Parler moins, écouter plus

Parler moins, écouter plus. C’est le titre de l’éditorial de Bernard Descôteaux dans Le Devoir de ce matin. Je cite sa conclusion:

« Au-delà de l’inventaire des causes de cette défaite, un aggiornamento s’impose dans le mouvement souverainiste. Il lui faut retourner sur le terrain, sortir des parlements, parler moins et écouter plus ce que les Québécois ont à dire. Surtout, il lui faut rejoindre les jeunes, adapter son discours aux générations X et Y. (…) La vraie leçon du 2 mai, elle est là. »

Je suis de ceux qui croient que le résultat de la dernière élection fédérale n’a rien à voir avec les convictions des électeurs souverainistes. Il faut toutefois, sans l’ombre d’un doute, en tirer des leçons importantes au sujet des attentes des électeurs — de tous les électeurs — à l’égard des gens qui les représentent ou qui aspirent à les représenter.

Parler moins et écouter plus. Peut-être. Mais surtout parler autrement, et écouter différemment.

Écouter pour comprendre plutôt que pour réagir.

Parler pour proposer plutôt que pour critiquer.

Il faut arrêter de parler des radio-poubelles et de juger les gens sur la base de ce qu’ils écoutent, regardent ou lisent. C’est une forme de mépris qui nous discrédite. Sans un respect de tous les instants pour tous les citoyens, la souveraineté n’a aucune chance de se réaliser.

Gilles Duceppe a raison de dire que cela a été une erreur de faire preuve de dérision à l’égard de Jack Layton lors du débat en français.

Il faut s’interdire de critiquer sans proposer du même souffle une idée complémentaire ou une alternative.

Il faut utiliser prioritairement le temps de parole qui nous est alloué à toutes les tribunes pour donner forme au projet de société dans lequel nous croyons.

Il serait sans doute utile pour cela que plus d’intellectuels choisissent de se frotter à la réalité politique, comme le souligne Manon Cornellier dans un autre texte publié en page éditoriale.

Il faut relever le défi d’être constructifs même dans un rôle d’opposition parlementaire.

Il ne suffira pas de trouver de nouveaux mots pour parler de la bonne vieille souveraineté si on veut convaincre les jeunes. Ce n’est pas à un problème de marketing auquel fait face le mouvement souverainiste. Le défi est bien plus fondamental: c’est la nature de notre démarche que nous devons accepter de remettre en question.

Les gens attendent de nous que nous proposions un projet de société stimulant et que nous leur expliquions pourquoi la souveraineté est nécessaire à sa réalisation. Nous avons le devoir de formuler un projet progressiste qui pourra rallier une majorité de citoyens.

Il faut (ré)accepter l’idée que pour la majorité de Québécois la souveraineté est essentiellement un moyen et non une fin en elle-même.  Il faut accepter de (re)placer la souveraineté au rang d’outils socio-économiques et élaborer notre discours en s’appuyant sur ce constat. À défaut de nous imposer cette exigence, je crains que nous ne méritions plus la confiance des électeurs.

Il est urgent de formuler clairement un projet ambitieux au coeur duquel se trouvera l’éducation, la culture et l’environnement. Un projet au service duquel les technologies de la communication et les réseaux seront intensivement mis à contribution et pour lequel nous stimulerons le développement de l’esprit entrepreneurial, sous toutes ses formes — parce que c’est nécessaire au bon fonctionnement de l’économie et donc indispensable afin que nous ayons collectivement les moyens de nos ambitions.

La fin de campagne du Bloc québécois a une fois de plus démontré à quel point il est devenu inefficace de présenter la souveraineté du Québec comme une nécessaire conclusion de l’histoire. Il est plus que jamais indispensable d’adopter à ce sujet un discours qui relève de l’invention du futur et de s’assurer qu’il sera porté haut et fort par de nouveaux visages.

Je ne peux pas accepter l’idée de François Legault, selon laquelle il faut mettre de côté la question nationale pour être en mesure de proposer un projet stimulant aux Québécois.

Mais pour la combattre, il ne suffira pas de critiquer, même très habilement, la position de LegaultDQ. Le plus important sera de reprendre le leadership de la proposition sociale. Recommencer à être à l’origine des débats plutôt qu’être sans cesse en situation de réaction.

C’est dans cet esprit que je me réjouis de voir apparaître ce Nouveau projet. C’est aussi ce pour quoi je me réjouis que l’idée de gouvernance souverainiste de Pauline Marois ait lentement fait son chemin dans les différentes instances du Parti québécois.

C’est une méthode dans laquelle je me retrouve parce qu’elle respecte ma conviction que l’essentiel est de décrire la société dans laquelle nous souhaitons vivre et de faire ensuite, en toute indépendance, ce que nous croyons utile pour faire advenir cette société — y compris proclamer notre souveraineté si cela s’avère nécessaire (ce que je crois).

Pour reprendre le leadership politique — et éventuellement, gagner des élections — les souverainistes devront écouter de façon plus active l’ensemble des citoyens et s’exprimer de façon plus constructive que nous l’avons fait au cours des dernières années.

Parler moins, écouter plus.

Proposer plus, réagir moins.

Faire un peu plus confiance aux jeunes aussi, avec tout ce que ça implique… comme le rappelle avec humour cette lettre de Jacques Bujold, aussi publiée dans Le Devoir d’aujourd’hui..

22 commentaires

  1. C’est drôle…autant je partage les convictions que tu exposes – à juste titre – dans ce billet, autant je considère que l’idée souverainiste est une idée conservatrice et non une idée visionnaire dans le contexte. Mais j’espère de tout mon coeur pour tout le respect que j’ai pour le peuple québécois, me tromper.

  2. «L’idée souverainiste» est convervatrice si celui qui y adhère a des valeurs nationalistes fermées. Au contraire, il faut un Québec ouvert, accueillant, dans lequel la cttoyenneté est généreusement offerte à quiconque veut venir y vivre. Les dénominateurs communs sont la langue et une soif irrésistible pour la liberté.

  3. Tu dis plein de choses intéressantes dans ton texte, mais il y en a deux qui me stimulent plus que les autres…

    « le résultat de la dernière élection fédérale n’a rien à voir avec les convictions des électeurs souverainistes »
    D’accord. Ça me tracasse depuis le lendemain de l’élection. Pas vraiment par préoccupation pour le mouvement souverainiste, mais par désolation que notre système démocratique soit une machine trop simpliste pour donner un gouvernement à la hauteur de la complexité et la diversité des enjeux de notre société. Soit le système tourne en rond et donne des résultats mous — gouvernement minoritaire — soit on doit donner une grosse claque sur le côté du téléviseur mais on se retrouve coincé trois chaines plus loin pour 4-5 ans.

    « l’essentiel est de décrire la société dans laquelle nous souhaitons vivre et de faire ensuite, […], ce que nous croyons utile pour faire advenir cette société »
    C’est en plein ça! Si vous (t’as écrit au nous… ;-)) voulez me donner le goût, c’est comme ça qu’il faut faire. Il faut faire appel et confiance à l’intelligence des gens, et avoir des conversations d’adulte…

  4. Intéressant, ce que tu offres à penser/décanter dans ce texte, Clément !

    Je ne veux pas m’arrêter sur les raisons qui te font utiliser le «nous» dans ton texte. Par contre, l’association que tu sembles faire entre le projet de souveraineté du Québec et le Parti Québécois mériterait qu’on s’y arrête, car il est bien possible que pour avancer dans le sens de ce que tu évoques, il faille aller jusqu’à remettre en question l’association entre «souverainistes» et Parti Québécois.

    Parmi les anciens députés du Bloc Québécois qui n’ont pas été élus, certains migreront peut-être en politique provinciale. L’association «naturelle», c’est probablement de penser qu’ils intégreraient alors les rangs du Parti Québécois. Mais que se passerait-il s’ils migraient «en bloc» (disons, en grand nombre) dans les rangs de Québec Solidaire ? Est-ce que les souverainistes trouveraient là un terreau plus fertile, ou du moins plus vierge, pour (re)penser le projet de souveraineté du Québec (hors de certaines luttes internes au PQ) ?

