Pour une vision plus communautaire du leadership

Jean-Sébastien attire notre attention ce matin sur une courte entrevue réalisée par Jacinthe Tremblay avec Henry Mintzberg pour La Presse.

Si le mot communautéship proposé par Mintzberg et sur lequel insiste Jean-Sébastien m’apparaît intéressant, je trouve dommage que l’article l’explique aussi peu et qu’il ne soit présenté essentiellement que par la négative, par opposition à une vision déformée du leadership. Je retiens d’ailleurs de l’article plutôt ces quelques passages sur les paradoxes que contient aujourd’hui l’idée de leadership:

« Ces prétendues analyses occultent la complexité des organisations ainsi que de l’importance de leur culture, de leur histoire et surtout, de l’engagement – ou du désengagement – des hommes et des femmes qui les composent.

En liant tous les succès et les revers à la personnalité d’un ou de quelques dirigeants, on en vient à construire des organisations totalement dépendantes d’initiatives individuelles. En prétendant responsabiliser les leaders, on déresponsabilise tout le monde. […]

Dans les deux cas, on oublie que le leadership est contextuel. On confond leader et leadership. […]

La caractéristique la plus importante du leadership est la légitimité.

Les vrais leaders […] sont des gestionnaires tranquilles, dont la présence inspirante suscite l’engagement des individus qui composent leur organisation. »

Cela dit, pour aller un peu plus loin dans l’exploration de l’intéressant concept de community-ship, je me suis rabattu sur le texte dans lequel Mintzberg a introduit ce concept, publié l’automne dernier dans le Financial Times de Londres, dont la conclusion illustre bien l’ambition du changement de perspective auquel il nous convie:

« …let us get rid of the cult of leadership, striking at least one blow at our increasing obsession with individuality. Not to create a new cult around distributed leadership, but to recognize that the very use of the word leadership tilts thinking toward the individual and away from the community. We don’t only need better leadership, we also need less leadership.

How about if we challenge every single speech, programme, article, and book using the word “leadership” that does not give equal attention to “communityship” in one form or another? This could have profound implications, not only for the effectiveness of our organisations, but also for the democracy of our societies. »

Un commentaire

  1. Merci, Clément, de poursuivre ma réflexion… j’avais aussi envie d’aller plus loin sur l’idée du «leader» dans mon billet mais le temps m’a manqué.
    La citation de Mintzberg qui termine ton billet t’aura peut-être fait penser à ce passage de Presence (Senge, Scharmer, Jaworski et Flowers), qui nous rappelle aussi que le leadership n’est pas que l’affaire d’êtres exceptionnels:
    «One of the roadblocks for groups moving forward now is thinking that they have to wait for a leader to emerge – someone who embodies the future path. But I think what we’ve been learning with the U process is that the future can emerge within the group itself, not embodied in a ‘hero’ or traditional ‘leader’. I think this is the key going forward – that we have to nurture a new form of leadership that doesn’t depend on extraordinary individuals.»

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