Les groseilles

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C’est la même chose chaque été. Quand je croque une groseille, je me retrouve immédiatement transporté dans le temps et dans l’espace: directement sur la rue Laberge, chez l’oncle Émile, vers 1980.

L’oncle Émile, c’était l’oncle de mon père. Et la photo ci-dessus (tirée de Google StreetView), c’est sa maison — dans l’état où elle se trouvait l’an dernier. Elle est malheureusement encore plus abimée cette année, parce que la Ville de Québec ne l’entretient pas. Sa fille Annette l’avait pourtant conservée dans un parfait état jusqu’à ce que la Ville en fasse l’acquisition, en 1990.

La maison de l’oncle Émile c’est mon contact avec l’agriculture. J’y suis allé plusieurs fois, enfant, pour cueillir des légumes, faire les foins, flatter un cheval et quelques vaches. J’entends encore le ronron du tracteur sur le petit chemin qui menait au fond du champ.

À l’entrée, sur la gauche, là où il y avait déjà eu la boutique (un atelier, avec une forge — m’a rappelé mon père), il y avait une grande allée de groseilliers. On y pigeait des fruits, dont ma grand-mère faisait des confitures. C’est très profondément inscrit dans ma mémoire.

Sur la droite, il y a déjà eu un petit poulailler et un garage. Et sous la maison, le caveau à patates. Je me souviens aussi de l’odeur du foin et de la poussière qui dansait dans les rayons de lumière qui se faufilait à travers les murs de la grange.

Au bout de la rue Laberge, il y a les Lacs Laberge et ce qui et devenu la Base de plein air de Sainte-Foy. On dit que le premier des lacs a été creusé à la petite pelle pour en extraire le sable qui a servi à faire les fondations du premier bâtiment de l’hôpital Laval. Les chevaux montaient péniblement le sable par l’abrupte rue de la Suète (d’où son nom, m’avait-on dit… mais ce n’est pas la version retenue par le répertoire toponymique de la ville) jusqu’à la construction.

La rue de la Suète reliait alors le bas et le plateau de Sainte-Foy en traversant les terres où se trouvent aujourd’hui le Costco, le petit Ikéa et un garage municipal. Elle a été coupée pour prendre sa configuration actuelle quand le boulevard Charest a fait son apparition.

Ado, j’ai fait du vélo sur les vestiges de la rue de la Suète, dans les terrains vagues entre le boulevard du Versant-Nord et le boulevard Charest, bien avant la construction des grands commerces et de leurs stationnements. Certains jours le vieil asphalte nous servait de piste de décollage (en vélo, les bras ouverts, sans tenir le guidon) alors que d’autres jours c’était un espace de combat pour des chevaliers en BMX armés de quenouilles que nous ramassions dans les fossés de l’ancienne route. Bien mûres, bien sûr, pour qu’elles éclatent de façon spectaculaire une fois jetées à travers la roue de notre adversaire. Touché!

***

La rue Laberge est pleine d’histoire:

de précieuses histoires d’enfance pour moi, bien sûr;
mais aussi d’une partie importante de l’histoire de Sainte-Foy — et de Québec.

Et la maison de l’oncle Émile est toujours là pour en témoigner.

Je n’en reviens tout simplement pas qu’elle soit ainsi laissée quasiment à l’abandon.

C’est un bâtiment qui devrait être protégé et qui pourrait être mis en valeur à l’entrée de la Base de plein air pour permettre aux visiteurs de découvrir le mode de vie et l’ingéniosité des premières familles qui ont défriché Sainte-Foy.

Et pourquoi pas lui faire une place dans le Réseau des maisons du patrimoine de la ville de Québec?

***

J’ai repensé à tout ça, hier, en lisant ce texte de Valérie Gaudreau, dans Le Soleil:

La Base de plein air de Sainte-Foy a le coeur à la plage

On y apprend que le maire a finalement annoncé l’appel d’offres qui devrait initier les travaux de réaménagement de la Base de plein air. Un projet qui devrait s’échelonner sur plusieurs années.

Je croise les doigts pour que le projet soit aussi l’occasion de rénover la maison de l’oncle Émile… mais je reste prudent, parce qu’on en est pas à la première promesse d’investissement à la Base de plein air.

C’était une promesse du maire en 2009, qu’il avait renouvelée à quelques jours des élections en 2013 — ce qu’il fait à nouveau… à un an de la prochaine élection.