    Par ailleurs, plusieurs déplorent qu’au Québec, le clivage souverainistes/fédéralistes a que trop souvent occulté les débats gauche/droite. Et de fait, il y a bien souvent un écart plutôt mince entre le PQ et les libéraux, dans leurs orientations sociales et économiques. À cet égard, est-ce qu’il n’y aurait pas un gain si Québec Solidaire remplaçait le Parti Québécois ?

    Dans ton texte, tu parles de proposer des projets progressistes. Or, plusieurs projets/attitudes du Parti Québécois n’étaient pas progressistes, et depuis longtemps. Par exemple, lorsque le Parti Québécois a mené une campagne de dénigrement à l’égard des enseignants au début des années 1980, c’était loin d’être progressiste [«dénigrement» : je sais que le mot est fort, mais il me semble malheureusement approprié dans ce cas]. De même, les mesures du PQ à l’égard des infirmières au milieu des années 1990, ce n’était pas très progressiste (d’une certaine manière, certaines mesures en santé prises dans les années 1990 ont peut-être mis en place les «condition gagnantes » pour que 15 ans plus tard, plusieurs soient plus enclins à ouvrir davantage la porte au privé en santé, pour combler les vides créés). Bien sûr, on pourrait trouver des contrexemples, mais disons que le PQ n’est pas le meilleur exemple d’un parti progressiste, même s’il aime bien se présenter ainsi.

    Dans un (stimulant) essai intitulé «Dialogue de sourds. Traité de rhétorique antilogique», Marc Angenot soutenait que le rhétorique persuade que rarement et que, bien souvent, les débats ne font que disparaître avec ceux qui les ont portés.
    Peut-être que le Parti Québécois n’était que le parti d’une génération ?
    Et peut-être qu’une réelle redéfinition de projet de souveraineté ne peut pas se faire via les débats au Parti Québécois ?
    Mais peut-être qu’un *nouveau* projet de souveraineté du Québec aurait de meilleures conditions pour émerger dans un parti où les horizons sur cette question sont un peu plus vierges ?

    Patrice

  5. «Parler moins, écouter plus» reste la chose à faire [à court terme du moins], au moment où une plaque politico-tectonique semble avoir bougé pendant la récente campagne électorale fédérale.

    «Écouter pour comprendre», en particulier… je suis vraiment d’accord. J’ajouterais même «écrire» pour comprendre. Écrire en réfléchissant tout haut, comme nous l’avons si souvent osé depuis que les blogues nous permettent de le faire en public!

    J’aime bien le ton de ce billet et des commentaires qui en découlent puisque l’idée demeure de proposer plutôt que de critiquer.

    Mais Clément, tu proposes néanmoins de «combattre» l’idée de François Legault («mettre de côté la question nationale pour être en mesure de proposer un projet stimulant aux Québécois»).

    Permets-moi de te demander… N’est-ce pas un peu prématuré comme proposition de combat ?

    Je crois qu’à ce stade-ci, on doit aussi «écouter» les propositions des gens de la Coalition pour l’avenir du Québec. Au moins jusqu’à l’automne. De surcroît, parce qu’à l’occasion de la dernière élection fédérale, le mouvement souverainiste a fait de très mauvais calcul. On s’entend au moins sur ça ?

    Au minimum, on pourrait avoir des réserves sur l’idée d’une pause sur la question nationale, mais vouloir accueillir plusieurs des autres propositions, même si elles viennent d’un groupe qui privilégie la Gouvernance à la gouvernance souverainiste…

    On ne commente pas les sondages dans la classe politique, mais à la page neuf de ce dernier Léger Marketing/Le Devoir, il y a une autre raison «d’écouter pour comprendre». À la question «laquelle des personnalités politiques suivantes ferait le meilleur premier ministre du Québec?», la réponse qui revient au 1er rang est «Aucun» (Mme Marois arrive même après M. Charest). Sur Twitter, un intervenant me disait même que «sur 21 sondages Léger depuis l’élection 2008, il y en a 18 où «AUCUN» finit 1er comme meilleur PM». Je suggère que c’est peut-être parce que toutes les alternatives possible ne font pas partie des choix identifiés dans les sondages, que «AUCUN» est le choix le plus populaire…

    Patrice se demande si au Parti Québécois on ne devrait pas regarder sur sa gauche où il risque d’y avoir pas mal d’action dans les prochains mois/années. Au Québec fédéral, on a remplacé une quarante d’organisations de comtés souverainistes par près d’une soixantaine d’autres résolument à gauche et bien que certains nouveaux députés se disent «autonomistes», je n’ai entendu aucun d’eux faire une profession de foi souverainiste, comme c’était le cas pour les gens du Bloc.

    Et si ces organisations se tournaient vers Québec Solidaire, à défaut d’être neutre aux prochaines élections provinciales ?

    Et si les propos de Bernard Drainville rapporté dans cet article étaient représentatif de ce que pensent plusieurs gens au P.Q. («Il [Legault] a fait monter les attentes, et il réaffirme des consensus et des idées largement partagées. Plus d’éducation et moins de bureaucratie, y a-t-il quelqu’un qui est contre ça?») ?

    La question nationale peut-elle «progresser» de manière intéressante et rassembleuse dans une période ou le débat se transporte résolument sur l’axe gauche/droite ?

    Jusqu’à quel point l’effondrement du parti Libéral du Canada est lié à ce mouvement d’une période où il fallait au Québec se positionner «souverainistes» ou «trudeauistes» à une autre où il faut choisir de porter un peu plus à gauche ou un peu plus à droite ?

    Bref, je suis de ceux qui croient qu’il faut aussi «écouter» [pour comprendre] du côté de M. Legault.

    La question de Patrice est lourde de sens. Je la répète : «Peut-être que le Parti Québécois n’était que le parti d’une génération ?»

    Pour répondre «non» à la question, il faudra tenir compte de ce déplacement important des préoccupations des gens sur ce que c’est «un projet de société» RASSEMBLEUR.

    À trop vouloir tout ramener à «tu es souverainiste-péquiste ou tu es contre le projet de souveraineté du Québec», je crains que la question de Patrice va se poser de plus en plus.

    La gouvernance souverainiste de Mme Marois «a lentement fait son chemin dans les différentes instances du Parti québécois», dis-tu.

    Si plusieurs souverainistes ont été capables de joindre la vague orange, je ne serais pas surpris que l’aile gauche des souverainistes «moins purs-et-durs», puisse se voir du côté des solidaires au même moment où dans ce groupe des «un peu plus à droite» on pourrait se voir du côté des Legault (avec ou sans DQ). Il risquerait à ce moment de n’y avoir que deux formations pour regrouper ceux qui voudront encore jouer dans le film «souverainiste ou fédéraliste?». Seront-ils assez nombreux pour donner à un de ces deux partis assez de votes pour former un gouvernement ?

    La gouvernance me paraît être une bonne piste pour un thème central lors de la prochaine campagne provinciale. J’écouterais encore beaucoup avant de forcer un positionnement «souverainiste» ou pas.

    Une chose m’a réellement frappé Clément pendant la campagne fédérale avec l’énoncé «et tout redevient possible». Si le mot était bien «REDEVIENT», c’est donc… que ce n’était PLUS possible avant le résultat anticipé de la campagne. Non ?

    Avec les résultats obtenus, on revient à la situation d’avant le «tout redevient possible». Si «j’écoute pour comprendre», dis-moi au moins qu’au moment de pousser très fort ce slogan, on a imaginé les conséquences de «on revient à ce qui était avant que tout redevienne possible» ?

    Tu comprends mieux pourquoi je crois qu’il faut écouter du côté des propositions de M. Legault ?

