Francoeur

Sophie Durocher publie dans Le Journal de Montréal, et sur Canoë, une entrevue avec Lucien Francoeur, au sujet de l’éducation — et des étudiants d’aujourd’hui.

On m’a demandé ce que j’en pensais, et ce que pouvait en penser mon ami Nicolas, prof au cégep — qui est au contact de ces étudiants d’aujourd’hui. Je lui ai donc demandé.

Voici sa réponse. Je n’ai rien à ajouter.

* * *

Bon. Par où commencer?

D’entrée de jeu, je dirais que, dans le meilleur des cas, c’est divertissant. Dans le pire, c’est décevant. En fait, je crois qu’il s’agit d’un cri du cœur, un cri du Francœur. Pour l’argumentaire, par contre, là ça vole tout juste au-dessus de ce à quoi nous ont habitués les abrutis de CHOI-FM.

Je n’ai pas 30 années d’expérience comme notre Lucien. J’en ai 15. Je ne sais pas ce qui s’est passé à Rosemont dans les dernières années, ou au Québec l’année juste avant celle où j’ai commencé à enseigner. Mais, dans mon expérience personnelle, il n’y a eu AUCUNE différence significative dans la qualité de la maîtrise de la langue de mes étudiants, tous programmes confondus. D’ailleurs, j’attends encore les statistiques qui vont me prouver le contraire. En fait, depuis 1783, on les attend toujours. À cet égard, le discours de Francœur me fait un peu penser à celui des chevaliers de ladite époque, qui se plaignaient de la fainéantise de leurs cadets et qui décriaient haut et fort le fait que les plus jeunes puissent, sans véritable entraînement, dégommer un preux chevalier, entraîné celui-là, à 300 pi, avec leur nouvelle arbalète.

En ce qui a trait au nivellement par la base et du Ministère qui ne sert qu’à justifier son rôle, rempli qu’il est de fonctionnaires déconnectés, je répliquerais au ramassis de préjugés de Francœur que j’ai, moi, à 3 reprises, participé à des activités de comités élargis du Ministère en question, comités où discutaient directrices d’écoles secondaires, enseignantes et enseignants du collégial et du secondaire, conseillers et conseillères pédagogiques, chercheurs et professeurs d’université. Bref, des gens de divers horizons et expérience, mais aucun qui ait été déconnecté. Bien sûr, ces 3 expériences sont des anecdotes, et la rigueur intellectuelle me recommande de n’en point tirer de généralisations hâtives. Mais mes anecdotes valent bien celles de Francœur. Et puisqu’il est passionné de littérature, je lui conseille le Petit cours d’autodéfense intellectuelle, de Normand Baillargeon, lecture au terme de laquelle il devra convenir, comme moi, qu’anecdotes et témoignages sont les pires gages d’une vision éclairée des choses. Malheureusement, il se pourrait aussi que cette lecture amène tout lecteur le moindrement critique — de ceux qui peuvent faire la différence entre le titre du bouquin et le nom de l’auteur — à faire un tel ménage dans les propos de Francœur qu’il n’en reste plus guère que de la ponctuation.

Des réformes de contenant, maintenant, je dirais que l’approche par compétence est le fruit de réflexions amorcées et expérimentées sous les vocables de Outcome Based Education, Assessment FOR and AS learning, Backward Design. Rien de tout cela ne concerne le contenant, bien au contraire. Mais, toutes les idées, même les meilleures, même celles de Francœur, quand on les roule dans la merde pendant des mois, je vous garantis qu’elles puent.

Je lis Francœur, je lis les propos d’un passionné. Et qu’est-ce qu’un bon prof? C’est un prof passionné. Quand on a dit ça, on a tout dit… et rien à la fois. Mais qu’est-ce que je peux être lassé de ce beau discours ô combien creux! À mon sens, en voilà un autre qui ne fait pas la différence entre enseigner sa passion et enseigner avec passion. Oui, parce que ton rôle, mon beau Lucien, ce n’est pas d’enseigner ta passion de la littérature, mais de faire apprendre la littérature en mettant à profit ta passion de l’enseignement. Et ça, ça commence par accepter que les temps changent, et les gens aussi. Il fut un temps où seuls les fils des riches citadins allaient à l’école. Aujourd’hui, le Québec s’est urbanisé et on frôle le 100 % de fréquentation de l’école. C’est un choix de société qui a, comme toute chose, ses mauvais côtés aussi. Mais, ce choix, je le refais quand tu veux. Les temps changent. Pour le mieux? Je n’en sais rien. Pour le pire? Ça reste à voir. À tous ceux qui, comme Francœur, se désolent de la tristesse de la génération iPad que nous avons devant nous, je rappelle que ce ne sont pas nos jeunes qui ont inventé la sédentarité. Et pendant qu’on remplit nos pétitions sur Internet, pendant qu’on se fait voler nos ressources, qu’on se fait frauder dans la construction, qu’on détruit notre environnement et puis qu’on prend notre auto pour aller chercher la pinte de lait au dépanneur, ce sont quand même les jeunes qui sont dans la rue, qui soulèvent un important débat de société, et qui le font en plus grand nombre que nous ne l’avons été, toutes causes réunies au Québec, depuis les trente dernières années.

CQFD

Nicolas Faucher

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