L’entrepreneur et le politique

« …il faut que la politique se fasse aimer de nouveau, qu’elle soit un lieu vivant et chaleureux de renforcement des liens sociaux et des croyances dans les valeurs communes, qu’elle redevienne le creuset de rêves et d’espoirs d’un monde meilleur à construire ensemble. »

C’est une phrase de Florence Piron, tirée d’un texte publié dans Le Devoir du 31 décembre. Un texte que j’ai beaucoup apprécié, et dont la principale qualité est de m’avoir fait découvrir une professeure de l’Université Laval dont le travail me semble particulièrement intéressant — tant par les sujets qu’elle aborde que par l’approche qu’elle adopte et les outils qu’elle utilise (le wiki, notamment).

Néanmoins, tout en étant généralement d’accord avec le propos de Mme Piron,  je déplore l’opposition qu’elle présente entre « le choix de la politique » et « celui de la finance ou des affaires » — d’autant plus qu’elle suggère qu’il s’agirait dans le premier cas « de travailler au bien commun » et dans l’autre « de se consacrer à sa fortune personnelle ». La réalité est évidemment plus subtile.

Je préfère lorsque l’auteure parle du plaisir civique,  pour dire que « cela n’a de sens que dans une démocratie vraiment ouverte à l’intelligence collective de la société civile, aux multiples savoirs des citoyens et à l’expression de leurs aspirations par d’autres formes que par une croix sur un bulletin de vote ». L’entrepreneuriat n’est-il pas justement une manière privilégiée d’exprimer des aspirations? Je le crois. Je crois même que le monde des affaires est un lieu privilégié pour acquérir certains des multiples savoirs utiles (voire nécessaires) à recherche du bien commun.

Je crois qu’il est possible d’être en affaires et de participer à la réhabilitation de la politique — en portant des idées fortes, en réalisant des projets, en défendant des valeurs — parce qu’il faut la faire aimer de nouveau, et pourquoi pas pour mieux l’embrasser éventuellement — avec ceux et celles qui partageront cette autre politique, parce que la politique est forcément une affaire collective — un sport d’équipe.

Au rythme auquel le monde de l’éducation et celui de la culture se transforment aujourd’hui (et celui du livre, particulièrement) sous l’influence des nouvelles technologies et de la globalisation, et vu l’inertie de nos moyens politiques actuels, je me dis qu’il n’est pas bête d’occuper politiquement le champ des affaires dans ces domaines. Je me dis qu’il n’est pas bête de mettre en oeuvre, comme entrepreneur, des projets qui ont pour but de faire en sorte que nous conservions, comme peuple, les moyens d’assurer la diffusion de notre culture — notre façon de voir le monde — et de renforcer notre identité de manière à pouvoir continuer à participer pleinement à l’expérience humaine.

Ce sera ça, plus que jamais, mon défi en 2010 : me souvenir tous les jours que si j’ai choisi d’être en affaires, c’est parce que je suis profondément attaché à la recherche du bien commun et que je suis plus que jamais convaincu que le rythme auquel certains des changements fondamentaux qui affectent le monde du livre, notamment, ne nous permettent pas de nous en remettre uniquement à nos trop lentes institutions pour faire naître les solutions dont nous avons besoin, tant du point de vue culturel qu’économique.

Cela, en continuant à croire à la politique et à investir du temps pour la faire aimer de nouveau. Parce que je pense que croire profondément à la politique, c’est aussi savoir reconnaître dans quel contexte et avec quelle forme d’engagement, on peut y être le plus utile.

Aujourd’hui, j’ai la conviction que, dans mon cas, c’est en étant un entrepreneur engagé dans le domaine de la culture que je suis le plus efficace politiquement. Demain, on verra bien.

5 commentaires

  1. J’ai hâte à demain… pour te voir toi et toute ta génération à l’Assemblée nationale. La Révolution tranquille fut l’affaire des jeunes de moins de 40 ans.

    Il faut revenir à cette situation pour que cela bouge au rythme que tu le souhaites. Tant que les jeunes resteront sur la bande à regarder le match, rien ne changera vraiment au Québec. Sautez sur la glace et changez les choses.

    La glace des affaires, c’est bien et nécessaire. Mais n’oublions pas que toutes les lois et réglements qui régissent notre vie sont encore décidés au Parlement. Que cela plaise ou non, c’est là que ça se passe. Y a qu’à voir aller le gouvernement Harper avec le réchauffement climatique pour s’en convaincre.

    Bonne année 2010, je te souhaite de bien tenir à ta résolution.

  2. Les gens d’affaires — comme on les appelle assez justement — sont un peu beaucoup les artisans des préjugés qui les affligent. Quand les voit-on sur la place publique médiatique entreprendre de dénoncer l’injustice et faire la promotion des droits de ‘la veuve et de l’orphelin’? Ils préfèrent l’action à la parole, c’est-à-dire s’occuper légitimement de leurs propres intérêts et contribuer ainsi à l’accroissement de ‘la richesse (dite) collective’ : et honni soit qui mal y pense… Heureusement, il y a quelques rares exceptions capables de concilier les deux (bravo!); mais c’est un cas où les exceptions ne confirment pas la règle…

  3. « (…), mon défi en 2010 : me souvenir tous les jours que si j’ai choisi d’être en affaires, c’est parce que je suis profondément attaché à la recherche du bien commun, (…) »

    C’est en plein ce type de gens d’affaires qui mériterait d’être plus remarqué ! Nous en avons grand’ besoin !

    N’hésite pas à faire savoir comment on peut t’appuyer dans cette démarche. Je te souhaite le meilleur des succès en 2010.

  4. Cher Clément,

    Ton texte est très inspirant et le défi que tu te donnes tout autant. J’admire ton parcours et ta vision.
    De mon côté, je poursuis le même défi que toi, à ma manière, à ma façon. Pour moi, ça passe par la communication culturelle. Expositions, musées virtuels, événements, vidéo, médiation culturelle. Ma motivation, c’est d’enrichir les individus, les communautés, les organisations grâce à la culture.

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