  6. @Patrice (en réponse à ce commentaire):

    Il est vrai que je fais une association entre le projet de souveraineté et le Parti Québécois, mais ce n’est certainement pas une association exclusive. Nul ne possède le projet de souveraineté, tu as tout à fait raison de le souligner. Et je me réjouis que Québec Solidaire soit également souverainiste.

    Je ne sais pas ce que feront les candidats défaits du Bloc Québécois — mais on peut certainement souhaiter que les meilleurs d’entre eux continuent à oeuvrer en politique, qu’importe que cela se fasse au sein du Parti Québécois ou de Québec Solidaire.

    Tu me demandes « s’il n’y aurait pas un gain si Québec Solidaire remplaçait le Parti Québécois? » et si « le projet de souveraineté du Québec aurait de meilleures conditions pour émerger dans un parti où les horizons sur cette question sont un peu plus vierges? ». Je ne le crois pas.

    D’une part parce que je n’ai pas tendance à réfléchir en terme de « remplacement » mais plutôt en terme « d’hybridation ». J’ai tendance à réfléchir en terme d’évolutions que de révolutions.

    D’autre part, parce que je pense qu’Amir Khadir a raison quand il affirme que:

    « …la dynamique électorale qui a poussé des milliers de souverainistes à voter de manière non orthodoxe et à créer la vague orange pourrait se reproduire aux élections québécoises. Mais à l’avantage de qui? Tout le monde pense à QS, mais notre formation a encore un long chemin à faire avant de susciter un tel engouement. » (Source)

    Or les prochaines élections, c’est très bientôt… et les choses vont rapidement s’accélérer. Je crois qu’il ne reste pas suffisamment de temps à Québec Solidaire pour faire le long chemin que décrit Amir Khadir d’ici l’élection. Ce qui n’empêche toutefois pas que Québec Solidaire puisse avoir une influence importante sur le cadre dans lequel se déroulera l’élection et sur son résultat.

    Je ne sais pas comment le Parti Québécois et Québec Solidaire aborderont la préparation de la campagne électorale, ni comment les propositions de François Legault forceront les positions de l’un et de l’autre, mais ce que je souhaiterais, personnellement, c’est que les deux formations trouvent rapidement des façons ingénieuses pour travailler ensemble.

    Non seulement ce serait bête de risquer de diviser de façon contre-productive « le vote de gauche », mais plus encore on a besoin des idées et des points de vue de tout le monde pour élaborer le projet de société progressiste qui pourra rallier une majorité de Québécois.

    Comment on fait ça? Je ne le sais pas. Pourquoi pas y réfléchir ensemble?

  7. @Clément

    Je suis aussi plus enclin à réfléchir en termes d’évolution que de révolution.

    Et je suis sensible à ce que tu nommes «hybridation» — et que j’aurais probablement, pour ma part, nommé «métissage» (peut-être dû aux sensibilités qui sont les miennes).

    Enfin.

    Sur le court terme (celui de la prochaine élection), je suis enclin à penser comme toi que Québec Solidaire n’aura pas eu tout le temps de faire le nécessaire long chemin que tu évoques.

    Par contre, lorsque je tente d’entrevoir la «Big picture», les choses me semblent différentes.

    Je viens de réécouter le DVD de «À hauteur d’homme» (http://www.onf-nfb.gc.ca/fra/collection/film/?id=51461 ), qui me semble encore représenter un moment culminant de la politique Québécoise. C’est peut-être triste, mais depuis le départ de Parizeau et Landry, il me semble que ce parti vivote sans âme – et maintenant sans plus aucune grandeur.

    Lors de la prochaine élection provinciale, de trois choses l’une : où bien le PQ en sort haut la main (ce à quoi je ne crois pas dans les conditions actuelles), soit il se plante, mais en restant en vie (alors, Gilles Duceppe pourra tenter sa chance comme chef du Parti Québécois), soit il connaît un sort comparable au Bloc Québécois lors des dernières élections fédérales (et il faudra que les souverainistes-péquistes préparent le texte d’hommage pour témoigner de ce que ce parti nous lègue, pour ses funérailles).

    Je reviens en arrière.
    Tu parlais d’hybridation entre le Parti Québécois et Québec Solidaire.

    Ma pensée comme mes désirs sont métissés, alors ton idée d’hybridation ne me déplait pas.

    Cependant, il me semble qu’il faut prendre acte que le Parti Québécois est déjà un parti hybride. Son hybridation, c’est celle de la droite et de la gauche, qu’il «confond» ensemble pour rassembler autour de la souveraineté. Je reconnais que c’était sans doute ce qu’il fallait faire en un certain laps de temps (comme lorsque l’on prend une poche d’air en avion). Mais lorsqu’on a soigneusement confondu [pour divers impératifs du moment] depuis sa fondation droite et gauche, je ne vois pas très bien comment on pourrait faire une hybridation de l’hybridation avec un «plus à gauche» (QS), sans ressembler à une soupe sans goût. Surtout si dans les saveurs adverses, on affine ses épices, ce qui est actuellement le cas.

    Qui plus est, je mets un moment entre parenthèses la «Big piucture» pour la «Real politics» : puisque le PQ a souvent balloté du centre gauche au centre droit selon les intérêts du moment pour lui assurer le pouvoir, je ne suis pas sûr qu’il ait la crédibilité nécessaire pour tenter de trouver une façon ingénieuse ET crédible de travailler avec Québec Solidaire. Ce n’est peut-être qu’une question de perceptions, mais tu sais aussi bien que moi que les perceptions, c’est aussi ça, la «Real politics».

    L’hybridation, il se pourrait bien qu’elle se fasse par la migration de candidats du BQ et du PQ vers les orientations de QS. Non ?

    Le PQ a beau se rallier pour un moment à une option progressiste, mais comment pourrait-il avoir la crédibilité s’il a ouvré d’un côté comme de l’autre depuis sa création, au fil des enjeux de son pouvoir ?

    Et cela dit, sans compter qu’au cœur du PQ, vont aussi (à bon droit) se faire valoir les options de droite. La tangente de Legault, bien sûr, mais aussi des mascottes souverainistes-conservatristes telles que Mathieu Bock-Côté. On ne peut pas faire comme si tout cela n’existait pas.

    Comment le PQ peut gérer à la fois tels écarts gauche/droite, et à la fois tels écarts progressisme/conservatisme ?

    Alors, je reviens à la «Big picture».
    Comme on a tous les deux écouté le vidéo de Frank Lepage ( http://www.alpesolidaires.org/incultures-conference-gesticulee-de-franck-lepage ), je ne vais pas te demander quels projets entrevoir [ ;-) ]. Mais disons : à l’aube de tout cela, est-ce plus «progressiste » de penser in the box des «établis politiques» ou de penser «out the box» ? Sans parler de révolution, comment est-ce que le différend progressera le mieux ?

    Patrice
    P.-S. Tu dis que ce serait contre-productif de risquer de diviser le vote de gauche. J’avoue ne pas très bien comprendre cette assertion. Il y a, je le vois bien, un risque de diviser des votes souverainistes. OK pour ça. Mais considérant les gestes concrets des partis (PQ et al.) lorsqu’ils ont été au pouvoir, je ne vois pas très bien en quoi les politiques du Parti Québécois devraient être considérées substantiellement plus à gauche que celles du Parti Libéral du Québec. Alors, en quoi cela diviserait plus le vote «de gauche» ?

  8. @Mario (en réponse à ce commentaire):

    Tu as raison de souligner que mon appel à écouter plus/mieux (à écouter pour comprendre) doit également s’appliquer dans le cas des propositions de François Legault et de sa Coalition pour l’avenir du Québec.

    J’ai écouté les propositions sur l’éducation. J’ai lu beaucoup de réactions aussi.

    Je ferai de même avec les propositions sur la santé, qui doivent être rendues publiques demain.

