Quel leadership?

Après avoir été relancé par Mario sur Où s’en va l’éducation, je me suis permis de le relancer à mon tour au sujet des caractéristiques que devrait avoir la personne qui succédera à Andrée Boucher à la mairie de Québec. Sa réponse, très habile sur la forme, me laisse néanmoins un peu sur ma faim, sur le fond, parce qu’elle n’aborde que très indirectement le type de leadership dont devrait faire preuve cette personne. Or, à mon avis, c’est la principale question qu’il faut se poser afin de juger les éventuelles candidatures (mais aussi, peut-être, pour en susciter d’autres, qui restent imprévisibles à ce stade). Je tente donc moi aussi une réponse, un premier jet, que la conversation qui suivra peut-être ne manquera pas de faire évoluer.



Quel leadership?

C’est ainsi que j’ai envie de poser la question parce qu’aussi admirable qu’elle ait pu être — à entendre les concerts d’éloges qui lui ont été faits, à tout le moins — il faut se demander si c’est une « mairesse Boucher bis » que nous voulons ou si nous souhaitons, au contraire, un tout autre type de leadership.

Ma perception est que Mme Boucher répondait parfaitement à l’archétype du maire qui sait mieux que ses citoyens ce qui est bon pour eux. Mme Boucher a bâti sa réputation (voire toute sa personnalité) sur une sorte de détermination inflexible. Et ça marche! Les gens aiment! Ils en redemandent.

« Quelle femme extraordinaire, elle a les idées claires et elle arrive toujours à ses fins! »

« Enfin une politicienne colorée, qui ne parle pas la langue de bois! »

Admirable sous certains aspects, peut-être, sauf que c’est une manière de gérer qui ne permet pas de faire face aux défis du XXIe siècle. C’est une gestion « rassurante » (« maman s’occupe de tout! »), bien sûr, mais qui ne permet pas de tirer profit de « l’intelligence collective » — qui néglige le fait que depuis la révolution américaine, les plus grandes réalisations politiques, économiques et sociales ne sont pas le fait de l’obstination politique de quelques-uns, mais plutôt le fruit de l’ouverture de leaders politiques qui ont su faire confiance aux gens; à des démocrates qui consultent, qui écoutent, qui se laissent inspirer et qui proposent ensuite et qui savent se montrer inspirant à leur tour. Nos sociétés ont besoin de leaders qui osent prendre le risque de se rendre vulnérables en présentant la réalité telle quelle est et non comme les gens désirent l’entendre décrite — des gens qui donnent envie de se retrousser les manches et de s’engager pour faire face aux défis qui se présentent à nous, collectivement.

Il ne s’agit pas, bien sûr, de confondre leadership et éternelle consultation… il ne s’agit pas de faire semblant d’écouter, de laisser parler, et d’imposer ses idées par la suite. Il s’agit d’oser dire « voilà le problème, quelles sont vos idées? » d’interpréter les tendances parmi tout ce qui s’exprime, d’identifier les meilleures idées et de proposer ensuite des projets inspirés par tout ce brainstorming. Des projets autour desquels prendra forme la vie de la cité.

Jusqu’à présent, il n’y avait essentiellement que les gens dotés d’une intuition politique exceptionnelle qui avaient accès à ce niveau de jeu politique — parce qu’ils pouvaient sentir l’opinion des gens (consulter sans consulter) et prendre des décisions éclairées par une opinion publique qu’ils n’avaient pas la capacité de consulter explicitement. Et encore, même pour ces exceptionnels politiques, ce n’était possible dans des sociétés beaucoup plus homogènes qu’elles ne le sont majoritairement aujourd’hui et où la diversité est trop grande pour qu’on puisse, en circulant dans la ville, prendre le pouls de la population de façon assez juste pour appuyer des décisions.

