Culture, technologie, identité

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Jean-François Lisée a présenté ce matin, sur son blogue, la vingt-et-unième proposition de sa campagne. J’avais beaucoup aimé la vingtième, sur l’économie, mais j’aime encore plus celle-ci, qui porte sur la culture.

Pour une vraie culture de la culture au Québec

Je crois que c’est sa proposition la plus déterminante de la campagne, même si ce ne sera sans doute pas la plus débattue. Et quelles que soient vos opinions dans cette course, ou vos autres convictions politiques, je vous invite à prendre le temps de la lire attentivement. Je pense que c’est important pour la suite des choses.

Pourquoi ce serait la plus déterminante?

Parce qu’elle nous replace (enfin!) dans une dynamique de pouvoir, de capacité — d’empowerment — devant les bouleversements qui accompagnent le développement des technologies numériques et de l’économie des plateformes.

Elle nous rappelle que nous ne sommes pas sans moyens pour faire face à ces changements, dans la mesure où on s’y reconnaît un autre rôle que l’adaptation.

C’est ce qui guide mes choix professionnels depuis longtemps et qui déterminera aussi mes prochaines étapes (toujours en gestation).

Et cela dépasse largement le domaine de la culture. C’est un état d’esprit qui est aussi nécessaire pour venir à bout des débats qui sont actuellement bien mal engagés autour de Uber, de AirBnB, etc. J’en fais même un enjeu d’identité — bien plus déterminant dans la réalité (des jeunes, en particulier) que toutes les questions de signes religieux plus ou moins ostentatoires.

Bien sûr que le vent souffle fort et qu’on ne pourra pas aller complètement à contre-courant — et pourquoi donc faudrait-il le faire? Puisque c’est un monde plein de promesses et d’opportunités pour nous aussi.

Il faut cesser de se voir en victime d’un monde qui changerait à notre insu. Autrement, pourquoi vouloir un pays?

Évidemment que les moyens d’interventions du passé ne pourront pas être bêtement transposés aujourd’hui.

Évidemment que nous n’avons jamais eu affaire à des acteurs aussi immenses et aussi puissants que Apple, Netflix, Google ou Amazon (parce qu’il n’y a pas que la musique et le cinéma… le livre et bien d’autres secteurs, y compris l’éducation, sont aussi bousculés).

Évidemment qu’il faudra être ingénieux, mais on peut y arriver. On doit y arriver. C’est d’ailleurs le courage d’aborder ce défi qu’on attend des hommes et des femmes politiques qui sollicitent notre confiance, pas seulement l’ambition de bien administrer les affaires courantes.

La solution ne sera certainement pas de subventionner davantage l’industrie culturelle (ou toute autre industrie) — ni de croire qu’on pourrait se satisfaire d’une meilleure collaboration des géants internationaux.

Il faut penser l’intervention de l’État autrement, parce qu’il n’y a pas de réponse plus efficace à l’innovation qu’une autre innovation.

Il faut que l’État trouve les moyens d’accompagner celles et ceux qui proposent des approches innovatrices, qu’il facilite leur développement et qu’il valorise la prise de risque des créateurs et des entrepreneurs — avec au moins autant de vigueur (et de moyens) qu’il continue de protéger les modèles plus conservateurs.

Il faut renouer avec la part de notre identité qui a fait de nous un peuple d’explorateurs, de bâtisseurs et de pionniers. La confiance.

Nos ancêtres draveurs avaient bien compris que c’est debout sur les billes de bois qu’il fallait se tenir pour maîtriser les cours d’eau, pas assis sur un radeau pour se laisser porter par le courant. Au risque de parfois tomber à l’eau…

***

La culture n’est pas un sujet parmi d’autre, c’est la trame de fond, à partir de laquelle toutes les décisions d’un gouvernement doivent s’arrimer les unes aux autres pour former un tout cohérent.

C’est pour ça que l’attitude avec laquelle on aborde les enjeux culturels m’apparaît aussi déterminante pour l’ensemble de la société — et pour tout un programme politique.

Passer le budget [du ministère] de la Culture de 1% à 2% du budget global de l’État, comme le propose Jean-François Lisée, c’est bien.

Adopter une attitude active et positive devant les défis qui se présentent à nous, dans le domaine culturel et beaucoup plus largement, c’est encore mieux.

 


P.S.: Je trouve amusant de constater que La Presse titre son article en utilisant le terme négatif «contre», alors que Jean-François Lisée utilise plutôt la formule positive «pour»:

Jean-François Lisée veut lancer une offensive contre Netflix et Apple | La Presse

Pour une vraie culture de la culture au Québec | Jean-François Lisée

Est-ce qu’être pour quelque chose, c’est forcément être contre autre chose?

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