    Je vais rester ouvert d’esprit et me laisser interpeller, je te le promets — mais pour le moment, je ne m’y retrouve pas du tout.

    Je reconnais volontiers à François Legault la capacité (et même une certaine habileté) pour mettre sur la table des sujets qui sont malheureusement encore tabous dans d’autres espaces politiques. Par rapport aux responsabilités des commissions scolaires, par exemple — un sujet qu’il est encore difficile à aborder au Parti Québécois (mais j’ai confiance qu’on y arrive au cours des prochains mois, parce que c’est nécessaire — et je pense que c’est à cela que faisait référence Bernard Drainville dans la déclaration que tu cites).

    Mais une fois le sujet sur la table et les premières propositions soumises à la discussion… comment François Legault compte-t-il exprimer son leadership pour faire émerger un consensus suffisant pour que ses idées puissent se concrétiser?

    Je ne comprends pas qu’on puisse d’un côté mettre l’idée de la souveraineté de côté sous prétexte que les intentions de vote ne semblent pas au rendez-vous et affirmer du même coup toute l’importance du leadership et de la (bonne) gouvernance. J’aurais pu comprendre qu’il dise que ce n’est pas un dossier prioritaire… mais de là à laisser une idée fondamentale (qu’il a défendu avec vigueur et qu’il ne semble pas avoir reniée) sur le bord de la route en invitant les gens à passer à autre chose parce que ce n’est pas une idée populaire? Ça me désole. Je m’interroge: comment cette attitude se reflétera dans les choix difficiles/impopulaires que la Coalition pour l’avenir du Québec devra éventuellement faire. Tu admettras sans doute avec moi que ce qui se dégage du congrès de l’ADQ, la fin de semaine dernière, n’est pas particulièrement rassurant à cet égard.

    Mais attendons de voir, tu as raison. Je suis/serai à l’écoute.

    En ce qui concerne le sondage que tu cites par rapport à qui ferait le meilleur premier ministre du Québec, et sur le fait que la réponse qui arrive au premier rang est « aucun », je ne sais trop quoi te dire. Bien sûr que la perception des gens sur les chefs de partis politiques est importante (on l’a bien vu le 2 mai!) mais à deux ans des élections c’est un angle d’analyse qui m’intéresse assez peu.

    Tu le sais, cela fait longtemps que je crois au leadership de Pauline Marois — bien avant son élection comme chef et le vote de confiance du dernier congrès. J’y crois parce que je pense que c’est quelqu’un dont le leadership s’exprime autrement que ce à quoi nous a habitué la politique ultra médiatisée au cours des dernières années. C’est quelqu’un qui n’a pas peur de s’entourer de gens forts, et qui sait qui partager le pouvoir parce qu’elle croit sincèrement que l’action est beaucoup plus efficace ainsi. J’ai l’impression qu’on a déjà tenté à maintes reprises au cours des dernières années l’approche politico-messianique — est-ce qu’il n’est pas temps d’essayer d’autres formes de leadership? J’en suis là. Et je crois très sincèrement que le parcours politique de Mme Marois nous offre de bonnes raisons de croire qu’elle est en mesure de nous offrir cette autre approche du leadership.

    Comme je l’ai évoqué dans ma réponse à Patrice, je suis d’accord avec toi sur le fait qu’il y a des questions que le Parti Québécois aura intérêt à réfléchir avec Québec solidaire dans les prochains mois. Je fais confiance à l’intelligence et à l’habileté de Pauline Marois pour tenter de rendre ça possible. Reste à voir si c’est faisable. Je veux y croire.

    Tu me demandes si la question nationale peut progresser dans une période où le débat se porte résolument sur l’axe gauche/droite? Je présume que tu définis dans ce contexte la droite par les propositions de la Coalition pour l’avenir du Québec et de l’ADQ?). Oui, je le pense. Non parce qu’il faudrait à tout prix faire progresser « la question nationale » prioritairement à d’autres défis auxquels la société québécoise est actuellement confrontée — mais parce que je pense que ce n’est pas un hasard si les partis de gauche / centre-gauche assument une position clairement souverainiste alors que la droite (ADQ / CAQ) cherche à ne pas en parler (reconnaissons au moins à Jean Charest et au Parti Libéral d’être clairement fédéralistes).

    Quant au slogan « tout redevient possible », je conviens avec toi que ce n’était pas l’idée du siècle… cela a été maladroit, mais je trouve que tu pousses l’interprétation un peu loin. Restons-en sur les idées et laissons de côté le marketing politique…

  9. Tu offres une réponse généreuse Clément. Merci beaucoup.

    Faudra que je médite sur «l’approche politico-messianique»… Belle trouvaille ;-)

    Un mot sur le congrès de l’ADQ d’en fin de semaine et sur le fait de mettre en veilleuse la souveraineté, puisque tu m’y invites. L’image de la «souveraineté laissée sur le bord de la route» ne me convient pas. Le projet souverainiste accompagnera toujours un leader fort au Québec. Parfois, ce projet ne sera pas mis de l’avant (et il y a des précédents dans l’histoire du Qc autant par des gens comme René Lévesque ou Robert Bourassa que par d’autres), mais demeurera «un possible», le temps de s’occuper de gouvernance ou de d’autres projets qui préoccuperont de manière particulière les citoyens. Nous entrons peut-être dans une période comme celle-ci…

    M. Legault ne propose pas d’enterrer la souveraineté; il propose un dix/quinze ans de veille pour mieux s’occuper de choses urgentes sur lesquelles les citoyens expriment des envies de changement au bénéfice du Québec.

    Prends cette question des syndicats en fin de semaine… Je lisais Amir Khadir hier : «Quand on pratique un syndicalisme plutôt corporatiste, et il y en a, c’est sûr qu’il y a des gens dans notre société qui se sentent exclus, qui se sentent désolidarisés par rapport aux autres travailleurs». Voilà un autre sujet tabou (la critique des façons de faire du syndicalisme) que la nouvelle donne politique (axe gauche/droite) permet d’aborder. En éducation, si je suis reconnaissant à la CSQ de mener le combat contre l’intégration systématique d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage en classe régulière, je suis de ceux qui veulent revenir sur la question d’un Ordre professionnel pour les enseignants. Pas facile avec l’ancienne donne. J’apprécie la sortie de M. Deltell (même si j’ai des réserves sur le fond) à ce stade-ci parce qu’elle contribue à secouer l’inertie des gens sur des débats que certains veulent voir escamotés. Quand je vois sortir M. Khadir comme il l’a fait, je trouve qu’il contribue énergiquement au débat; pourrait-on aller jusqu’à dire que la crainte de perdre des appuis à la souveraineté empêche Mme Marois de sortir de cette façon ? Souvent, je me le demande…

    On s’en reparle…

  10. @Patrice (en réponse à ce commentaire)

    D’accord pour le métissage (me rappelle le Tiers instruit de Michel Serres).

    Tu l’auras sans doute compris à la lecture de ma dernière réponse à Mario, je ne suis pas d’accord avec toi sur le fait que le Parti Québécois vivote sans âme. Il y a eu un passage à vide, c’est indéniable, mais je pense qu’on en est sorti. Je le souhaite en tout cas.

    On entre dans la période que je préfère avant une élection — celle où les prises de position de chaque parti peuvent encore influencer celles des autres. Celles où tout n’est pas sacrifié à la real politik et où chacun cherche/trouve sa place.

    J’ai été marqué par la manière dont se vit la politique en France lorsque j’y ai séjourné. J’ai été fasciné de voir comment les partis « des extrêmes » influencent les partis « plus au centre », comment des compromis se font, comment des alliances prennent forme même — et comment les gouvernements se trouvent influencés par ces alliances. Même si nous sommes dans un système politique très différent, il me semble qu’on pourrait apprendre à réfléchir un peu comme ça, à se laisser inspirer.