Je suis convaincu que pour aspirer à garder le contact avec la population, ce qu’elle pense et — surtout — pour pouvoir bénéficier de l’éclairage que des regards multiples et diversifiés peuvent apporter (c’est bien le sens de l’intelligence collective!) il faut savoir faire appel aux nouvelles technologies. Il faut habiter le cyberespace ou, à défaut, savoir s’entourer pour arriver à en tirer profit. Non pas parce que c’est in de faire appel aux blogues, aux wikis et aux réseaux sociaux en tous genres, mais parce que c’est dorénavant le seul moyen d’être véritablement à l’écoute d’une population.

Je crois que la ville de Québec a la chance d’être d’une taille qui lui permet potentiellement de bénéficier d’une bonne cohésion sociale tout en bénéficiant des avantages que seule la diversité rend possibles.

La possibilité d’une bonne cohésion est précieuse parce que tout est beaucoup plus difficile quand qu’il faut continuellement vivre avec des insatisfaits en nombre à peu près équivalents aux satisfaits — c’est trop souvent la situation actuelle, mais je ne pense pas que c’est une fatalité à Québec.

La diversité est au moins aussi précieuse (indispensable?) parce qu’elle est nécessaire pour stimuler la créativité et l’innovation qui sont nécessaires au développement économique — en particulier — en particulier à ce moment de l’histoire où la globalisation transforme profondément, qu’on le veuille ou non, les avantages concurrentiels entre les villes, les pays et les continents.

Au début du siècle, la haute ville décidait pour la basse ville — c’était l’époque où les élites dirigeaient à peu près confortablement les foules;

Avec la révolution tranquille, les moins nantis ont eu progressivement accès à de meilleures formations, à des emplois comportant de plus grandes responsabilités et, conséquemment, à un pouvoir financier accru;

Aujourd’hui, dans cette ville, tout le monde estime avoir le droit d’être entendu et de prendre part aux décisions qui les concernent — et heureusement, tout le monde n’a pas le même point de vue sur tous les sujets, ne serait-ce que parce que tout le monde n’a pas le même point de vue — littéralement — sur la ville.

C’est une richesse pour Québec — un acquis des dernières années, quelque chose qu’il faut valoriser; sur lequel il faut miser, pas simplement avec lequel il faut apprendre à composer!

C’est pour cela que je crois que le ou la leader dont nous avons besoin doit être quelqu’un qui sait écouter, d’abord et avant tout; quelqu’un qui sait identifier les problèmes, qui arrive à les poser clairement et qui ose les soumettre à la population tels qu’ils sont — même sans solutions a priori — afin que nous puissions y réfléchir collectivement. Il faut quelqu’un qui fait confiance aux citoyens et qui croit profondément que les réponses aux défis auxquels nous faisons face se trouvent dans la population et que le rôle de la politique est précisément de faire remonter les bonnes idées vers l’Hôtel de ville — et non pas de faire descendre des solutions de l’Hôtel de ville vers la rue et les perrons d’églises.

Démagogie, populisme? Peut-être bien. À ce stade de ma réflexion, je suis prêt à tout entendre et tout lire. Je cherche à réfléchir avec vous sur un sujet qui me tient à coeur même si je suis à Paris et que ma naïveté tout autant que mon éloignement peuvent expliquer ce qui pourrait apparaître à certains comme autant d’égarements.

Je ne crois évidemment pas que la forme de leadership que j’appelle de mes voeux implique d’écouter bêtement ce que peut dire la population — ou certaines de ses factions les plus bavardes. Il ne s’agit pas de diriger en écoutant les sondages ou de faire tout ce que les gens disent.

Il s’agit plutôt de croire, profondément, que le premier rôle du leader politique est de poser les problèmes, de faire entendre toute la diversité des points de vue et des idées des citoyens sur le sujet — pauvre, riches, jeunes, vieux, hommes, femmes, immigrants, autochtones, etc. — et de savoir faire ensuite l’arbitrage entre tous les points de vue de façon claire et transparente. Pour proposer. Pour agir. Pour réaliser. Pour bâtir la ville.

