La dignité

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Le contraste est fort. L’un a tout, l’autre presque rien. À moins que ce ne soit le contraire.

Gaétan Barrette est riche. Il est en santé. Et il a du pouvoir. Un pouvoir dont il se sert de façon autoritaire en maniant plus souvent l’insulte que la raison. Patrick Lagacé trace son portrait dans La Presse.

Gaétan Trump | La Presse | 26 mai 2016

François Marcotte est pauvre. Son corps est malade. Tout est de plus en plus difficile pour lui depuis quinze ans. Isabelle Porter trace son portrait dans Le Devoir.

Recourir au socio-financement pour se laver | Le Devoir | 26 mai 2016

Pendant que le premier, puissant ministre, a choisi de r’virer de bord boutte pour boutte le système de santé québécois sans jamais porter attention aux critiques, le deuxième reçoit de moins en moins de soins.

Pendant que Gaétan parle de la santé et des services sociaux comme Kafka évoquait le Château, personne n’a le temps de laver le dos et les pieds de François plus d’une fois par semaine.

Pendant que le premier fait de la politique de la façon la plus indécente qui soit, le deuxième reste est un exemple de dignité. Regardez-le sur ces photos. Ce regard fier et déterminé c’est celui de mon ami.

Nous étions impliqués, François et moi, au Bureau d’Action et d’Information Politique au Cégep de Sainte-Foy il y a de cela… 25 ans! On a fait le party ensemble. On a ri comme des fous. On a jasé pendant des heures en marchant dans les rues de Sainte-Foy. On a refait le monde, plusieurs fois. On avait le même genre de vie. Le même genre d’intérêts. Puis la vie, dans toute sa cruauté, nous a fait suivre des trajectoires bien différentes.

Aujourd’hui François fait appel à moi. Il fait appel à nous. Il a besoin de 25000$ pour s’offrir des choses que la majorité d’entre nous tenons pourtant pour acquises: la propreté, la mobilité, des activités variées. Des moyens pour continuer d’être engagé dans la société aussi (surtout, peut-être).

Douches et kilomètres | François Marcotte | GoFundMe

J’ai évidemment fait une contribution à sa campagne de financement, au nom de toute la famille. Ça va de soi étant donnée la chance que nous avons. Mais je dois dire que je l’ai fait avec une bonne dose de colère et de honte.

Avec colère, parce que ce n’est pas vrai que le Québec n’a pas les moyens d’offrir de meilleurs soins à des personnes comme François. Ce n’est pas normal que je doive sortir ma carte de crédit pour qu’il ait accès à ce qu’il demande.

Je pense qu’il faut le dire franchement: si François fait appel au sociofinancement aujourd’hui, c’est parce que les gouvernements que nous avons élus dans les dernières années ont décidé qu’il y avait des choses plus importantes à faire avec notre richesse collective que d’offrir des soins de qualité à des gens comme lui. Et ça me choque, profondément.

De la honte aussi parce que malgré l’indéfendable attitude du ministre de la Santé, ce serait trop facile de lui faire porter seul la responsabilité de la situation.

Il faut être honnête: si les choses sont telles qu’elles le sont, c’est parce que nous préférons généralement ne pas les voir, parce que nous ne nous indignons pas, parce que nous ne protestons pas, parce que nous faisons preuve, comme citoyens, de beaucoup d’indifférence. Parce que nous sommes trop occupés à regarder ailleurs et parler d’autres choses.

***

Je connais assez François pour savoir qu’il n’a pas fait cet appel à tous pour se plaindre. Encore moins pour susciter la pitié. Il l’a fait, humblement, parce qu’il n’avait pas d’autres choix. Il ne l’a pas fait seulement pour lui non plus.

J’espère évidemment qu’il réussira à amasser tout l’argent dont il a besoin. Mais je sais que ce qu’il souhaite, plus que tout, c’est que son témoignage nous ouvre grand les yeux sur la situation de toutes celles et ceux qui partagent sa condition.

Je sais que François serait bien malheureux de savoir que j’en reste à la colère et à la honte. Il préfère assurément que je convertisse, comme il l’a fait, ces sentiments négatifs en gestes concrets pour que les choses puissent changer. Et c’est très certainement ce que je vais continuer de faire, notamment à travers mon engagement politique.

Merci François pour ce douloureux, mais combien inspirant, rappel.

Et bon courage pour la suite mon ami.

 

Photo: extrait d’une oeuvre cinétique de Humans Since 1982, vue à l’entrée du Cooper-Hewitt Museum en mai 2016.

Un commentaire

  1. Ma carrière et ma vie ont été détruites, par des gens nommés pour ce faire par Pauline et al, car j’agissais à changer ces choses, au bénéfice des pauvres, au contraire de la volonté de ces installés.

    Si vous désirez agir à changer, le plus urgent sera d’identifier dans l’immédiat entourage les double-visages, ramant puissamment en secret dans un sens à interdire tout changement.

    Ces gens appréciés pour leur appui gratifié d’un sourire ami, dès que vous agirez au bénéfice de ceux dont ils ne sont pas, ils deviendront vos féroces ennemis par derrière camouflés et par vous grassement renforcés.
    L’ordre établit verticaliste ne s’intéressera jamais au sort des pauvres autrement qu’en mentant.
     » Il potere logora chi non ce l’ha  »

    Les amis sont ceux allant, ou se trouvant, là où on va.
    Une personne favorisée par un système pervers faisant souffrir la majorité, jamais n’acceptera qu’il soit un tant soit peu modifié.

    On ne peut parler des deux côtés de la bouche en même temps, soyez informé.
    Rechercher une chose et son contraire est ce qui cause l’immobilisme renforçant les pervers.

    Gilles Turcotte, devenu cynique

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