    Il me semble qu’on peut se faire collectivement une force d’avoir un parti « plus à gauche » (QS) et un parti « plus à droite » (ADQ) et aussi deux autres au « centre gauche » (PQ) et au « centre droit » (PLQ). Des pépinières à idées et des espaces de compromis, de recherche de consensus. Est-ce que tu ne vois pas ça comme ça? On en revient au métissage. Il faut trouver les moyens de faire en sorte que les réflexions faites « out of the box » trouvent progressivement leur chemin « in the box ».

    Et qu’il y ait des voix moins qui nous plaisent moins dans un parti ne devrait pas pour autant discréditer tout le mouvement qu’il représente — si elles restent isolées, du moins.

    Aie-je une vision trop conservatrice de la politique? Je te laisse en juger (et me le dire! ;-) ) — mais j’aime mieux voir ça de cette façon que de nous croire éternellement condamné à changer du tout au tout, comme on l’a vécu le 2 mai (et qui n’était globalement pas un résultat favorable pour le NPD — trop, trop vite).

    Le défi, c’est d’arriver à trouver des manières de permettre ce métissage de façon constructive, sans tomber dans le piège de division que représente notre système électoral actuel. C’est là qu’on a le devoir d’être ingénieux dans les deux prochaines années.

    C’est un beau défi. Qu’est-ce que tu en penses?

  11. La dernière élection fédérale et l’éviction brusque du Bloc de l’espace politique peuvent paraître inquiétantes pour le projet souverainiste; et ta réflexion semble en porter la marque. Au contraire, je trouve que l’idée de souveraineté peut sortir plus forte au cours des prochaines années.

    Comme tu le dis bien, cette période est le temps d’écouter, de proposer, créer, d’imaginer.

    Depuis trop longtemps, l’option souverainiste surfe sur une vague qui prendre sa source voilà trop longtemps. Demandons aux souverainistes d’expliquer pourquoi l’indépendance est nécessaire et nous aurons autant de raisons boiteuses. La vision est floue.

    Cette vision floue est partout dans nos organisations politiques. Que ce soit avec le Parti Québécois qui s’en remettait à l’émergence des conditions gagnantes; que ce soit au Bloc qui a pour seul objectif de défendre « les intérêts du Québec » ou les « valeurs des Québécois ». Avec une vision aussi floue, est-ce étonnant que la vigueur souverainiste soit faible. Est-ce surprenant que les électeurs décident du jour au lendemain de voter NPD plutôt que Bloc, si la question nationale se résume à une simple défense d’intérêts. Et si en plus les « valeurs des Québécois » sont sociales-démocrates, alors allons-y pour la version originale, pas pour la version édulcorée mal assumée.

    La vision est floue. Et il est fichtrement temps qu’un véritable projet souverainiste revoie le jour. Le nationalisme des années 60 s’est érigé sur une volonté de permettre à la petite communauté que nous sommes une place dans la gestion de notre économie, de notre culture, de notre histoire. Certains gains ont été réalisés, mais les conditions ont radicalement changé. Il est fichtrement temps que le projet souverainiste se pose moins de questions sur nos intérêts et un peu plus sur quelle société nous aimerions pour notre avenir et celui de nos enfants.

    Et là-dessus, je suis d’accord avec toi, il faut savoir écouter et il faut savoir proposer. Mais il faut aussi faire preuve d’imagination, de courage et de leadership. Et sur ce dernier point, je suis nettement moins optimiste.

  12. @Yves

    Au contraire, je ne suis pas inquiet du tout pour le projet souverainiste! Et je suis d’accord avec toi qu’il peut ressortir plus fort de cet épisode imprévu.

    Je suis aussi d’accord que le principal défi que nous devons relever est d’accepter de recommencer à parler davantage du pourquoi que du comment.

    Imagination, courage et leadership: il faut y croire (même si ce n’est pas toujours facile, je te le concède aisément!).

    L’optimiste, doit être un choix, une attitude — pas un simple état d’esprit. Sinon on y arrivera pas.

    C’est vendredi, il fait soleil — allez top’là! ;-)

    Un verre de blanc, ça te va?

  13. @Clément

    Comme je te l’ai mentionné la semaine passée, j’apprécie ta réponse, tant sur le fond que sur la forme – de même que, de manière générale, j’apprécie grandement cet échange riche et généreux de part et d’autre.

    Tu dis qu’il faut trouver les moyens de faire en sorte que les réflexions faites « out of the box » trouvent progressivement leur chemin « in the box ». Je te le concède, mon opposition était un peu tranchée. Et je partage cette idée sous-entendue qu’il faut un minimum de pragmatisme (pourvu que ce ne soit, bien sûr, pas à l’encontre de toute effervescence des idéations – mais venant de toi, je n’ai pas de crainte sur ce point).

    J’ai tardé à te répondre, car je voulais d’abord m’imprégner de ta réponse.

    Je n’en suis pas certain, mais je crois que là où nos perceptions divergent le plus, c’est dans le degré de «foi politique» que l’on accorde au PQ comme incarnation des idéaux progressistes. Or, de savoir si le PQ incarne bien ou non la gauche et les idéaux progressistes, me semble d’importance dans le contexte politique actuel.

    Je reviens d’abord sur la question du projet de souveraineté.

    Tu le sais, la souveraineté a déjà été articulée sur la base d’une conception «ethnique» de la souveraineté. Cette perspective a eu un bon accueil dans le contexte où, partout en occident, il y avait un mouvement anticolonialiste très fort. Je simplifie beaucoup, mais en somme il s’agissait alors de faire en sorte que les Québécois (plutôt que ce que l’on désignait autrefois comme les Canadiens francophones) s’affranchissent de l’impérialisme anglais. Il y a encore des personnes qui prônent une telle vision, mais je tiens pour acquis que tu es d’accord avec moi pour dire que dans le contexte «réformé» du Québec actuel, ça devient habituellement soit un discours de victimisation peu porteur, soit un discours de replis sur soi déplorable.

    Il y a aussi eu une vision de la souveraineté articulée sur la base d’une conception «civique» (Michel Seymour et al. ; président fondateur de l’IPSO). La difficulté, c’est que cette conception purement «civique» se trouve à se vider de tout aspect qualitatif et normatif. Je simplifie encore énormément, mais disons que la conception «civique» a gagné en politiquement correct ce qu’elle a perdu en sens. Et comment mobiliser les gens, sur un aplanissement de tout ce qui peut être signifiant ? Ceux à qui plait sans doute le plus cette vision «civique», c’est probablement les partisans de la vision «ethnique» qui peuvent évoquer ce «vide» de la tendance «civique» du PQ pour tenter de renforcer leur positionnement.

    Mais il y a une autre conception du projet de souveraineté du Québec qui me semble vouloir se délimiter à l’heure actuelle. Ce serait une conception plutôt sociale et culturelle du politique. Au lendemain du 2 mai dernier, plusieurs ont mentionné qu’une différence notable du Québec par rapport au reste du Canada, c’est que les Québécois (de toutes origines) étaient beaucoup plus sociodémocrates, ou à tout le moins se *percevaient* comme beaucoup plus sociaux-démocrates.

    OK.

    À cela, remarquons par ailleurs qu’à plus large échelle, une tendance lourde semble être un repositionnement du politique sur les débats gauche-droite sur le plan économique, ainsi que sur les débats gauche-droite sur le plan culturel.

    Bon. Alors, je reviens à la question de la «foi politique» à propos de l’incarnation de la social-démocratie. Qui, entre le Parti Québécois et Québec Solidaire est susceptible, à moyen/long terme [c.-à-d. on exclue la prochaine élection] d’incarner le mieux la social-démocratie?