Je suis convaincu que dans ces conditions, satisfaits d’avoir été écoutés et que leur point de vue ait été entendu, les citoyens accepteront mieux de prendre part à l’inévitable consensus qui suivra. Il faut y croire. Le leader dont nous avons besoin doit aussi y croire. Il doit en faire le pari. Et je sais bien que ce n’est pas facile de faire cet exercice de façon convenable. Il s’agit d’avoir eu à gérer les commentaires sur un blogue ou dans un forum publics pour le savoir!

Par conséquent, pour avoir mon appui, un candidat à la mairie devrait, en plus de proposer une vision originale de l’avenir de la ville, s’engager :

à intervenir une fois par semaine à la radio et sur le Web pour faire état des dossiers qui l’ont occupé au cours de la semaine, de ceux qui l’occuperont la semaine suivante ainsi que des questions et défis nouveaux qui se manifestent pour la ville et sa population — pour expliquer ses décisions aussi;

à ce que les travaux du Conseil municipal soient toujours transmis en direct et archivés sur le Web, organisés par thèmes, et qu’il soit possible de formuler des commentaires à leur suite;

à ce que tous les textes importants pour la vie de la cité soient publiés une première fois en version préliminaire sur le Web pour que les citoyens puissent y réagir avant qu’ils ne soient soumis au Conseil municipal, par exemple;

à mettre en place un blogue pour tous les élus (à eux de l’utiliser ou pas! et à nous d’en juger) pour rendre compte régulièrement de leurs activité, décisions et réalisations.

à rendre accessible tout cette richesse démocratique à tous les citoyens, notamment en participant activement au développement d’initiatives citoyennes en ce sens, telles que ZAP Québec.

je crois que tout cela c’est nécessaire afin de permettre à la population de participer pleinement à la vie démocratique

Vous aurez compris que je reste profondément attaché à Québec et que, même si je suis loin, je me sens concerné par la campagne électorale qui s’amorce et je m’attends des aspirants à la mairie qu’ils s’ouvrent à la population dès maintenant — pas seulement une fois élu! Je souhaite qu’ils fassent preuve dès maintenant de l’ouverture dont ils ne manqueront pas de prétendre vouloir (et pouvoir) faire preuve!

Je m’attends même à ce qu’ils commencent leur campagne électorale en ouvrant un blogue de campagne (pas un simple dépliant publicitaire sur le Web) afin que nous puissions constater leur habileté à gérer les débats — qu’ils le fassent seuls ou avec l’aide de leur équipe, parce que le dialogue social ne peut évidemment pas être l’affaire d’un seul homme ou d’une seule femme! — mais alors à eux de nous montrer qu’ils savent s’entourer de manière à pouvoir gérer la complexité qui est au coeur même de la richesse d’une population comme celle de Québec.

Il n’y a pas à Québec d’une part les citoyens de la haute-ville et d’autre part ceux de la basse-ville. Il y a les citoyens de la haute-ville PLUS, ceux de la basse-ville. C’est une addition.

Il n’y a pas d’une part les habitants de Québec et d’autre part les nouveaux arrivants. Il y a les citoyens de Québec PLUS les nouveaux arrivants. C’est en tout cas ce qu’il faut viser, ce à quoi il faut travailler, grâce aux dialogues qui peuvent être facilités avec l’utilisation des nouvelles technologies.

Il n’y a pas non plus les héritiers de Jean-Paul L’Allier, les X et les fidèles de Mme Boucher — il y a la somme de tous ces citoyens… que le prochain maire (ou la prochaine mairesse) devra arriver à faire dialoguer. Ce ne sera pas une mince affaire, bien sûr, mais n’est-ce pas là toute la beauté du défi et toute l’exigence de la fonction politique?

