Notre rapport colonial avec le futur

Plusieurs défis auxquels notre société est confrontée auront des conséquence à long terme — pour les générations à venir. On le sait.

Le réchauffement climatique en est un remarquable exemple.

Pourtant les mécanismes politiques actuels sont particulièrement mal adaptés pour répondre à ce genre de défis. Ils sont trop fortement déterminés par des variables à court terme (les cycles électoraux, entre autres choses).

Le philosophe Roman Krznaric s’est récemment penché sur ce problème dans un article publié sur BBC Future:

Why we need to reinvent democracy for the long-term

C’est un des textes les plus inspirants que j’ai lus dans les dernières semaines.

Extraits:

«It is so startlingly clear that our political systems have become a cause of rampant short-termism rather than a cure for it.»

«The deepest cause of political presentism is that representative democracy systematically ignores the interests of future people.»

«The time has come to face an inconvenient reality: that modern democracy – especially in wealthy countries – has enabled us to colonise the future.

We treat the future like a distant colonial outpost devoid of people, where we can freely dump ecological degradation, technological risk, nuclear waste and public debt, and that we feel at liberty to plunder as we please.»

«When Britain colonised Australia in the 18th and 19th Century, it drew on the legal doctrine now known as terra nullius – nobody’s land – to justify its conquest and treat the indigenous population as if they didn’t exist or have any claims on the land.

Today our attitude is one of tempus nullius. The future is an “empty time”, an unclaimed territory that is similarly devoid of inhabitants. Like the distant realms of empire, it is ours for the taking.»

L’idée que nous traitons aujourd’hui le futur de la même façon dont nous avons traité le nouveau monde au siècle des grands explorateurs me semble très forte. Et très inquiétante.

Krznaric constate que l’incapacité des sytèmes politiques actuels amène même certaines personnes à remettre en question la démocratie.

«Some suggest that democracy is so fundamentally short-sighted that we might be better off with “benign dictators”, who can take the long view on the multiple crises facing humanity on behalf of us all.

Roberto Stefan Foa et Yascha Mounk avaient d’ailleurs constaté la même chose, en particulier chez les jeunes.

Heureusement, quelques pays mènent actuellement des expériences desquelles nous devrions nous inspirer:

«several countries have already embarked on pioneering experiments to empower the citizens of the future.

Finland, for instance, has a parliamentary Committee for the Future that scrutinises legislation for its impact on future generations»

«A new movement in Japan called Future Design is attempting to answer this very question (…) One group of participants takes the position of current residents, and the other group imagines themselves to be “future residents” from the year 2060 (…) Multiple studies have shown that the future residents devise far more radical and progressive city plans compared to current ones.»

En guise de conclusion, Krznaric nous prédits de très gros bouleversements:

«We are in the midst of an historic political shift. It is clear that a movement for the rights and interests of future generations is beginning to emerge on a global scale, and is set to gain momentum over coming decades as the twin threats of ecological collapse and technological risk loom ever larger.

The next democratic revolution – one that empowers future generations and decolonises the future – may well be on the political horizon.»

Je pense que le mouvement Extinction Rebellion, qui s’est manifesté au Québec dans les derniers jours, et plus encore, l’exceptionnel engagement de la jeune Greta Thunberg (avec ce type de discours), en sont actuellement les manifestations les plus évidentes.

Et nous, au Québec, on fait comment pour tenir compte de ça — pour réinventer notre démocratie?

3 comments

  1. Ton message de ce matin répond de manière pertinente au cri du cœur de Luc Fernandez hier sur Twitter (Fuck nous tous, nous savons ce qu’il faut faire mais nous ne faisons rien.)

    Peut-être pourrions-nous commencer par changer notre baromètre qui mesure le succès de notre action collective.

    Tant que le PIB sera le témoin de notre bonheur (qualité de vie), nous agirons et voterons ainsi. Pourtant, le succès de la révolution tranquille ne fut pas mesuré ainsi, pas plus que celui de la révolution americaine ou indienne. Il est d’ailleurs frappant de constater que cet indicateur reflète un flux et non un actif (capital). C’est donc dire que chaque mesure est indépendante de la précédente et le succès impossible à atteindre (maintenir).

    Il est nécessaire de se doter d’un autre indicateur de succès collectif, un indicateur positif plutôt que réactif (comme la réduction des GES); un indicateur « d’état » plutôt que de « flux ».

    Au niveau humain: L’augmentation des heures de liberté pour que chacun puisse faire ce qui lui plaît et ce qui lui permet de se réaliser comme personne?

    Au niveau matériel :
    L’augmentation du taux des énergies renouvelables à faible empreinte carbone?

    Bref, revenir au fondamentale, notre santé psychologique et celle de notre environnement plutôt que la santé de l’économie. Cette dernière étant une condition parmi d’autres et qui, de plus, est dépendante des premières plutôt que l’inverse.

    Revenir à une campagne électorale portant sur l’épanouissement de la personne et de la communauté. C’est possible si nous avons l’audace de mettre ce thème au centre de la table et non en sa périphérie, là où la moindre vibration risque de le faire choir.

  2. Me semble que le problème n’est pas tant notre système électoral que le fait que les électeurs se foutent de l’avenir. À moins d’imposer une dictature éclairée, il y a peu de recours…

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