Normand Baillargeon, polémiste

Note: le texte suivant a été rédigé en collaboration avec Mario Asselin, en réaction à une entrevue qui nous avait tous les deux fait réagir et au sujet de laquelle nous étions tous les deux sollicités pour réagir.

Une autre entrevue avec Normand Baillargeon qui nous a mis hors de nous, au sujet de la réforme, hier à Indicatif Présent.

Baillargeon apporte quelques points de vue intéressants, mais fait preuve d’une étonnante malhonnêteté intellectuelle en laissant entendre que la recherche en science de l’éducation est unanime à « célébrer » l’enseignement explicite et à condamner toutes autres pratiques pédagogiques… Il est aussi à la limite de la malhonnêteté lorsqu’il sous-entend que « la réforme c’est faire des projets »; encore cette ritournelle! Nous aurions tellement aimé qu’il explique concrètement comment il aurait été possible « d’expérimenter et d’évaluer la réforme avant de commencer à l’appliquer ». Plusieurs des études auxquelles il a fait référence (notamment Follow Through) sont aussi l’objet de polémiques depuis de nombreuses années, ce qu’il s’est bien gardé de mentionner.

Tout cela est particulièrement paradoxal venant de celui qui a signé l’indispensable Petit cours d’autodéfense intellectuelle.


Les écoles privées seraient devenues les protecteurs du bon sens? Pourtant, nous observons à bien des égards le contraire… Elles puisent abondament dans la tradition, certes, mais plusieurs, voir la grande majorité sont bien plus engagées dans la réforme que bien des écoles publiques. La Suisse serait en train de reculer sur tous les points qui ont inspiré la réforme québécoise? Sauf erreur, nous pensons qu’il s’agit plutôt d’un seul des cantons suisses, celui de Genève et sur le sujet bien précis de l’évaluation (des notes au lieu des cotes).

Tout ça nous désole d’autant plus que nous avons longtemps admiré Monsieur Baillargeon, qui, de mémoire, se présentait jusqu’à récemment comme « professeur de sciences de l’éducation » et non comme « philosophe ». Et même comme philosophe, ses positions nous ont semblé hier un peu fragile, parce que beaucoup trop partiales. Nous lui conservons néanmoins toute notre estime en tant que polémiste, parce qu’il le fait admirablement bien et que le Québec en a besoin.

Ce que nous trouvons le plus dommage à l’écoute de cette entrevue, c’est de voir Marie-France Bazzo presque béate devant le discours de Baillargeon — de voir qu’elle avait rangé la capacité d’interpeller et de critiquer qu’elle manie généralement très bien. Nous avions eu la même impression (l’un de nous deux en avait même parlé il y a deux semaines), lors de l’entrevue avec Normand Baillageron (le même) et Jacques Dufresne.

Nous ne sommes pas des fanatiques de la réforme; mais nous y croyons profondément. Et ce que nous déplorons par-dessus tout chez ses détracteurs, c’est la tendance à nier une réalité pourtant essentielle pour comprendre l’avènement de ces changements. Il est franchement trop simple de prétendre qu’elle est le résultat du zèle d’un groupe de pédagogues et de fonctionnaires alliés dans un délire aveugle. Sérieusement… il faudrait au moins reconnaître que cette réforme est apparue en réponse à des demandes sociales (qu’on peut certes remettre en question, mais qu’il faut d’abord admettre) et qu’elle vise à tenir compte de nombreux constats à l’effet qu’il n’est plus possible de faire de l’école un sanctuaire. On ne peut pas nier non plus que les élèves et étudiants n’apprennent pas tous les mêmes choses en même temps et qu’il est impossible de maintenir le monopole des enseignants comme seuls sources de la transmission des connaissances. On reparlera des compétences, mais il y aurait là de belles évidences à décrire aussi!

Il faudrait aussi dire que la clé d’une éducation de qualité, c’est d’abord et avant tout l’empathie, l’exigence, la constance, la rigueur et le respect, profond, de l’autre. Dire aussi que le succès d’une classe repose d’abord sur la capacité du prof à créer ce lien très particulier avec les élèves qui fait naître l’inspiration, le goût d’apprendre, de se dépasser et qui, permet du même coup d’exiger un effort sans compromis.

C’est surtout parce que nous croyons que cette réforme offre aux enseignants des outils de plus en plus indispensables pour développer avec leurs élèves ce type de relation pédagogique que nous «défendons» toujours autant cette réforme malgré toute les critiques qu’elle essuie depuis quelques mois. Nous intervenons sur le terrain et nous avons des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Il faut débattre de la réforme, certes, mais le faire en évitant de succomber à la tentation du « c’était bien mieux avant ».