Pour le dire encore plus clairement, j’ai la profonde conviction qu’il n’est pas possible aujourd’hui de diriger efficacement une ville comme Québec de manière à lui permettre de faire face à tous les défis que pose la globalisation, notamment, sans faire intensivement appel aux technologies, de manière à favoriser une certaine cohésion tout en misant sur la diversité.

Je peux me tromper ou me bercer d’illusions, bien sûr. Je n’en attends pas moins des aspirants au poste de maire de Québec qu’ils me disent quelle est leur conviction à ce sujet.

C’est une question de leadership.

5 commentaires

  1. Nous sommes d’accord sur le fait que le temps est venu de passer à un autre style de leadership que celui de la «maman s’occupe de tout». D’accord aussi à privilégier un politicien qui sait «poser clairement [les enjeux] et qui les soumet à la population tels qu’ils sont». Disons, qu’en gros, j’aurais peine à contredire ta vision. J’ai choisi la forme «plus efficace» (tu dis «habile», bon… je veux bien) parce que j’ai pensé que c’était elle qui me conviendrait la mieux pour mettre en place mes idées. D’autant plus que je discute fréquemment avec des gens qui font de la politique municipale et je sais que l’heure est aux formules qui parlent…

    En ce sens, j’aime beaucoup tes cinq suggestions liées à l’engagement pouvant aider «la population de [à] participer pleinement à la vie démocratique». Concrètement, les gens ne sont pas prêts (à Québec en tout cas) à utiliser les blogues et les wikis, voire le Web, pour des usages du type de ceux que tu suggères, mais pour moi, ça ne veut pas dire qu’il faille mettre de côté ces suggestions. Au contraire…

    Le défi de «faire dialoguer» les différents groupes que tu identifies (et il y en a d’autres) est énorme Clément. La montée d’une certaine droite à Québec, celle qui aimait bien en particulier que Mme Boucher fasse du ménage, exige une certaine écoute; en même temps, ceux qui ont des projets de société à formuler doivent trouver une oreille attentive et ne pas considérer que le conseil municipal est un «bar ouvert aux ressources infinies». Et il y a les environnementalistes, les gnes un plus business, les gens qui n’ont pas encore digéré la fusion, ceux qui veulent que la neige soit ramassée et non soufflée et j’en passe… Je veux dire que le type de leadership du prochain maire, de la prochaine mairesse doit en être un DE SERVICE. Les gens «qui passent» à Québec sont le genre à faire passer leurs intérêts APRÈS ceux des citoyens et le leadership de Mme Boucher rejoignait beaucoup les gens sur ce volet.

    Les politiciens de carrière ont tendance à avoir «des plans de carrière» et je crois que le successeur à la Mairie devra montrer patte blanche à ce niveau. Il devra prouver hors de tout doute qu’il ne postule pas la fonction pour ÊTRE le maire ou la mairesse. On voudra d’abord qu’il (je vais lâcher le «elle» pour simplifier la lecture) gagne le coeur des gens et qu’il ne joue pas au coq trop vite. Le 400e attirera les gens qui aiment paraître et la population risque d’être vigilant à élire une personne moins flamboyante à mon avis. Le malheureux «Le roi est mort. Vive le roi» de M. Jolicoeur et surtout, la force du rejet de cette proposition indique que la personne qui sera choisie devra faire preuve de beaucoup d’humilité pendant la campagne.

    Je te gage que plusieurs se revendiqueront de l’héritage de Mme Boucher. Par opportunisme, par stratégie ou par conviction. Ces gens joueront avec le feu. Proposer un virage brusque comme ta position le suggère Clément ne passera pas non plus, si tu veux encore mon avis. J’ai écrit dès le lendemain du décès de La Mairesse que le temps était venu de passer à autre chose, mais je dois admettre maintenant que l’aura de Mme Boucher va demeurer aux alentours pour quelques semaines, au minimum! Peut-être plus…

