Entrevue (imaginaire) avec Denis Gravel


La liberté d’expression, ce n’est pas quelque chose qu’il faut défendre juste quand ça fait notre affaire. Même CHOI RadioX semble parfois l’oublier.

Désirant réagir à un segment de son émission d’hier, j’ai proposé d’aller en parler en studio, cet après-midi, avec Denis Gravel. Malheureusement, on m’a fait savoir que ça ne l’intéressait pas de me recevoir.

Alors, à défaut, je transcris ici la conversation telle que je l’avais imaginée.

***

— On reçoit maintenant Clément Laberge, qui est président du Parti Québécois pour la région de Québec. Salut!

— Salut, merci de me recevoir en studio!

— Je pense qu’on s’était déjà parlé il y a quelques années, ça s’peux-tu?

— Oui, j’ai été candidat pour le PQ deux fois et on avait fait une entrevue ensemble, probablement en 2015. On avait fini l’entrevue en se tutoyant, on peut reprendre ça tout de suite…

— Ok, Ça l’air que tu n’as pas apprécié le montage de Rich hier sur le congrès du PQ? On l’a pourtant trouvé très drôle ici! (rires en studio) (on entend un extrait du montage) (rires en studio)

— Tsé, c’est pas que vous vous moquez du PQ qui m’a ben ben dérangé… je suis pas mal habitué. Faut avoir la couenne pas mal épaisse, pis les convictions pas mal fortes pour militer pour le PQ à Québec. C’est parce que je crois à la liberté d’expression, comme vous, que ça m’a choqué. C’était cheap…

Vous avez retenu cinq ou six interventions un peu plus spéciales, caricaturales, parmi des centaines. Pis là, vous riez gras et vous terminez en disant quasiment qu’on aurait pas dû donner la parole à ce monde là. C’est quoi ça?

— C’est pas vraiment ça qu’on a dit… on est pas une émission d’analyse politique… on fait du divertissement, on a juste trouvé ça très drôle!

— Au congrès du PQ, il y a avait 2000 personnes, on a travaillé dans sept ateliers de six heures chacun, avec des centaines d’interventions au micro. Après ça, il y avait six heures en plénière, que le PQ a eu la transparence de diffuser entièrement sur le Web, en direct et sans censure. Il y a eu des interventions pour et contre presque tous les sujets. Tous ceux qui le souhaitaient ont pu aller s’exprimer au micro. Êtes-vous en train de nous reprocher qu’on laisse le monde parler?

— Pas du tout!

— Tu vas sûrement être d’accord avec moi que si on ouvre les micros à un groupe de 2000 personnes, il y aura forcément toutes sortes d’interventions. Parce qu’il y a là des gens de tous les âges, niveaux d’éducation, de richesse, du monde des régions, du monde de Montréal et même du monde de Québec… même au PQ! Ce serait vrai dans un groupe de 2000 de tes auditeurs, des auditeurs de Radio-Canada ou d’ailleurs. Vous le savez, il se passe toutes sortes de choses quand on part les lignes ouvertes.

— C’est sûr! (rire en studio)

— Le montage était malhonnête. Il ne représentait pas du tout le déroulement du congrès…

C’est pas parce que vous avez un ou deux animateurs dont les propos sont parfois maladroits, excessifs, ou dépassent leur pensée, que CHOI devrait perdre son permis de radiodiffusion. Right?

— Right!

— Me semble que je vous ai même déjà entendu plaider ça devant le CRTC… Right?

— Right!

— Moi ce que je défends aujourd’hui c’est que la liberté d’expression, c’est d’accepter que tout le monde ait le droit de parole, pas juste les gens qui pensent comme nous.

Pis le monde qui ont des convictions, même s’ils ont peut-être plus de mal à s’exprimer… pis qui osent quand même se lever pour aller s’exprimer au micro d’un congrès et de voir leur face en format géant sur les écran pour dire ce qu’ils pensent, moi j’admire ça. Je n’accepte pas qu’on les traite de façon méprisante comme vous n’accepteriez pas qu’on le fasse avec vos auditeurs.

Je veux qu’ils aient le droit de s’exprimer, même s’ils le font maladroitement et même quand je ne suis pas d’accord avec eux.

Pis hier vous défendiez le contraire. Vous vous moquiez du PQ parce qu’il a donné la parole à ces personnes.

À CHOI FM, la radio Liberté!

C’est ça qui m’a choqué, Denis. Surtout que Jeff a fait la même chose avant vous hier matin.

— (silence)

— Ça fait des années que je dis qu’il faut arrêter de parler du «Mystère Québec», je te l’avais dit la dernière fois qu’on s’est vus. Je dis aussi à tout le monde qu’il ne faut pas parler de radio-poubelle… mais hier, ce montage là, c’était de la radio-poubelle. C’était tout le contraire de ce que vous défendez constamment.

— J’vois pas ça d’même.

— Je ne suis pas venu ici pour faire de la politique partisane. Je n’essaierai pas convaincre les auditeurs de voter pour le PQ, mais je trouvais important de vous donner une bine… Te dire que c’est plus important de défendre la liberté d’expression, que de taper sur le PQ. Même si ça donne l’occasion de rire un bon coup.

— On rit aussi des autres tsé…

— Je m’en fous un peu. C’est pas mon point. Ce que je dis c’est que vous ne pouvez pas demander aux partis politiques d’être ouverts à tous les points de vue et les ridiculiser quand quelqu’un parle maladroitement ou dit quelque chose de façon caricaturale.

Vous ne pouvez pas demander aux partis politiques de ne pas tout gérer en coulisses, dans le secret, et les ridiculiser quand ils tiennent leur débat publiquement, en direct sur le Web. C’est trop facile.

— Faut pas capoter non plus, c’est juste du divertissement. On fait un peu comme Infoman… c’est notre façon d’intéresser les gens à la politique.

— (rire aux éclats) Franchement! Je ne te demande pas de dire du bien du PQ. T’as le droit de penser tout ce que tu veux de notre programme. Mais défendre la liberté d’expression, ça, franchement, je pense que vous n’avez pas le choix…

— On l’a toujours fait. Je pense que tu donnes trop d’importance au montage d’hier. 

On n’est pas d’accord, mais c’est quand même tout à ton honneur d’être venu en parler en studio. J’aime ça.

— Merci de m’avoir reçu, autrement j’aurais été obligé de me contenter d’écrire tout ça sur mon blogue.

— On aime autant pas! (rire en studio)

— Merci en tout cas! Ça été courageux de me recevoir. C’est tout à votre honneur.

(…)

— À la circulation, sur Henri IV… la 40 direction ouest… la Capitale… bouchée… les ponts… c’est compliqué…

***

Pendant que j’écris ce texte, Denis Gravel rediffuse, rediffuse et rediffuse le montage, reconnaissant maintenant du bout des lèvres que «c’était bien sûr le pire de ce que le PQ avait à offrir au cours de la fin de semaine», évoquant au passage «l’appel d’un haut-gradé du PQ qui trouvait que le montage n’était pas drôle…» 

— On lui a expliqué que c’était notre façon de parler de politique en riant, parce que c’est l’après-midi…» 

Heureusement à 17h10 le chroniqueur Jonathan Trudeau a pu exprimer, in extremis, et très brièvement, certaines des nuances dont j’avais souhaité débattre avec l’animateur. 

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