Le temps des claviers

It’s Not About Tuition Any More — c’était la une du Globe and Mail de ce matin. Avec pour illustration une grande fleur de lys composée de petits carrés rouges.

La une nous invitait à lire un dossier sur la situation politique au Québec dans le cahier Focus, — dont le titre, composé de lettres immenses, était:

Quebec’s Defining Moment

L’angle choisi pour les articles:

«… [the situation] leaves people in Quebec and across Canada wondering not only what will happen next but also what lasting impact the dispute will have on the future of the province and that of the nation».

Loin du catastrophisme et de la couverture de faits divers, le journal nous offrait une analyse sociologique, particulièrement intéressante pour comprendre l’image du conflit qui est offerte au reste du Canada.

Un autre article, signé Simon Houpt, dans la section Arts, abordait également le conflit, sous l’angle des « deux solitudes » linguistiques.

What the printemps érable really means

J’y ai découvert l’existence du projet Translating the printemps érable:

« Translating the printemps érable is a volunteer collective attempting to balance the English media’s extremely poor coverage of the student conflict in Québec by translating media that has been published in French into English. »

C’est un projet collectif, bénévole, qui s’appuie sur les réseaux sociaux, sur l’utilisation de Google Docs, et sur Tumblr. Un projet remarquable qui, je pense, préfigure justement de quelle façon les règles du jeu politique sont en train de se transformer en profondeur — et que c’est probablement ces bouleversements qui constitueront le plus important l’héritage de la crise actuelle; celui dont l’influence se prolongera, et qui me fait espérer que c’est un tout nouveau cycle politique qui est actuellement en train de se mettre en place.

Je pense de plus en plus qu’on est tout juste en train de se retrousser les manches.

Je pense qu’on est seulement en train de se prouver qu’on peut aborder les questions sociales sous d’autres angles que ceux qui nous sont imposés depuis dix ou vingt ans; et de se souvenir que l’économie doit être au service de la société et des citoyens, pas l’inverse.

Il fallait d’abord se réapproprier l’espace public. On est là-dedans. Il faut aussi se réapproprier le vocabulaire politique — réapprendre à dire nos aspirations. On commence tout juste: on se choque, on crie, on sacre… on marque une rupture.

Il restera ensuite à trouver, rapidement, comment inventer, concrètement, le monde / le pays auquel on aspire — et que les manifestation ne permettent de décrire que de façon très impressionniste — et très vertueuse.

La prochaine étape devra être celle des propositions.

Après le temps des casseroles, ce sera celui des claviers.

7 commentaires

  1. Je voudrais avoir ton optimisme (que j’admire). J’en suis incapable. J’ai plutôt l’impression que, comme toujours (et comme tout le monde), on a la mèche courte au Québec. Tout comme la mémoire.

  2. @Martine, je pense qu’on arrive au moment où l’attitude que nous allons adopter face à la suite va déterminer ce qui ressortira de tout cela… Si on se désintéresse des enjeux, il n’en sortira rien; si on se résigne à l’arrogance du pouvoir, on se retrouvera dans pire (et d’incessantes batailles rangées d’intérêts particuliers); mais si on décide de faire quelque chose de tout ça, on peut y arriver.

    Ça vaut au moins la peine d’essayer, tu ne penses pas? On a rien à perdre, tout à gagner!

  3. « Le temps des claviers » m’effraie au plus haut point. Non pas qu’il ne soit nécessaire mais la force de ce que nous vivons actuellement est le regroupement, le fait que les gens ait délaissé leurs écrans pour se retouver dans la rue. Le pire serait le retour à la solitude…
    Des gens qui espèrent un changement en profondeur depuis longtemps, il y en a beaucoup mais il me semble que nous sommes incacaples de dépasser les voeux pieux… il est là le défi, comment faire pour à la fois nourrir le débat sans pour autant revenir à un état d’individualisme si envahissant qu’on en oublie que nous ne sommes pas seuls ?

  4. J’aime cette attitude là. Ce n’est pas l’optimisme qui me frappe, c’est le constructivisme pragmatique.

  5. @Julie-Marie Je comprends ta crainte, mais je pense que le temps des claviers n’est pas fatalement celui d’un retour à la solitude. Je crois qu’il est possible que les propositions prennent forme dans des espaces d’écriture collective — à la manière de QuebecProtest.com, par exemple — ou qu’elles prennent forme dans des assemblées de cuisines, ou autour de tables, le midi, un peu partout au Québec.

    Et pourquoi pas dans des contextes moins conventionnels, où les artistes pourraient notamment jouer un rôle « d’ouvreurs de consciences » — en favorisant le brainstorming, l’expression de l’émotivité, etc.? Il y a des tableaux de « Où tu vas quand tu dors en marchant? », par exemple, qui me semblaient particulièrement intéressants à explorer dans cette perspective.

    Quand est-ce qu’on se fait une bouffe-brainstorming autour de cette idée?

  6. @ Clément OUI !!!! une bouffe avec toi !!! ça stimulerait mon optimisme qui en a bien besoin. je t’envoie un email plus tard aujourd’hui… jmxx

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