    Bref, tu formules un beau programme, mais tu demandes des convictions qui risqueraient de faire penser qu’un candidat qui s’afficherait ainsi se positionne pour 2009. Pour «prendre la Mairie» d’ici quelques mois, il faudra se montrer chaleureux, près des gens, un brin populiste et assez ferme avec les gens qui veulent tout avoir…

    Personnellement, j’ai l’intention de prendre position dans cette campagne. Je ne garderai pas mon vote secret. Je compte m’impliquer, voir m’engager pour un ou une candidat(e). Ton billet me servira énormément. Ma formule (celle que tu qualifies «d’habile») également. Je suis en train de te dire que mon choix n’ira pas nécessairement vers quelqu’un capable de remporter l’élection, mais vers quelqu’un qui le mérite à mon avis. Qui sait si les deux ne sont pas conciliables???

  2. Hop une petite plogue de temps en temps ;-)

    Lettre aux prétendants à la mairie de Québec écrit par Pierre Boucher à la veille des dernières élections municipales. Les enjeux sont toujours les mêmes, ainsi que les candidats. Ancien président de la Commission de la Capitale nationale et fidèle de Lallier, il cerne bien les enjeux de la ville.

    Mon vote (si j’avais le droit de voter) irait à celui qui aurait une vision pour la ville et non pas un simple plan de gestion. Quelqu’un capable de communiquer efficacement ses idées. Enfin, quelqu’un qui a voyagé et qui sait comment d’autres villes ont pu faire face à certains défis.

  3. @Mario:

    Tu me dis que « concrètement, les gens ne sont pas prêts (à Québec en tout cas) à utiliser les blogues et les wikis, voire le Web, pour des usages du type de ceux que tu suggères ». Je le sais bien… j’y vois une raison de plus pour préparer les choses pour que le jour, prochain, où ils le seront, prêts, tout soit en place pour qu’on puisse tirer profit de la force de ces outils.

    Tu me dis que: les gens « qui passent » à Québec sont ceux qui font passer leurs intérêts après ceux des citoyens. D’accord… mais qu’est-ce que cela veut dire? Tu parles de quoi? de leurs intérêts financiers? de leur carrière? de leurs idées? de leur projet de société? Ce sont aussi des intérêts! Aalors, au delà de la formule — habile, certes — je ne sais franchement pas ce que cela veut dire. Jean-Paul L’Allier et Jean Pelletier ne se sont-ils tout autant dévoués que Mme Boucher? s’oubliant aussi aux citoyens, à leur manière?

    Tu suggères que le successeur de Mme Boucher ne devra pas avoir tendance à avoir « un plan de carrière ». Encore une fois, qu’est-ce que cela veut dire? Qu’on préfère les opportunistes à ceux qui ont de grandes aspirations, personnelles et sociales? Franchement, je me fous des « plans de carrière » des aspirants maire — ce que je veux c’est qu’on trouve quelqu’un de compétent, prêt à se consacrer à 100% aux affaires de la ville pendant la durée de son mandat et animé par une vision claire, originale et puissante du développement de celle-ci. Qu’il veuille en faire la mission de sa vie ou seulement un épisode de sa vie m’importe bien peu.

    Tu vas jusqu’à suggérer que les candidats ne devraient pas faire preuve de trop de conviction « qui risqueraient de donner l’impression de se positionner pour 2009 »… et là je décroche!

    Je décroche parce que, sans vouloir te faire de procès d’intention (tu sais bien que ce n’est pas mon genre, même en tournant les coins plus carrés, comme tu m’invites à le faire) j’ai l’impression que tu essaies de tracer le portrait de quelqu’un au lieu de décrire ce que tu penses qui serait bon pour la ville. J’ai l’impression, à tort ou à raison, que tu as choisi de décrire « le profil de celui que tu crois qui sera élu » — chaleureux, près des gens, un brin populiste et assez ferme avec les gens qui veulent tout avoir — au lieu du profil de la personne que tu crois la plus en mesure de faire avancer la ville. C’est peut-être la même personne, remarque bien, mais le choix de cette perspective ne me semble pas neutre.

