Délires souverainistes vus de Paris

Le texte qui suit a été soumis aux quotidiens Le Soleil et Le Devoir il y a plusieurs jours. L’intention des cosignataires étant de contribuer au débat qui a suivi les déclarations récentes de certains tenors souverainistes, nous souhaitons pour le publier ici aujourd’hui.

* * *

Souveraineté du Québec
Le désolant spectacle de l’amertume


Clément Laberge travaille dans le domaine de l’édition éducative numérique, à Paris.

Marc Boutet, est président de De Marque inc., une société vouée à l’éducation interactive. Il habite Paris depuis quelques mois afin de développer le marché français pour son entreprise.

Vu d’où nous sommes, le spectacle que nous offrent depuis quelques jours les tenors autoproclamés du souverainisme québécois est non seulement invraisemblable, mais honteux. Le concert de « j’ai été mal cité » qui l’accompagne apparaît pour sa part tout simplement infantile. On se chicane dans la cour de récréation alors que le monde se construit autour de nous et que nous n’avons pas le luxe d’y être étranger. Tout cela est très divertissant — c’est d’ailleurs pourquoi les médias s’en régalent — et cela permet surtout de faire diversion, de faire oublier l’échec du projet souverainiste tel qu’il a été formulé jusqu’à présent.

Nous attendons mieux de nos leaders que des discours pontifiants guidés par l’amertume . Nous en avons assez de l’arrogance méprisante des donneurs de leçons!

La souveraineté, pourquoi pas? On peut y rêver. Mais on ne se rallie pas à un rêve, on ne s’en laisse pas convaincre. Un rêve, ça se partage! C’est à un projet qu’on veut se rallier… lorsqu’on partage un certain nombres de rêves. Voilà pourquoi nous avons plus que jamais besoin de véritables leaders, pas de vendeurs de rêves préfabriqués.

Être un leader ce n’est pas un statut, c’est un devoir: le devoir d’expliquer que le monde change et qu’il nous faut, comme société, apprendre à s’adapter; savoir se projeter dans le futur et reconnaître que nous avons plus que jamais besoin de l’Autre et d’avoir à l’esprit le bien commun. Être leader, c’est accepter qu’un projet politique se bâtit aussi sur le doute, dans la diversité des opinions et qu’un peuple n’est jamais plus fort que la somme de ses rêves. Alors le rêve unique, dogmatique, pour lequel on risque l’opprobre publique, voire l’excommunication, non merci!

Messieurs, mesdames les leaders souverainistes, cessez de vouloir rallier les gens à votre rêve de pays. C’est votre rêve. Pas le leur! Ou du moins, ils ne voient pas de liens avec leurs propres rêves. Et même si vous répétez encore cent fois ce qui vous fait y croire profondément, la majorité ne s’y ralliera pas. Au mieux le comprendra-t-elle et ce sera toujours insuffisant.

Aidez plutôt vos concitoyens à formuler leurs propres rêves, quels qu’ils soient — parce que c’est l’essence de la liberté. Il faut accepter l’idée que les Québécois travailleront à réaliser la souveraineté politique du Québec lorsqu’ils croiront que cela peut les aider à réaliser les rêves qui les animent. Pas avant et pour aucune autre raison.

Le plus important défi qui se présente à nous aujourd’hui n’est pas le déséquilibre fiscal. C’est le déficit de rêves individuels et collectifs. À quoi rêvons-nous? À quoi rêvez-vous? À quoi rêvent les jeunes? Il faut nous le dire. Il faut leur faire dire.

Nous rêvons pour notre part à une société qui saurait faire des rêves de tous les citoyens, une force collective. Une société dans laquelle ce serait la responsabilité de tous qu’à tout moment de sa vie, chaque citoyen, quel que soit son âge, puisse répondre spontanément à la question « à quoi tu rêves? ». Il est urgent que dans toutes les écoles et tous les milieux de travail, on s’assure que tout le monde soit en mesure de répondre à cette simple question.

Parce que c’est essentiel.

Parce que quelqu’un qui rêve se projette dans l’avenir, qu’il accepte par le fait même l’idée du changement et qu’il développe naturellement une plus grande ouverture pour l’innovation.

Parce que tout cela est essentiel pour faire face collectivement aux défis que nous posent notamment les changements technologiques et la globalisation.

Pour cette raison, nous souhaitons vivre dans une société qui place l’éducation au coeur de ses priorités. Parce que pour réaliser un rêve, il faut apprendre. À l’école, bien sûr, mais au travail, aussi, et dans ses loisirs: tout au long de sa vie, il faut apprendre. Apprendre à tricoter, apprendre une troisième langue, apprendre le fonctionnement d’un laser. Apprendre, simplement, tous les jours.

Le Québec devrait être un des lieux sur la terre les plus propices pour formuler des rêves. Il peut être un des lieux où il est le plus facile de trouver les premiers coups de main nécessaires pour mettre un projet sur les rails. Un lieu accueillant pour tous ceux et celles qui ont des rêves. Un espace géographique habité par un peuple prêt à s’enrichir de tous ces rêves, prêt à s’en faire une force — prêt à rêver à la grandeur du monde, avec tout le monde.

Si la souveraineté politique du Québec peut contribuer à rendre cela possible, nous en partagerons le rêve, nous y travaillerons et nous ferons en sorte qu’elle se réalise.

Évidemment, procéder de cette façon pour promouvoir la souveraineté, c’est s’exposer à ce que les gens ne perçoivent pas le lien qui existe peut-être entre leurs rêves et l’avenir politique du Québec. C’est un risque. Mais c’est aussi une condition nécessaire à sa réalisation.

C’est une voie qui implique aussi d’accepter qu’il faudra du temps pour mettre préalablement en place une grande corvée des rêves… et qu’il faut par conséquent arrêter de faire croire aux gens qu’il est possible (voire souhaitable) de gagner un référendum d’ici deux ans. Cela ne saurait être, de toute façon, qu’un ultime effort pour rallier les gens, de guerre lasse, à un rêve qui leur est étranger.

Ainsi seulement nous pourrons éviter la dramatique question qui nous attendrait au lendemain d’une victoire obtenue par la peau des fesses: « bon, on l’a notre pays, on fait quoi maintenant? ».

Il faut mettre de côté l’amertume et rêver. Ensemble. À la souveraineté, sans doute. Au bien commun, surtout.

3 commentaires

  1. J’ ai bien aimé ce que vous avez dit à propos ce qu’il veut dire être leader. J’aimerais bien le dire à quelqu’un qui s’appelle M. Bush dans la Maison Blanche ici ;-) même d’autres politiciens et politiciennes.

  2. J’ai oublié. J’ai aussi voulu dire que j’ai aussi beaucoup aimé ce que vous avez dit à propos l’éducation. comme prof, c’est ce que je crois au coeur. Désolée de ne pas avoir dit auparavant.

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