7 commentaires

  1. Bravo! Pour ces propos nuancés et intellectuellement honnêtes.
    Avez-vous envoyé vos réactions à Mme Bazeau?

    Je viens de lui envoyer ce message (j’ai lu votre texte après) :

    Mme Bazeau,
    qu’attendez-vous pour inviter quelqu’un qui peut répondre à M. Baillargeon? Évidemment que les courriels que vous recevez sont plutôt favorables à ses opinions. Mais, de grâce, ne soyez pas dupée. M. Baillargeon maîtrise tellement bien les procédés oratoires de manipulation. Soyez assurée qu’après avoir invité quelqu’un qui démolira avec autant d’habileté oratoire les arguments de M.Baillargeon, vous recevrez une avalanche de courriels de gens soulagés que l’on dénonce enfin ses sophismes. Permettez-moi de n’en signaler qu’un seul. Sous un enrobage scientiste, il affirme haut et fort que la «réforme» (qui ne s’est par ailleurs jamais appelée officiellement «réforme de l’éducation» – cette expression n’étant qu’une appellation populaire) est basée sur le constructivisme radical et qu’elle évacue la transmission (ou acquisition) des savoirs de même que les «design» d’instruction. Ceci est absolument faux. En caricaturant – ou plutôt en démonisant – avec une malhonnêteté intellectuelle consommée, le programme de formation de l’école québécoise, Baillargeon peut occulter ses propres contradictions, par exemple, lorsqu’il passe impunément du paradigme de la transmission au paradigme de la compréhension.
    M. Baillargeon appelle au dialogue et demande que quelqu’un daigne réagir à ses objections. Comment peut-on accepter d’entamer une discussion avec quelqu’un qui ridiculise de manière aussi malhonnête et effrontée tous les chercheurs de très haut calibre qui ont participé à cette «réforme», les traitant de boy-scouts ignorants? Je trouve cela vraiment dommage parce que je pense qu’effectivement les propos de M. Baillargeon pourraient provoquer des débats très féconds s’ils étaient émis sous une autre forme.
    Au cas où vous n’en auriez aucun écho, je peux vous dire, d’une part, que dans les milieux de l’éducation – du primaire à l’univesitaire – de même que chez de nombreux parents, on commence à être écoeuré de ces propos idéologiques manipulateurs et que, d’autre part, l’exclusivité de votre association avec M. Baillargeon vous fait perdre énormément de crédibilité.

  2. Fiou! Quelle sortie!
    En fait, ce qui me reste en travers de la gorge, ce ne sont pas les multiples détracteurs du nouveau programme. S’il n’y avait personne pour faire ce boulot, on survivrait avec peine dans un dogmatisme ronflant. Ce qui m’attriste et m’effraie, c’est le siège vide devant la polémique. Personne n’est là pour répondre aux questions, en générer de nouvelles, contre-interroger les chercheurs du paradigme X ou être l’invité de Bazo, Lacombe et Maisonneuve. Personne d’officiel s’entend. Personne pour surligner les passages du programme qui pourraient, en trois coups de cuillère à pot, détraquer le détracteur et sa sauce à la panique.
    Que du projet? À quelle page avez-vous lu cela, Monsieur de Québec Science?
    Que du constructivisme? Mais n’avez-vous donc pas lu cette page où il est également question des dernières recherches en cognitivisme et en socio-constructivisme?
    Un programme fait par des fonctionnaires? Ne saviez-vous donc pas que plus de 500 enseignants et conseillers pédagogiques de toutes les régioins du Québec ont participé à la réflexion de chacune des parties des programmes de chacun des domaines de formation? Que des comités universitaires et collégiaux ont également été invités à valider le travail en cours de chemin?

    Qui donc pourrait mettre ces informations au service du nouveau programme de formation de l’école québécoise?

  3. Quelqu’un a lu l’article de Cornellier dans la Presse de la fin de semaine? Enfin, quelqu’un tente de voir de l’autre côté de la polémique entourant la réforme…et Baillargeon se fait planter

  4. Cornellier… c’est dans le Devoir, pas dans la Presse, évidemment! Mozus de convergeance qui vient nous chercher même dans nos moments d’égarement…

  5. Vite! faites une promende de lecture…

    Le médaillé Fields de mathématiques Français Lafforgue à écrit:

    http://www.ihes.fr/~lafforgue/dem/courriel.html

    http://michel.delord.free.fr/savoirsf.pdf

    Il me semble que le point de vue des mathématiciens et des physiciens est important dans ce genre de débat. Cependant, au québec se sont la charlatans de la pseudoscience de l’éducation qui ne connaissent rien en mathématiques qui s’en occupent des programmes. Question: Pourquoi les professurs de mathématiques ne se mellent pas de comment enseigner les disciplines littéraires alors que ses pseudoscientifiques qui en majorité parlent des champs de connaissances qu’ils ont à peine pratiqué au secondaire. Inviter un nul en maths à montrer comment enseigner les mathématiques à un vrai prof de maths

  6. Je suis toujours étonné de rencontrer ces enseignants et professeurs qui admettent volontiers que « leur » science ou leur champ d’études puisse évoluer, mais qui se refusent à voir que les sciences de l’éducation puissent connaître une évolution comparable. Étonnant!

  7. Depuis pavlov, rien d’extraordinaire n’est sorti de cette pseudoscience. Le constructivisme était copie conforme de l’empirisme. Si le constructivisme des savoirs nouveaux est possible, il ne le faut l’utiliser pour perdre le temps à réinveter la roue.

    Bonnes chance! JoJo Savard va devenir astrophysicienne grâce à son astrologie

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