Ma langue, deux langues, les langues…

Chaque matin, je survole sur le Web les principaux textes de quelques journaux français et québécois: pour garder le beat, pour faciliter la découverte des contrastes entre mon hier et mon aujourd’hui… pour inventer progressivement mon demain. J’aime les contrastes, petits et grands, parce qu’ils m’interpellent.

Le contraste était particulièrement fort, jeudi, entre les textes placés à la une du Soleil et à la une du Monde. Extraits:

À Québec: « Germain Lamonde, président d’EXFO, suggère de laisser tomber la francisation des immigrants afin de les convaincre de venir… et de rester. Si les immigrants doivent absolument apprendre le français pour venir s’installer ici, oublions ça. L’immigration, c’est tout un défi pour une ville blanche et monolithique comme Québec. Mais c’est aussi une grande opportunité » […] Les Québécois devront faire un effort pour « s’internationaliser de l’intérieur », poursuit M. Lamonde. »

(Source: Le prix à payer: sacrifier le français, Le Soleil, 27 avril 2006)

À Paris: « Le premier devoir de quelqu’un qui est accueilli est de respecter celui qui l’accueille, et donc d’aimer la France ou au moins de la respecter. […] C’est un minimum que d’exiger que l’on apprenne le français. »

(Source: Immigration et Front national: Nicolas Sarkozy s’explique, Le Monde, 28 avril 2006)

La situation linguistique en France et au Québec est évidemment très différente. Celle de l’immigration aussi.

Je ne doute pas que de très vives réactions ont dues suivre la suggestion de Germain Lamonde, peut-être avec raison, je ne sais pas. Est-ce une proposition réaliste? Ça reste à voir. Il y a peut-être d’autres pistes à explorer.

Quoiqu’il en soit, le contraste me laisse l’impression que sur la question linguistique, le Québec « reprend un peu de confiance » alors que la France semble être tentée par « le repli sur soi ». Si c’est bien le cas, je m’en réjouis pour le Québec, et m’interroge, perplexe, pour la France.

Cela dit, « reprendre confiance », à Québec, ça me semble encore insuffisant! Il faudra s’ouvrir davantage, valoriser l’apprentissage des langues, beaucoup plus! Stimuler leur pratique et leur affichage. Il faut cesser de s’étonner que les panneaux d’information touristique soient aussi en anglais, et faire en sorte qu’ils soient également en espagnol, en allemand, et en italien, par exemple.

Parmi les choses qui me frappent le plus depuis mon arrivée en France, c’est de constater que le monde ne se construit pas qu’en anglais — contrairement à l’impression que peut nous laisser la vie quotidienne à Québec — ni même dans une seule langue à la fois, quelle qu’elle soit… C’est une affaire de multilinguisme!

L’Europe (un concept très « réel » vu de Paris) se construit en plusieurs langues à la fois, dans une danse des mots qui s’affichent partout: dans le tourisme, sur les boîtes de céréales, dans les publicités, dans les sites Web pour enfants, etc. Et je me dis que cette prise de conscience est absolument essentielle aujourd’hui pour rester dans la game.

À cet égard aussi, il faudrait que Québec soit une cité éducative. ;-)

Mise à jour: Incroyable! Même débat… dans la plus prétendue plus grande puissance du monde:

« And I think people who want to be a citizen of this country ought to learn English, » Mr. Bush said. « And they ought to learn to sing the national anthem in English. » »

(Source: NewYork Times, 29 avril 2006).

Merci à Margarita pour avoir attiré mon attention sur le sujet.

3 commentaires

  1. Mais Clément, je ne suis pas typique de tous les Américains et toutes les Américaines. On peut dire que je suis plus progressive de la plupart de mon pays. (on blague que je suis à la gauche loin) Le fait que la plupart des gens dans mon pays, les E-U, parlent seulement anglais, des répurcussions très négatives. J’aime bien rêver et penser que si on avait étudié une deuxième ou une troisième langue ici quand on était jeune comme on fait au Canada et en Europe, il n’y aurait pas été une guerre en Irak.

    J’espère que avec cette citation que M. Bush et la partie Républicaine perdent les votes des Hispanophones ici. Il a beaucoup parlé espagnol quand il était candidat la première fois. Les Hispanophones du Méxique, du Cuba, et de n’importe où aiment les Répubicaies. J »espère que c’est un changement. Malgré mon nom, je ne suis pas hispanophone, mais je suis une Américaine qui est fière de notre diversité.

  2. Freiner l’éducation aux langues étrangères est une forme d’obscurantisme nationaliste, de ce côté sombre du nationalisme aux relents de chauvinisme (navré de tous ces « ismes »). Dans un contexte de mondialisation, le multilinguisme (oups !) s’avère une compétence nécessaire à la communication. Or, nous savons très bien quels dangers découlent de l’absence de communication.

  3. Comme je dis à mes élèves, savoir deux langues (et avec mes élèves hispanophones, c’est trois langues!) vous donne une nouvelle perspective du monde et de la vie. On peut apprécier l’autre côté et apprécier de différentes modes de vie. C’est l’avantage que d’autres personnes dans le monde en ont plus que nous ici. Et laisse-moi finir avec ce que je dis tous les temps:

    Je n’ai pas voté pour lui. Et il a volé nos éléctions!

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