    Je trouve ce choix dommage parce que s’il y a un moment où on peut décrire « l’idéal » — de façon bien éphémère — c’est bien à ce stade de la campagne, alors qu’il n’y a pas un seul candidat officiellement déclaré. Après, inévitablement, on doit faire des compromis, accepter que le candidat idéal n’existe pas, faire des choix et s’engager derrière un candidat dont le profil est plus ou moins éloigné de la candidature idéale: ainsi est faite la démocratie représentative…

    Cela dit, je comprends — entre les lignes — que tu es probablement déjà engagé avec un candidat et que tu ne peux pas le dire précisément à ce moment. C’est évidemment « ben correct » et j’ai déjà eu à faire le même choix d’un engagement hâtif dans le passé sans jamais le regretter. Alors tu peux aller en paix! ;-)

    Si c’est bien le cas, je suis très curieux de savoir qui est ce « quelqu’un [pas nécessairement capable] de remporter l’élection, mais qui le mérite, à ton avis ».

  4. Je n’ai probablement pas été clair sur quelques aspects de mon commentaire; laisse-moi me reprendre…

    Au sujet des blogues et des wikis. J’ai simplement voulu dire qu’un leader qui est porté vers le dialogue et la collaboration qui ne connaît pas les outils du Web 2.0 m’inquiète moins qu’un autre qui donne dans la chose, mais qui ne favorise pas cet essentielle culture du partage et des réseaux. Autrement dit, je veux bien «placer les outils», mais il m’importe de suivre le rythme des gens de Québec pour qu’ils deviennent demandeurs de blogues et de wikis. Quand les gens sont à la recherche d’outils pour mieux collaborer et construire ensemble, le signal d’introduire les outils arrive et ça va bien mieux. À l’inverse, l’outil précède le besoin et il arrive qu’on brûle des bonnes idées…

    Qu’est-ce que faire passer ses intérêts d’abord? Je ne suis pas naïf… Chaque grand homme (ou femme) doit se réaliser pour pouvoir bien servir le peuple. Je ne mentionnerai pas de nom, mais il y a de ces gens qui ont le don de se grandir en écrasant les autres. Entre «la fin justifie les moyens» et «le client a toujours raison», il y a un juste milieu. Avoir pour être, ce n’est pas dans le sens de ce que je veux dire. Les gens de cause à la René Lévesque ne traînent pas sur tous les coins de rue, mais je suis sûr qu’il y a à Québec des gens qui sont prêts à proposer de grandes choses, mais de le faire dans l’écoute des citoyens. Je ne dis pas que c’est correct, mais à Québec, trop souvent, on soupçonne les grands penseurs d’avoir des idées de grandeur pour pouvoir dire qu’ils vont rester dans l’histoire. On a cheminé depuis le «on est né pour un p’tit pain» ou le «il n’y a pas de place pour les Ovide Plouffe», mais c’est fragile… Les gens qui veulent de grandes choses ne doivent pas avoir de double agenda. L’exemple de Mme Boucher qui faisait la file avec les gens pour attendre son tour d’aller voter, c’est le genre de petits gestes qui parlent fort aux Québécois. J’ai compris à l’Institut qu’on pouvait avoir de grandes idées, mais qu’au départ, il fallait que ça aille bien dans la cour de récréation… Tu comprends mieux ce que je veux dire? «Un tiens» vaut mieux que deux «tu l’auras»…