    Est-ce que tu conviens avec moi qu’à peu près tous les partis politiques crédibles au Canada se situent à gauche lorsqu’on les situe par rapport au parti des Conservateurs de Stephen Harper ? Si oui, et si ce qui différencie le Québec du ROC, c’est une tendance sociale-démocrate, ne faudra-t-il pas que cette différence s’affiche très fortement ? Or, comme le PQ est un hybride de la droite et de la gauche, peut-il vraiment incarner une telle redéfinition du projet de souveraineté en évoquant de manière crédible une différence droite gauche entre le Canada et le Québec, alors que lui-même a passé des mesures peu progressistes [voir mes autres commentaires], du moins pas plus progressistes que le Parti Libéral du Québec qui est fédéraliste ?

    Tu dis, en évoquant ton expérience en France (et j’apprécie cet enrichissement des perspectives!), qu’il y a quelque chose à retenir de la manière dont les compromis se font. Bien, mais dans le contexte canadien, si Harper est un fin politicien (et il en est sans doute un, à tout le moins pour être là ou il est), il ne passera sans doute pas de ses mesures conservatrices lorsque ça risque de lui aliéner les votes québécois. Du côté provincial, peu importe le parti au pouvoir, le mandat du gouvernement du Québec est de défendre les intérêts du Québec. Alors, s’il s’avérait être vrai que ce qui distingue tant les Québécois du reste du Canada [dans une optique de souveraineté socioculturelle], c’est un penchant marqué pour la sociale-démocratie, vaut-il mieux alors articuler l’option avec un parti très social-démocrate, ou avec un parti hybride de la droite et de la gauche où les différences risquent de se perdre lorsqu’on sait presque d’avance que les Conservateurs d’Harper feront les concessions pour ne pas s’aliéner les votes du Québec ? À long terme, qu’est-ce qui sera le plus cohérent ? À ton avis, le PQ peut-il seulement honnêtement croire pouvoir faire ce revirement de projet de souveraineté axé sur la sociale-démocratie, alors qu’il a des ailes vraiment très clairement au centre-droit ?

    Patrice

    P.-S. D’ailleurs, est-ce que les gens ne finissent pas par voir dans l’évocation de la souveraineté-par-les-péquistes, une violente tentative de les prendre en otage ?

  14. @Patrice (en réponse à ce commentaire)

    Je suis d’accord avec toi sur le fait que le choix du pragmatisme ne doit pas se faire au détriment de « l’effervescence des idéations ». Sauf que je pense que cette dichotomie apparente est relativement fictive dans la mesure où l’effervescence des idées et le pragmatisme sont à mon avis, pour l’essentiel, deux moments distincts d’une démarche qui peut demeurer cohérente malgré ce que je qualifierai de « compromis à la réalité ».

    Je ne crois pas non plus que nous divergeons sur la question de la « foi politique » par rapport au progressisme du Parti Québécois — dans la mesure où la politique partisane n’a, en ce qui me concerne, rien à voir avec la foi. Les idéaux se défendent en dehors des partis. Ils s’incarnent ensuite (avec des compromis) dans des programmes (et donc des partis) et se réalisent finalement (avec un peu de chance) grâce à des actions gouvernementales. Je n’ai donc pas de « foi » dans un parti — mais je crois dans la capacité d’un parti —  à un moment donné — pour faire se réaliser concrètement des idées. Je peux aussi croire, simultanément dans la capacité d’un autre parti pour faire « avancer des idées » au sein d’un « courant politique ».

    Aujourd’hui, je crois profondément dans « l’utilité politique » de Québec solidaire — pour amener de nouvelles idées, plus à gauche, dans la « coalition » que représente le Parti Québécois / tu as raison. Mais je crois davantage dans le Parti Québécois pour être en mesure de faire advenir ces idées et les concrétiser dans des politiques, à court terme.

    Je pense que d’un point de vue « social démocrate » on devrait chercher des façons ingénieuses de faire travailler ensemble les personnes engagées dans le projet de Québec Solidaire et celles qui le sont dans le Parti Québécois — sans pour autant avoir besoin de parler de coalition ou d’autres patentes trop complexes. Appelons ça un appel, un souhait, pour une forme de complicité idéologique.

    * * *

    Sur la conception qu’on peut avoir de la souveraineté, tu as raison de présumer que je déplore aussi les discours de replis sur soi — qui sont non seulement peu porteurs, mais surtout terriblement rétrogrades dans un contexte d’internationalisation. Si le projet souverainiste ne se manifeste pas comme une ouverture sur le monde, il ne suscitera pas mon adhésion — et il ne suscitera jamais celle de la majorité de la population. J’en suis convaincu comme toi.

    Dans ce contexte, est-ce que le Parti Québécois peut porter un projet de souveraineté social-démocrate « alors qu’il a des ailes vraiment très clairement de centre-droit »? Non seulement je le crois, mais je pense que son action est nécessaire parce que ça devra se faire dans un contexte de « compromis avec le centre, voire le centre droit ».

    Je pense qu’on peut simultanément ramener la politique québécoise sur un « axe gauche-droite » afin de mieux articuler les enjeux et clarifier les modes d’action de l’état que nous devons mobiliser pour répondre aux défis socio-économiques que nous rencontrons — ET garder un grand parti centriste construit autour de l’idée de souveraineté — comme acteur important de la scène politique dans le but de rassembler, le moment venu, une majorité de citoyens derrière une incarnation — vraisemblement plus modérée — de ce projet social-démocrate. Je crois sincèrement qu’il le faudra dans une société pluraliste comme le Québec moderne — au sein duquel s’exprime une si grande diversité d’opinions (ce qui est une richesse et une force, si on accepte l’idée de compromis — ou d’étalage dans le temps des objectifs que nous poursuivons).

    Aujourd’hui, je souhaite un Québec Solidaire fort et un Parti Québécois victorieux aux prochaines élections.

    C’est probablement un peu subversif comme point de vue, mais c’est la route qui me semble la plus saine pour arriver à ce que je souhaite: un Québec souverain, dont le projet politique sera porté par des valeurs sociales démocrates, et, cela, le plus rapidement possible.

  15. @Clément

    J’apprécie vraiment que ton regard se porte «à hauteur d’Homme». Ni désabusé, ni idéalistement trop abstrait.

    Je suis d’accord avec toi (Cf ton 4e paragraphe dans le dernier message) qu’il serait souhaitable de trouver des formes de complicités idéologiques. D’autant que les mouvances plus à droite ont à tout le moins ce grand mérite : elles savent s’organiser — et de ce point de vue, elles semblent souvent très efficaces lorsqu’il s’agit d’influencer l’agenda médiatique à l’heure actuelle (sans pour autant le déterminer, bien sûr).

    Mais en même temps et précisément en ce sens, je crains que ton souhait d’un QS fort avec un PQ victorieux soit un scénario ne tenant pas compte de la force organisatrice de la droite face à la gauche. À moins que justement, ça en tienne trop compte… ? Mais si tel est le cas, et s’il s’avérait que le PQ reconduit l’incarnation de la droite, à mon avis ça désarticulerait toutes ses tentatives de faire valoir la pertinence de la souveraineté du Québec dans le contexte actuel.

    Je ne suis toujours pas convaincu que le PQ peut incarner de manière crédible la sociale démocratie dans un repositionnement de la politique québécoise autour d’un axe gauche-droite. C’est peut-être un peu conjoncturel, mais prenons par exemple cet appui récent du PQ au PLQ pour bâillonner les potentiels recours juridiques des citoyens, par le biais du projet de loi 204. Indépendamment de l’appui ou non au projet de maire Labaume, disons que le passage par ce projet de loi envoi une étrange image de l’exercice démocratique. Lorsque je lis notamment cet article sur les risques d’implosions au sein du PQ ( http://www.ledevoir.com/politique/quebec/324818/amphitheatre-de-quebec-risque-d-implosion-au-pq ) et les commentaires qui suivent cet article, j’ai beaucoup de doutes sur la capacité «du mainstream» au PQ de véritablement «écouter pour comprendre». Bien que je ne doute pas qu’il y ait bien des membres qui, individuellement, veulent sincèrement écouter pour comprendre. J’ai l’impression que s’accentue la perception, au sein de la population, qu’entre le PQ et le PLQ, c’est presque du pareil au même, à la seule différence que l’un est souverainiste et l’autre fédéraliste. Mais si, comme je le mentionnais dans mon commentaire précédent, le projet de souveraineté se redessine (ou doit se redessiner ?) en phase avec un projet politique porté par des valeurs sociales démocrates, cette quasi-assimilation de la ligne néolibérale du PQ avec la ligne du PLQ me semble indiquer qu’il y a peut-être un large déphasage des options qu’offrent la classe politique au royaume du Québec.

