Le terrier

En réaction à Fenêtre d’angle, François Bon me signalait une parenté avec Le terrier, de Kafka, que je ne connaissais pas (le texte, pas l’auteur, évidemment!). Lacune rapidement comblée (merci Ana pour la visite à la librairie — et vive la semaine de relâche!).

J’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce texte (incomplet) d’une cinquantaine de pages dans lequel un bruit incessant vient progressivement prendre toute la place, jusqu’à tout remettre en question.

« J’écoute maintenant aux murs, et partout où j’épie, en haut, en bas, le long des parois, sur le sol, aux entrées et à l’intérieur, partout, partout le même bruit. »

« Qu’est-ce donc? Un petit sifflement qu’on entend par intermittences, un rien auquel on pourrait, je ne dis pas s’habituer — on ne peut pas s’y habituer — mais qu’on pourrait observer quelque temps sans entreprendre encore rien pour l’étouffer (…) »

« Pourquoi suis-je resté si longtemps à l’abri pour me trouver soudain réveillé par l’effroi? Qu’étaient-ce, auprès de celui-ci, que tous les petits périls auxquels j’ai passé mon temps à réfléchir? Espérais-je que ma qualité de propriétaire du terrier allait me donner pouvoir contre cette intrusion? Hélas! C’est justement parce que je suis propriétaire de ce grand ouvrage si fragile que je me trouve sans défense contre toute attaque un peu sérieuse: le bonheur de le posséder m’a gâté; la fragilité du terrier m’a rendu sensible et fragile, ses blessures me font mal comme si c’étaient les miennes. C’est là que j’aurais dû prévoir; je n’aurais pas dû penser à ma seule défense — encore l’aie-je fait bien légèrement, bien vainement — mais à la défense du terrier. (…) Or, je n’ai rien fait en ce sens; rien, rien de rien n’a été entrepris qui puisse servir à cette fin, j’ai été étourdi comme un enfant, j’ai passé mon âge mûr en jeux puérils, mon esprit n’a fait que jouer avec l’idée du danger, j’ai négligé de penser vraiment au vrai danger. Pourtant, que d’avertissements!

« Cette place près du toit de mousse est peut-être maintenant la seule de mon terrier où je puisse passer des heures à écouter vainement. C’est un complexe revirement des circonstances: l’endroit dangereux jusqu’ici est devenu un asile de paix, alors que la place forte a été envahie par le bruit du monde et de ses périls. »

J’ai trouvé amusant de réaliser que j’ai placé mon histoire de bruit obsédant au sommet d’un gratte-ciel alors que Kafka a placé la sienne dans le sous-sol (et que c’est de l’autre côté de l’Atlantique qu’est venu le trait d’union entre les deux textes!).

Il y a plusieurs autres récits intéressants dans le recueil La muraille de Chine, publié par Folio — dont certains, très courts, m’ont semblé particulièrement efficaces. Je retiens spécialement pour ce soir L’examen, et Petite fable.

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