Quelques références:

Base de plein air de Sainte-Foy, une promesse électorale qui refait surface

Base de plein de Sainte-Foy: terrain de prédilection pour le sport extrême

Une base de plein air «extrême»

Projets revus pour la Base de plein air de Sainte-Foy

On s’en reparlera peut-être à la prochaine saison des groseilles…

5 commentaires

  1. J’ai toujours été fasciné par l’escalier central. Je n’ai jamais vu ça dans aucune autre résidence. Les vestiges d’un agrandissement antérieur ou les conséquences de la présence de la forge?

    Elle m’est toujours apparue mystérieuse. Merci de lever une partie du voile de son passé!

  2. Quelle plume!
    Te lire en train de décrire tes souvenirs d’enfance très ancrés au terroir, cela a provoqué une foules d’images et de reconnecté à des saveurs de mon enfance.
    Les roses sauvages du chemin du bord du fleuve à Kamouraska, les bleuets du rocher à Kati, les noisettes de la montagne à « Coton », les framboises cueillies avec tante Léa, lesquelles avaient la fâcheuse caractéristique de « fouler » au retour de la cueillette.
    Et que dire des carottes portées à la bouche après un passage sous la champlure suite à un arrachée précoce.
    Sans oublier, la tarte au bleuets, la pouding aux framboises après le bouilli aux légumes frais et les épis de « blé d’inde » en entrée.
    Je persiste à dire que la culture la plus ancrée, c’est la culture culinaire. Les Italiens m’auront appris cela sans s’en rendre compte – c’est tellement naturel pour eux.
    Et d’entendre Céline Dion parler de ses enfants qui découvrent le blé d’inde, les bleuets et la poutine, çà confirme ma croyance.
    La seule différence c’est que les Italiens sont fiers comme des pans de leur « Ribollita » (soupe aux légumes bouillie deux fois) tandis que nous avons parfois honte de notre soupe aux pois – mais nos chefs sont à changer cela.

  3. @Pascal, voici l’explication que mon père vient de fournir pour l’escalier central:

    «À l’origine, mes grands-parents habitaient le premier étage de la partie de la maison qui était la plus avancée. Le deuxième étage de la même partie était occupée par la famille de l’oncle Émile. L’autre partie de la maison n’était habitée qu’en été et n’était jamais chauffée. L’escalier central visible sur la façade permettait d’accéder en tout temps au deuxième étage sans passer par le premier étage intérieur. Il y avait aussi un autre accès aux deux étages par l’arrière de la maison.»

    @Richard, de l’importance de la culture alimentaire dans la définition d’nu pays…

  4. Bonjour Monsieur Laberge,
    quel bonheur de vous lire ce matin! Je m’étais toujours questionné sur l’histoire de cette maison. Elle fait partie de notre quotidien et dans l’état qu’elle a actuellement, je me demandais toujours qui en était le propriétaire et quel serait son avenir. Je ne comprenais pas pourquoi elle ne méritait pas plus d’entretien et me questionnais. À l’heure où le prix des terrains montent en flèche, je me disais qu’il y avait peut-être un petit-fils qui attendait le bon moment pour faire une vente avantageuse. À la lumière de votre texte, je comprends maintenant mieux ce qui s’y passe et reste perplexe.

    À l’époque des socio-financements, je serais bien prête à verser quelques dollars pour qu’elle reprenne vie et qu’elle soit bien entretenue. À plusieurs, nous pourrions certainement réussir à monter une base de budget pour du moins, entretenir ce qu’elle a de plus urgent. Étant travailleuse sociale de profession, j’ai vu maintes fois des projets se lever simplement par l’énergie des citoyens qui voulaient prendre en main un projet qui leur tenait à coeur. Vous parlez de groseilles et de ferme, Monsieur Dancause parle de la culture culinaire… J’y vois bien des projets excitants qui peuvent être grandioses à travers la simplicité! Ah que vous me faites rêver ce matin.

    J’ai toujours vécu à Ste-Foy, tout comme mes parents d’ailleurs. Ma mère est né sur la rue John West, mon père a grandi sur Nelles et moi sur Dalquier puis Triquet. Je vis maintenant dans St-Benoît avec nos cinq beaux enfants. Cette maison fait partie de notre patrimoine et j’espère que mes enfants en parleront de la même façon.

    Merci pour tout et si je peux donner un coup de main, faites-moi signe!

    Chaleureusement,
    Julie

  5. Très désolant de voir l’état des lieux effectivement. J’ai été élevé dans la petite maison blanche en stucco à côté et mon père a vécu toute sa vie dans cette rue. Depuis que la maison a été vendue à la ville, ils l’ont aussi laissé aller à l’abandon. Avant d’être la maison paternelle, c’était l’école de la rue. Beaucoup de souvenirs dans cette rue qui a été divisée en deux depuis que la base de plein-air existe. La maison fe mes grands-parents est la seule qui est toujours habitée!

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