L’importance du regard

L’importance du regard est un des thèmes importants de mes réflexions depuis quelques jours — et en particulier la nature du regard qu’on porte sur notre milieu de vie et l’influence que cela peut avoir dans la compréhension de ce qui s’y déroule.

Un article publié cette fin de semaine dans le Globe&Mail illustre remarquablement l’importance du regard dans la politique — et comment les politiciens (certains politiciens?) souhaitent contrôler notre regard, notre façon de voir le monde.

Harper spins a new brand of patriotism

Stephen Harper is working to recast the Canadian identity, undoing 40 years of a Liberal narrative and instead creating a new patriotism viewed through a conservative lens.

Restoring the “royal” prefix to the navy and air force this week is just part of the Prime Minister’s attempt at “creating a new frame” for Canada and Canadians.

En nous imposant — avec de puissants moyens — une nouvelle façon de voir les choses, c’est une grille d’analyse que les Conservateurs souhaitent introduire dans notre esprit, et c’est progressivement en fonction de cette manière de voir et de cette grille d’analyse que nous nous mettrons à réagir aux événements, à comprendre ce qui se passe autour de nous, et à appuyer ou condamner les actions de certains politiciens plutôt que d’autres.

C’est un véritable enjeu pour un politicien comme Stephen Harper de modifier rapidement ce sur quoi on fonde notre image du Canada — de transformer la trame narrative dans laquelle s’inscrivent les événements. C’est ce que Christian Salmon appelle le storytelling (aussi sur le même sujet). C’est probablement dans cette direction qu’il faut regarder pour comprendre les images d’une scénarisation fascinante de la dernière campagne électorale.

Ce que le texte du Globe&Mail met en évidence, c’est l’ampleur des efforts qui sont/seront vraisemblablement déployés pour tourner la page sur « l’image du Canada » que les libéraux ont progressivement élaborée au cours des quarante dernières années — celle qui nous a amenés à juger les conservateurs comme « très à droite », « rétrogrades », etc. S’ils arrivent à « reformater » nos esprits dans les prochaines années, à introduire dans nos esprits de nouvelles références et de nouveaux points de repère, ils pourront aspirer à devenir le parti dont les politiques s’inscrivent dans la logique du récit, de l’histoire du Canada — alors qu’aujourd’hui ils doivent encore souffrir de l’image de politiciens qui vont contre le sens de l’histoire.

Si on accepte, comme citoyens, de se faire imposer ces récits savamment construits, et les grilles d’analyse qui les accompagnent — celles des Conservateurs, mais pas seulement — on se condamne à adopter un comportement de réaction aux actions programmées par les politiciens. Nous deviendrons des personnages dans leur histoire. Alors que la démocratie voudrait que ce soit eux qui s’inscrivent dans notre histoire et qui coordonnent leurs actions en fonction de notre conception du monde.

Il est urgent de reconquérir notre regard — par tous les moyens.

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