Communiquer plus, communiquer mieux, communiquer pour accompagner

05.04.2009 | Mise à jour | Ceux et celles qui arriveraient sur ce texte en provenance du site de la Fondation Fleur de Lys, je vous invite à lire aussi le texte suivant: Je ne crois pas à la révolution.

–/ Début du texte original /—

Il y a quelques jours Serge-André Guay répondait à un texte que j’ai écrit le 10 mars. Son texte s’amorce sur une mésentente parce qu’il a présumé que je plaidais pour le droit des éditeurs de ne pas partager leurs réflexions avec le reste du monde, au sens de « ne pas communiquer au sujet de », alors que je voulais plutôt dire « ne pas partager » au sens de « ne pas être d’accord ». Partant de cette malheureuse ambiguïté, l’auteur du texte reproche aux éditeurs (et indirectement à De Marque, et à moi) de ne pas communiquer efficacement, voire de cacher des choses.

Si j’accorde volontiers à monsieur Guay qu’il est sans aucun doute possible pour l’ANEL, pour De Marque et pour moi de communiquer davantage et mieux (je redoublerai donc d’efforts en ce sens) je dois dire à mon tour que je déplore l’habituelle rhétorique qui compose la suite de son texte. Je crois d’ailleurs qu’elle contribue à entretenir les maladresses de communication qu’il perçoit comme un manque de transparence.

Dans le même genre, Fabrice Epelboin signait avant-hier dans la version française de Read Write Web un texte polémique intitulé eBook : l’édition connaitra-t-il le même sort que la presse? Un texte très dur pour les éditeurs. Inutilement dur.

Je ne prétends pas qu’il n’y a aucun fondement dans l’argumentaire employé par monsieur Epelboin (au contraire!) mais je ne crois pas que c’est le genre de texte qui nous fait avancer, collectivement, vers les nouvelles formes de collaboration qui seront nécessaires pour permettre la naissance des oeuvres et leur découverte par les lecteurs.

Je l’ai déjà dit, de mon point de vue, nous partageons tous la responsabilité d’accompagner tout un secteur culturel dans sa transformation du « tout papier » vers le « en partie numérique ». Je crois que nous ne pourrons y arriver que dans la mesure où nous pourrons conjuguer les forces des plus innovateurs, audacieux (et souvent solitaires) et celles des acteurs plus conservateurs, prudents (et souvent établis depuis longtemps; qui ont plus à perdre et qui aussi à tenir compte de nombreuses contraintes, parmi lesquelles, des équipes en place, etc.).  Cette transformation ne se fera pas comme une révolution, mais comme une évolution, plus ou moins rapide.

J’ai choisi d’apporter ma contribution à ce vaste chantier en adoptant l’attitude et la posture du premier (l’innovateur), tout en inscrivant mes actions dans une logique d’accompagnement et d’appui des seconds (les acteurs établis). Je n’ai jamais regretté mon choix, malgré les inévitables contraintes et les frustrations que cela entraîne parfois (seul on va plus vite, ensemble on va plus loin). Messieurs Guay et Epelboin ont plutôt choisi la confrontation, je leur reconnais évidemment ce droit — et leur laisse le champ libre sur cette voie.  Je n’ai franchement pas envie de jouer à ce jeu.

* * *

C’est avec tout cela en tête que j’ai découvert, plus tôt cet après-midi Guerre et paix, un texte que Virginie Clayssen a publié plus tôt aujourd’hui sur son blogue. Un court texte dans lequel mon ex-collègue rend bien compte de l’attitude qui m’anime. Merci Virginie! — cela fait du bien à lire, et encourage à poursuivre dans cette voie.

Pour le dire encore plus simplement : je préfère m’exprimer avec pour principale motivation d’offrir du matériel aux agents de changement au sein des maisons d’édition plutôt que de cristalliser l’opposition entre les avant-gardistes et les conservateurs — parce que cela se ferait au risque d’affaiblir les premiers.

Évidemment, il existe aussi d’autres manières de contribuer à la transformation du monde du livre, comme le signale habilement Karl Dubost à la suite du texte de Virginie :

« Il y a une troisième position : L’action en tant que lecteurs… ».

Cela me semble très juste : les lecteurs aussi doivent se faire entendre — comme acteurs d’un écosystème, et non pas seulement comme l’extrémité de la soi-disant « chaîne du livre ». Il y a là un véritable activisme possible.

Les auteurs aussi peuvent jouer un rôle bien plus grand encore — eux qu’on a l’habitude de voir « à l’autre bout de la chaîne », mais qui sont plutôt, de mon point de vue, au coeur du système.

Ou, comme le dit Karl dans un texte intitulé Le Petit Prince : proximité et spontanéité, publié au cours des dernières heures — vraisemblablement après avoir lu Virginie:

« Le texte et l’édition a de belles heures devant lui mais si les acteurs s’engagent dans de nouveaux modes d’interactions dans son écosystème. »

Je le crois aussi.