    Tes impressions ?

    Patrice

  16. @Patrice (en réponse à ce commentaire)

    Je ne ferai pas de mystère du fait que les derniers événements autour du projet de loi 204 ne m’enchantent pas, c’est le moins que l’on puisse dire.

    Je n’ai pas analysé ce dossier en profondeur, mais le choix d’amener cette question à l’Assemblée nationale de cette façon m’a semblé discutable. Je suis dubitatif. Peut-être y a-t-il des éléments qui m’échappent — je ne sais pas. Pour le moment j’observe, j’essaie de mieux comprendre… et je lis avec inquiétude plusieurs des textes qui sont publiés sur le sujet depuis jeudi — dont celui que tu cites, mais aussi ceux de Jean-François Lisée et de Josée Legault:

    http://www2.lactualite.com/jean-francois-lisee/le-festival-de-lautopeluredebananisation/9611/

    http://www.voir.ca/blogs/jose_legault/archive/2011/06/05/amphith-233-226-tre-et-dommages-collat-233-raux.aspx

    Nous verrons bien comment le caucus des députés pourra trouver une manière de se sortir de cette situation délicate dans les prochains jours. Je ne peux pas croire que « la pire des hypothèses » évoquée par Jean-François Lisée pourrait se produire. Ce serait trop bête. Vraiment trop bête.

    Je crois profondément dans une façon de faire de la politique qui consiste à bâtir des consensus dans l’action. Et pour ça, il faut presque toujours privilégier le fait d’avancer dans le réel, avec les compromis que ça impose — des compromis avec les gens, mais aussi avec la théorie — et avec les principes et les idéaux qu’on doit défendre par ailleurs.

    C’est une voie difficile, parce que ça demande à la fois d’affirmer clairement des principes et de susciter l’adhésion autour de ces principes, tout en sachant qu’on devra presque aussitôt devoir faire accepter des compromis sur ces principes — parce que c’est nécessaire pour avancer. Il faut savoir décrire notre destination — là où on s’en va — et faire accepter par la majorité que la route sera forcément sinueuse — même si à vol d’oiseau, en ligne droite, ça pourrait (en théorie) aller plus vite.

    C’est cette démarche que je cherche à retrouver, à discerner, dans le dossier de l’amphithéâtre. Je ne crois pas qu’il y ait de la négligence ou une renonciation de principes fondamentaux dans cette affaire — je pense qu’il y a surtout un grave défaut de pédagogie dans la démarche — et pas seulement de la part du Parti Québécois: de tous les acteurs. Trop de ces acteurs ont perdu de vue que « faire confiance à l’intelligence des citoyens », ça veut aussi dire « s’accorder un temps suffisant pour leur expliquer les décisions ». Il y a des choses pour lesquelles on ne peut pas « comprimer le temps ».

    Cela dit —

    Je dois te dire que je m’inquiète aussi d’autre chose que révèle toute cette histoire — et plus généralement les deux dernières semaines: Amir Khadir me fait peur.

    Son habileté à jouer la carte populiste me fait peur.

    Il est incroyable doué pour attirer les projecteurs et pour prononcer la phrase qui fera sensation juste au moment où il le faut — mais est-ce que cela fait vraiment avancer la cause? Au-delà du spectacle?

    Il est bien sûr légitime d’utiliser toutes les tribunes que lui offrent (très généreusement — trop généreusement, à mon avis) les autres partis politiques — mais est-ce que les idées de la gauche sortent grandies par l’usage de tant de coups de théâtre et de bravades.

    Je vois bien tout le potentiel politique qu’il peut y avoir è développer l’image de « l’homme qui affronte seul les puissants » — et l’ivresse qui l’accompagne — mais est-ce qu’on ne risque pas en cela de devenir en quelque sorte complice de la déplorable rhétorique du bien contre le mal que nous dénonçons pourtant avec vigueur quand c’est la droite qui en fait usage?

    Je pousse un peu — peut-être. N’empêche, il y a pour moi une distinction qualitative énorme entre la pédagogie et le simplisme réducteur qui accompagne le plus souvent le populisme. Or, cette semaine, j’ai parfois trouvé qu’on flirtait avec les limites de l’acceptable à cet égard.

    Qu’en penses-tu?

    Clément

  17. « La pire des hypothèses évoquée par Jean-François Lisée » semble vouloir se manifester Clément…

    Quelle journée !

    Je l’ai écrit sur Twitter sur l’heure du dîner, je ne peux pas croire que les trois députés qui quittent le PQ aujourd’hui le feraient (malgré #204), si la souveraineté était vraiment à portée de mains.

    Les conséquences sont graves et vont beaucoup plus loin qu’une simple contestation du leadership de Mme Marois, d’autant plus qu’elle était prête à leur offrir de ne pas avoir à se présenter au moment de voter #204. Il s’agit maintenant d’évaluer si M. Charest ne profitera pas de la fenêtre d’opportunité qui s’offre à lui cet automne avec un PQ affaibli, un QS qui monte en force et une CAQ encore qu’au simple stade de «mouvement». L’ADQ… rien pour le ralentir !

    Patrice citait l’article du Devoir d’en fin de semaine qui parlait «d’implosion au sein du PQ» et avant de lire Jean-François Lisée sur son blogue, je me disais que Robert Dutrisac poussait un peu loin. Ce soir, en lisant les déclarations de Bernard Landry qui disait (encore une fois) regretter sa démission et celle des purs-et-durs du SPQ-Libres souhaiter d’autres démissions, je me surprends à demander où tout cela va s’arrêter?

    Le PQ n’en est pas à sa première séance de chemises déchirées en public, certes. Mais un tel dérapage pour si peu ?

    Je veux bien croire que tout ce qui a suivi l’annonce de la contestation de l’ex-ministre de Belleval (sous René Lévesque), est cacophonique, mais je persiste à croire que la décision des trois démissionnaires d’aujourd’hui va beaucoup plus loin que ce dossier et touche à la fois la question nationale et le sentiment qu’il y a quelque chose de brisé entre la population et plusieurs leaders politiques.

    L’été sera bienvenu, car l’automne sera chaud.

    Très chaud !

  18. @Mario (en réponse à ce commentaire)

    Quelle journée, comme tu dis!

    On verra ce que nous réserverons les prochaines heures et les prochains jours, mais en ce qui me concerne il ne faut pas tirer trop rapidement les conclusions de cette crise.

    J’espère qu’une fois la poussière retombée, on pourra dire que ce début de juin 2011 aura été un signal de réveil pour que le Parti Québécois s’ancre dans une politique de terrain, où les politiques se définissent dans l’action, par un travail de fond — par la critique constructive qu’on attend d’un parti d’opposition et par l’élaboration progressive de propositions concrètes afin de donner forme à un projet de société renouvelé et permettre son avènement. Je ne doute pas que Pauline Marois est capable de cela et je suis très loin de perdre confiance.

    J’aurais bien sûr préféré que le Parti Québécois ne s’embarque pas dans pareil bourbier — et que les débats vifs dont le parti est capable (!) se fassent sur des sujets plus déterminants pour notre avenir — mais une fois qu’on y est… il me semble qu’il ne reste plus aux députés qu’à se serrer les coudes, fassent preuve de solidarité et trouvent, éventuellement, des manières plus créatives de manifester leurs divergences d’opinions. Je suis persuadé qu’il y en a, pour qui veut bien chercher.

