L’automne, la lecture et la politique

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J’adore cette période de l’automne. Voir les arbres changer de couleurs, retrouver le plaisir de sortir avec une veste de laine, respirer l’air frais à pleins poumons, l’odeur de la compote de pommes dans la maison. Ça fait du bien! Même le goût du café est encore meilleur quand il contraste avec le froid qui se dégage de la fenêtre devant laquelle j’écris.

L’automne est une saison parfaite pour prendre le temps. Le temps de cuisiner, de lire, d’écrire. De penser aussi.

Le temps de penser. C’était le sujet de la chronique de Marc Allard, dans Le Soleil d’hier.

Du temps pour penser

Partant de l’exemple de Barack Obama, qui s’accorde régulièrement quelques heures de solitudes afin de rassembler ses pensées, il nous invite à trouver une façon pour plonger dans un travail profond:

«Travail profond: des activités professionnelles effectuées dans un état de concentration sans distraction qui poussent nos capacités cognitives à leur limite…»

«… dans notre monde hyperconnecté, la meilleure façon d’accomplir du travail profond [exige] la volonté de s’octroyer du temps à l’abri de nos semblables, d’une part, et des technologies de l’information, de l’autre.»

Parmi les tous les moyens de s’accorder ce temps de concentration sans distraction, la lecture est évidemment une des meilleures façons.

C’est d’ailleurs ce pourquoi le texte de Marc Allard m’a ramené à l’esprit un autre texte que j’avais mis de côté il y a quelques semaines, justement pour y revenir ici.

François Hollande ne lit jamais de romans, et ça se voit

Dans ce billet accusateur, Laurent Sagalovitsch énonce très clairement l’importance qu’il accorde à la lecture de romans pour nourrir l’empathie et pour développer une qualité de communication qui est particulièrement nécessaire aux hommes et aux femmes politiques.

Une qualité de communication sans laquelle « vous restez toujours en dehors des gens, à leur périphérie, dans une zone de confort dont vous échouez à vous départir.»

«…lire des romans ne vous rend pas plus savant mais développe en vous cette qualité qui devrait être la première de tout homme politique, à savoir la compassion, cette capacité à comprendre la souffrance de l’autre, cette possibilité d’entrer de plain-pied dans des consciences que par temps ordinaire vous ne connaîtrez jamais, d’entrouvrir la porte sur les mystères du cœur humain en conflit avec lui-même, sur les sortilèges de l’âme prise à son propre piège, sur tout ce qui constitue l’essence même de l’homme, qu’il fût un gueux ou une duchesse, un empereur ou un simple ouvrier, l’éternelle et impérieuse douleur de vivre de toute condition humaine.»

Je me disais un peu la même chose un peu avant minuit hier soir en posant sur ma table de chevet le roman que je suis sur le point de terminer.

Le Cercle, de Dave Eggers, est une histoire terriblement contemporaine, qui révèle très habilement l’impact plus ou moins perceptible des réseaux sociaux sur notre vie personnelle et professionnelle, comme sur l’évolution des règles du vivre-ensemble. C’est une puissante description romanesque de l’influence souterraine de Google et de Facebook sur l’évolution de notre société.

Il n’y a aucun doute dans mon esprit qu’un homme ou une femme politique qui aurait lu ce roman aborderait avec une tout autre perspective plusieurs des enjeux qui seront soumis aux délibérations de l’Assemblée nationale (ou des conseils municipaux) au cours des prochaines semaines, mois, années.

Ça me fait aussi penser que la lecture de romans — et particulièrement ceux de jeunes auteurs contemporains — pourrait aussi éviter aussi à certains commentateurs de formuler des opinions inutilement pontifiantes au sujet de toute une génération, comme ce fut le cas la semaine dernière en réaction à une photo diffusée par l’entourage d’Hillary Clinton.

Par exemple ici, sous la plume de Raphaëlle Bacquée:

… heureusement aussitôt contredite par Hubert Guillaud:

Et pour une analyse plus complète du phénomène qui est en jeu sur cette photo, désormais célèbre, je suggère ce texte de Alexandre Léchenet, publié par Libération:

Un selfie de groupe avec Hillary Clinton n’est pas l’incarnation de la fin du monde

***

Laurent Sagalovitsch concluait son texte, cité précédemment, avec une amusante proposition:

«À l’heure où [la classe politique] souffre d’un désintérêt grandissant […] il serait grand temps pour nos hommes politiques de s’inscrire à la bibliothèque municipale de leurs circonscriptions. C’est le meilleur moyen, peut-être le seul, pour renouer un lien tangible et profond avec les citoyens.»

Je propose pour ma part la création d’un club de lecture à l’intention des députés.

Quelque chose de simple: une brève rencontre par semaine pour échanger, très librement (et pourquoi pas autour d’un café ou d’un verre de vin) au sujet de romans de jeunes auteurs d’ici et d’ailleurs. Ces rencontres pourraient être animées par des libraires et webdiffusées, très spontanément, comme c’est maintenant possible de le faire.

Ce serait la meilleure façon, il me semble pour faire entrer, à court terme, l’imaginaire — et le vécu — d’une nouvelle génération à l’Assemblée nationale…

Ça offrirait aussi aux députés volontaires une belle occasion pour s’accorder un peu de temps pour sortir de l’action et faire un peu de travail profond.

Il me semble que tout le monde y gagnerait!

2 commentaires

  1. Bonjour Clément,

    À la lecture de ton dernier blogue j’ai apprécié le lien entre la lecture et les hommes politiques. Mais encore plus, j’ai décelé une voie dans laquelle tu pourrais t’engager, celle de l’animation d’une émission culturelle sur les livres avec des personnalités comme invités.
    Ta connaissance des livres, ta facilité d’analyse et tes qualités d’orateur seraient ainsi utiles à nous tous.
    Tu pourrais proposer une formule semblable à celle de Bernard Pivot en France, mais ici à Québec ou au Québec. Ça existe peut être déjà (Christine Michaud ou Chrystine Brouillet) ? Mais tu pourrais y apporter une dimension différente.

    Tu as raison l’automne c’est beau et il faut en profiter.

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