sur le fond. J’en recommande la lecture sans hésitation.

« Les « entre-deux-rendez-vous » sont très présents dans ma vie. Cette vieille peur d’être en retard, de ne pas être au bon endroit. Le monde entier semble en ce moment « entre deux ». »

Image: modification d’un extrait de la couverture du livre.

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