    Laissons passer quelques jours, observons attentivement — et je ne doute pas que nous pourrons poursuivre la discussion avec de nouvelles perspectives.

  19. Toujours dans la suite de notre échange, et question de garder quelques traces des impressions qui me restent au terme de cette autre journée de turbulences…

    Je relis mon commentaire précédent et je me dis qu’il est toujours pertinent, malgré la démission d’un autre député.

    Redisons-le, il aurait certes été mieux de ne pas faire l’erreur de s’avancer de cette façon avec le projet de loi privé, mais une fois arrivé tout ce que l’on sait, je dois dire que je trouve plutôt rafraîchissant de voir Pauline Marois reconnaître aussi simplement qu’elle a fait une erreur. Dans mon esprit, être chef ne veut certainement pas dire être infaillible — cela me semble même être un mythe destructeur pour la démocratie parlementaire. Il me semble que faire ce qu’elle a fait cet après-midi, de cette façon, devant les caméras, témoigne déjà d’une manière de faire qui est bien différente de ce qui se vit dans d’autres partis politiques et qui honore Mme Marois.

    Cela dit, la session va se terminer dans quelques jours — sans l’épreuve du vote sur le projet de loi 204! — et tout le monde aura l’été pour retomber sur ses pieds. Dans cette perspective, il est même sans doute mieux que cette crise ait eu lieu maintenant qu’à l’automne — alors, soit.

    J’espère que le Parti Québécois pourra refaire son unité au cours des prochaines semaines et que tout le monde se gardera de trop faire la leçon aux uns et aux autres… parce que tous les départs ne sont peut-être pas définitifs, et qu’il faudra de toute façon un jour ou l’autre recoller tous les morceaux.

    Je relis aussi les échanges antérieurs et je réalise que rien dans les événements des derniers jours ne me fait changer d’idée par rapport à la nécessité de trouver des façons ingénieuses pour le Parti Québécois de travailler avec Québec Solidaire.

    * * *

    Le texte qui est à l’origine de notre échange (voir le haut de la page) invitait les souverainistes à parler moins et écouter plus. La semaine qui vient de s’écouler n’a pas été particulièrement exemplaire à cet égard — c’est le moins que l’on puisse dire. Il faudra donc se reprendre au cours de l’été — écouter beaucoup, beaucoup, beaucoup, être attentif à tous les points de vue, finir de digérer les résultats de l’élection du 2 mai… et arriver avec des idées, des méthodes et des propositions claires à l’automne, pour la reprise des travaux à l’Assemblée nationale.

    Un été d’écoute — ça devrait faire du bien à tout le monde!

  20. @remolino

    Je suis assez d’accord avec l’importance de tenter de rester, dans les réflexions, par-delà les turbulences de la dernière semaine et de garder à l’esprit les «choses sérieuses».

    Cela dit, tout en mettant entre parenthèses les événements et enjeux particuliers liés au projet de loi 204, il faudra continuer à écouter [pour comprendre] – ou garder à l’esprit – que la récente démission des députés (qui ont tout de même une valeur symbolique forte) est sur le fond symptômatique d’une «chose sérieuse» : plusieurs ont pointé, justement, les difficultés d’écoute [pour comprendre] au sein du PQ – difficultés dont je fais l’hypothèse qu’elles sont l’affaire «du parti», et non pas difficultés qui se règleraient qu’en changeant de chef.

    Pour ne prendre qu’un autre exemple [bien que je sais qu’il est toujours risqué de raisonner en passant par des exemples], la lettre publiée cette fin de semaine par un collectif de jeunes députés du Parti québécois ( http://www.ledevoir.com/politique/quebec/325251/crise-au-pq-monsieur-parizeau-faites-nous-confiance ) me semble doublement symptômatique de la difficulté à écouter [pour comprendre] au PQ. D’une part, cette sortie des jeunes députés qui ont signé cette lettre implique qu’ils ne se sentent pas écoutés [pour comprendre leurs points de vue]. Mais d’autre part, en demandant qu’on leur laisse la place comme ils le font et en demandant en quelque sorte à Jacques Parizeau de ne plus intervenir, il me semble qu’ils révèlent qu’eux aussi ont une difficulté à écouter [pour comprendre / et non pas simplement écouter pour répondre ou se distancier]. D’autant que, peu importe ce que l’on pense de ses idées, Monsieur Parizeau a un riche parcours intellectuel et politique – ce qui rend d’autant plus étrange que ces députés écrivent une lettre qui donne l’impression qu’ils ne voudraient même plus se donner la peine de l’écouter.

    ***
    Les choses changent rapidement dans l’activité «politicienne» et, de ce point de vue, un mois en politique est assez «long». En revanche, j’ai relu nos échanges commencés il y a environ un mois, et je remarque que depuis ton billet initial, la lame de fond ici discutée demeure toujours aussi pertinente : ce besoin qu’il y aurait pour les souverainistes de parler moins pour écouter plus [écouter pour comprendre]. Ce qui, d’ailleurs, touche sans doute une culture politique plus large.

    Pour user d’une métaphore entre l’activité «politicienne» et le politique, on pourrait prendre l’image d’une étendue d’eau : c’est à la fois une même «masse» d’eau, et à la fois une «masse» d’eau différente dans ses caractéristiques de surface et de profondeur. Et, poursuivant cette métaphore, il faut dire que si la surface d’une étendue d’eau ballote rapidement et subit la pression des vents, dans les profondeurs il est plus ardu de réorienter un courant marin. Et c’est d’un courant marin, d’une lame de fond, qu’il est ici question. Mais, pour continuer avec une image, si au Québec on a su faire de l’eau une source d’énergie, il ne faut pas désespérer que ces courants de fond [de la culture politique] puissent être réorientés.

    ***
    Clément, tu dis que tu «réalise[s] que rien dans les événements des derniers jours ne [t’ont] fait changer d’idée par rapport à la nécessité de trouver des façons ingénieuses pour le Parti Québécois de travailler avec Québec Solidaire.»

    Je suis d’accord sur l’importance qu’il puisse y avoir des échanges/travaux de ce type. Et je le suis maintenant pour une raison supplémentaire : ça serait déjà un signe que des partis politiques peuvent parler un peu moins [pour leur parti] et écouter un peu plus [pour comprendre].

    Patrice

  21. […] Il ne suffira pas de trouver de nouveaux mots pour parler de la bonne vieille souveraineté si on veut convaincre les jeunes. Ce n’est pas à un problème de marketing auquel fait face le mouvement souverainiste. Le défi est bien plus fondamental: c’est la nature de notre démarche que nous devons accepter de remettre en question. Les gens attendent de nous que nous proposions un projet de société stimulant et que nous leur expliquions pourquoi la souveraineté est nécessaire à sa réalisation. Nous avons le devoir de formuler un projet progressiste qui pourra rallier une majorité de citoyens. Il faut (ré)accepter l’idée que pour la majorité de Québécois la souveraineté est essentiellement un moyen et non une fin en elle-même. Il faut accepter de (re)placer la souveraineté au rang d’outils socio-économiques et élaborer notre discours en s’appuyant sur ce constat. À défaut de nous imposer cette exigence, je crains que nous ne méritions plus la confiance des électeurs. Il est urgent de formuler clairement un projet ambitieux au coeur duquel se trouvera l’éducation, la culture et l’environnement. Un projet au service duquel les technologies de la communication et les réseaux seront intensivement mis à contribution et pour lequel nous stimulerons le développement de l’esprit entrepreneurial, sous toutes ses formes — parce que c’est nécessaire au bon fonctionnement de l’économie et donc indispensable afin que nous ayons collectivement les moyens de nos ambitions. —Parler moins, écouter plus […]

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