Vivre ensemble

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C’était la rencontre de parents ce soir à l’école primaire d’une de mes filles. Elle située dans un quartier de Sainte-Foy qui est de plus en plus multiethnique. Le gymnase était bondé. Les directrices, les enseignantes, quelques enseignants, et surtout des pères et des mères — dont certaines portaient un voile. C’était beau. La rentrée scolaire m’émeut toujours.

Quelques heures plus tôt, le gouvernement du Québec avait soumis au débat cinq propositions devant mener à la rédaction d’une Charte dans laquelle serait affirmé la laïcité de l’État et réaffirmé le caractère fondamental de l’égalité homme-femme. L’espace public s’était aussitôt embrasé, les médias (et les médias sociaux) privilégiant très souvent l’expression des opinions les plus extrêmes, en dépit de toutes les nuances qui s’imposent lorsqu’on aborde un sujet aussi sensible.

J’observais ces immigrants, plus ou moins facilement identifiables, portant ou pas de signes religieux visibles, et ce n’est pas les propositions de Bernard Drainville qui me rendaient inconfortable. Pas du tout! C’était plutôt l’immaturité dont nous avions collectivement fait preuve au cours des heures et des jours précédents. À croire que nous avions abandonné toute raison pour tomber dans le simplisme, les insultes et le jeu des bons et des méchants. Jusqu’à oublier que si pour bien vivre ensemble il faut, bien sûr, des règles claires, il faut aussi (surtout!) de l’écoute, du respect et du temps pour considérer le point de vue de l’autre. C’est d’ailleurs ce qu’on enseigne aux enfants à l’école: « la curiosité intellectuelle, les connaissances et la sensibilité nécessaires pour contribuer à bâtir un monde meilleur et plus paisible, dans un esprit d’entente mutuelle et de respect interculturel ».

Ce soir, j’ai eu le goût de dire aux parents immigrants, et en particulier à ceux qui portaient des signes religieux visibles, qu’ils sont bienvenus dans notre quartier et que j’apprécie leur participation à la vie de cette école où nos enfants inventent, ensemble, le Québec de demain.

J’ai eu envie de leur dire de ne pas accorder d’importance aux réactions excessives dont les médias se sont fait l’écho depuis quelques jours. J’ai eu envie de leur dire que les polémistes allaient bien finir par s’épuiser, que la raison allait bientôt reprendre ses droits et que nous pourrions commencer à discuter sereinement des règles qui nous permettront de bien vivre ensemble, à long terme, dans le respect des valeurs de chacun.

J’ai eu envie de leur citer les paroles de Rachida Azdouz qui mentionnait un peu plus tôt à la télévision qu’il ne faut pas s’inquiéter du débat qui s’amorce: « parce que c’est tout à fait normal dans une société pluraliste de se poser la question du vivre ensemble sur une base régulière [et qu’une] démocratie qui ne se questionne plus est une démocratie qui n’est pas vivante ».

J’ai aussi eu le goût de remercier les enseignantes et tout le personnel de l’école, parce que pendant qu’on débat, c’est grâce à leur engagement quotidien que l’école réussit à accueillir des enfants aussi différents — certains qui ont de la facilité, plusieurs qui ont beaucoup de difficultés, de comportement ou d’apprentissages, des enfants nés ici et d’autres, venus d’ailleurs — et que ça marche! C’est grâce à eux que tout le monde dans ce gymnase, ce soir, était fier de son école.

J’ai eu envie de dire tout ça, mais je ne l’ai malheureusement pas fait. C’est pour ça que, de retour à la maison, j’ai pris le temps d’écrire ce texte.

En souhaitant qu’il trouve son chemin jusqu’à eux.

3 commentaires

  1. Sauf que le Canada n’est pas une République et qu’il n’y a pas de laïcité… pour le moment. Certains points sont bons, mais d’autres s’opposent dans cet article… Mais quand on voit la laïcité en France en créant des banlieues ou ghettos aux extrêmités des villes pour éviter les mélanges ethniques, le respect des autres, notamment des étrangers venus en France… On se pose des questions… Le Canada, ni le Québec n’ont à recevoir de conseils de la France… dont je suis originaire en passant ;)

  2. « On se pose des questions » — c’est indéniable. Et des questions importantes.

    Pour la qualité des échanges, svp vous identifier autrement que par un pseudonyme la prochaine fois que vous laisserez un commentaire. Merci.

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