    À propos des convictions. Il en faut Clément. Beaucoup. J’ai cherché où j’ai pu dire l’inverse… Une personne qui devient tellement convaincue qu’elle est prête à justifier n’importe quelle politique pour arriver à ses fins n’est plus une personne qui a des convictions. C’est de l’entêtement ou de l’obstination et ça ne sert que très rarement une cause. Je comprends que tu aies pu penser (dans l’histoire du «positionnement pour 2009») que je laisse entendre que trop afficher de convictions devenait un problème pour moi, mais ce que je veux dire, c’est de ne pas tenir compte du contexte de ce qui vient de se passer à Québec dans les deux dernières années, c’est vouloir se présenter en se disant que c’est 2009 qui est vraiment important. Les gens n’embarqueront pas dans ce contexte. Si quelqu’un veut être sérieux avec ses projets et sa vision, il doit prendre acte du style de Mairesse qu’était Mme Boucher. Je ne te dis pas que je suis contre le fait de se positionner pour 2009; au contraire. Les convictions du prochain leader à l’Hôtel de Ville devront être fermes sur la destination, mais souples sur l’itinéraire, je crois…

    Suis-je engagé auprès d’un candidat? Je suis d’accord avec toi qu’actuellement, nous pouvons décrire la candidature idéale. C’est le bon temps. En te décrivant ce que je crois que le monde de Québec va privilégier en lien avec ce que mes convictions me prescrivent d’appuyer, je ne fais que mesurer la distance entre cet idéal et ce qui sera possible. Tu as probablement raison de me dire que je mélange tout en essayant de faire cela. De l’autre côté, pour un gars qui ne veut pas me prêter d’intention, tu pousses quand même pas mal. Je me souviens de t’avoir demandé de tourner les coins un peu plus carrés, mais bon… Actuellement, je n’ai promis mon appui à personne et je n’ai pas en tête un nom à qui je pourrais promettre quoi que ce soit. Dans la liste des dix/douze noms qui circulent dans les médias, il y a bien deux ou trois personnes que j’aurais le goût de «passer en entrevue» (pardonne-moi cette prétention de penser que je pourrais agir comme telle avec un candidat). Tout comme il y en a (peu tout de même) avec qui je ne perdrais pas deux minutes tellement ils ne me disent rien. Si j’osais ce soir, je te parlerais de deux noms qui circulent en coulissent dans les rues de la cité. Des gens que des citoyens tentent de convaincre parce qu’ils veulent rallier rapidement un très grand nombre de personnes. Je ne suis pas sûr que cette attitude va dans le sens de prendre le temps de tracer un profil et de trouver qui le respecte, mais si ces gens dont j’entends les noms «passent à l’acte» et se présentent, ça se peut que la course à la mairie ne soit pas longue. Je ne suis pas en train de te dire que je vais me commettre pour une de ces personnes pour autant… Mon «entre les lignes» veut dire que je ne peux faire abstraction des gens qui s’avancent dans les blocs de départ pendant que je théorise avec toi sur le portrait-robot.

    Une fois qu’on aura la liste complète et officielle des protagonistes, je voudrai bien reprendre «ma-formule-qui-t’a-laissé-un-peu-sur-ta-faim» et faire l’exercice d’essayer de coller un nom au profil. Je suis même prêt à y inclure certaines de tes idées. Je suis même prêt à prendre position à la suite de cet exercice pour quelqu’un qui ne partirait pas gagnant à la lumière des considérations que j’apporte sur ce que je pense que les gens pensent (ouf… quelle formule! il est tard…).

    Mon engagement dans cette campagne qui s’annonce se veut pour moi une occasion d’apprendre davantage de la politique active (oui oui, comme les Russes en 1972) et surtout, un geste citoyen pour affirmer ma propre vision de la société. Je veux appuyer quelqu’un qui peut porter cette vision sachant bien où il y a un espace pour un bout de chemin et où on risque de se buter à des obstacles.

    Et en ce moment, je réfléchis avec toi tout haut, rien de plus Clément. Je n’ai pas d’agenda caché.

    Et si je ne nomme pas de nom (dans la liste des médias ou en dehors) dont j’aimerais en savoir plus, c’est que j’attends qu’ils se commettent. Je n’ai personne à pousser. Mais quand ce sera le cas, tu seras un des premiers à le savoir ;-)

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