À qui donner la parole à l’heure du bilan?

J’ai lu dans Le Devoir de ce matin que le Parti Québécois fera son bilan de l’élection dans un mois. Je m’en réjouis, c’est sage.

J’ai lu aussi Boucar Diouf qui croit que le Parti Québécois va devoir recommencer à zéro. Je suis pas mal d’accord avec lui.

Je ne serai pas présent à la réunion où sera fait le bilan — ayant choisi de n’être ni candidat ni engagé dans les différentes instances du parti au cours de la dernière année — mais j’aimerais quand même formuler deux souhaits et une suggestion en prévision de cette rencontre.

Les deux souhaits:

  • D’ici la rencontre (et après), il faut laisser les militants s’exprimer librement — sans tabous. Il faut même les encourager à le faire. Il faudrait éviter d’intervenir en coulisse pour dire des choses comme «il serait mieux de ne pas dire ça, pas publiquement en tout cas».
  • Le bilan ne devrait pas porter seulement sur la période électorale (et pré-électorale). Il faut faire ça, mais ça ne nous mènera pas à grand chose pour la suite. Le contexte politique vient de changer en profondeur et vraisemblablement de façon durable. Je pense que ce n’est pas tant de l’échec technique de cette campagne dont il faut tirer des leçon, mais bien de notre incapacité à avoir vu venir ce basculement. Ce n’est pas la faute des rameurs, si nous avons perdus l’élection, et ce n’est pas la faute du timonier non plus. On n’avait tout simplement pas les bonnes cartes de navigation. Pourquoi?

La suggestion:

  • On devrait inviter les présidents régionaux à partager d’ici la rencontre leur analyse personnelle de l’élection à partir d’une question générale, ouverte. Par exemple: quel est le facteur le plus déterminant de notre défaite: notre programme? Le fonctionnement du parti? L’image du parti? La division du vote? Les réponses à ces questions devraient faire l’objet d’une synthèse, qui pourrait être présentée au début de rencontre par la vice-chef, dans le but de guider les échanges qui vont suivre.

Je ne présume pas que cette approche n’est pas déjà prévue. Mais je pense qu’il peut quand même être utile de le formuler comme un souhait — pour insister un peu.

Parce que les habitués de ce genre de rencontre savent très bien qu’à défaut de faire ça, on aura droit à une énième séance de linge sale en famille, dans laquelle les mêmes vétérans (et les déçus) occuperont encore une fois le rôle central.

On doit tout faire lors de cette rencontre pour donner la parole à celles et ceux, qu’on n’a pas su écouter suffisamment au cours des dernières années.

De toute façon, les autres trouvent toujours le moyen de se faire entendre — avec le succès qu’on connaît.

5 comments

  1. Je ne suis pas une habituée de ce genre de rencontre. Je ne souhaite pas le devenir. Mais la seule chose qui a pu me faire réfléchir à l’être un jour, c’est quand quelqu’un d’impliqué au NPD m’a expliqué que dans leurs assemblées, les interventions se font homme-femme-homme-femme, etc. Même si une femme est loin dans la file, elle aura son mot à dire si elle est la suivante (oui bon ce n’est qu’une vision bilatérale des genres, et imparfaite, je sais). Ce n’est qu’une idée, et ça ne règle pas tout, mais… disons que ça changerait la donne. Parce que les hommes ont tendance à fanfaronner, à se mettre de l’avant, et les femmes à agir dans l’ombre, en silence (parfois justement parce qu’elles ne veulent pas subir la réaction des grands parleurs…).

  2. Le bilan, très ouvert est important. Pourquoi ne pas ouvrir la porte à une réflexion sur l’avenir en même temps ? Pour l’instant, je partage avec toi un petit mot écrit sur Facebook…

    Petit retour sur les élections.

    Je ne suis pas de ceux qui se réveillent la nuit pour haïr celles et ceux qui ne pensent pas comme moi. Voici en vrac quelques observations positives ou surprenantes dont on ne parle sans doute pas assez chez les chroniqueurs.

    La plus importante est sans doute l’élection de 52 femmes à l’Assemblée Nationale. Cela aura sans doute une influence sur le ton des débats au Salon Bleu et plus largement sur l’ensemble de la vie publique au Québec. Il était temps et on peut vraiment s’en réjouir.

    En 2014, beaucoup ont lié la défaite du Parti Québécois au projet de Charte qui définissait la laïcité de l’état. Je n’ai jamais vu aucun sondage qui confirmait cette interprétation véhiculée par les opposants à la Charte. L’élection d’un gouvernement caquiste qui s’engage à légiférer sur le port des signes religieux par les agents de l’État en situation d’autorité semble clairement contredire cette interprétation.

    La dernière élection a fait voler en miettes les rapports de force qui ont marqué la politique partisane au cours des cinquante dernières années. Mais avant de croire que QS peut devenir un lieu de rassemblement capable de porter un véritable projet de société et de le réaliser, avant de porter en tombe le Parti Québécois qui a largement contribué à construire le Québec moderne, avant d’affirmer que le Parti Libéral devenu un tiers parti chez les francophones peut se reconstruire, avant de croire que la Coalition Avenir Québec pourra demeurer unie et crédible en exerçant le pouvoir, attendons un peu.

    On dit que  » le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui  ». Personnellement, j’ai besoin de temps pour mieux comprendre ce qui s’est passé depuis l’échec du référendum de 1995 et, surtout, pour mieux distinguer ce qui permettra d’offrir à notre petite Estelle une société où il fera bon vivre.

    Laurent

  3. Commentaire en réponse à celui laissé par Hélène :
    À QS, c’est ce système de micro homme/femme au lieu de pour/contre, qui est en vigueur. Résultat, les débats ne sont pas équilibrés. On peut avoir une suite ininterrompue de «contre», homme et femme en alternance, sans jamais que le point de vue «pour» ne soit exposé avant la fin du nombre fixé d’interventions. Et vice versa. Le «pour» peut prendre tout l’espace au détriment du «contre». Si les stratèges d’une des deux options est assez rapide dans sa prise de contrôle des micros, le débat est carrément raté. C’est ce qui s’est produit, notamment, lors de la discussion au congrès de QS sur la convergence. Alors, je comprends l’intention de partager les micros sur une base de genre mais c’est ce qu’on appelle une fausse bonne idée.

  4. Réponse au commentaire d’Hélène, ci-haut.

    La pratique des micros homme/femme au lieu de pour/contre est en usage à QS. Il s’agit d’une grosse entorse à la qualité du débat. Il suffit que les stratèges de l’option «pour» envahissent rapidement les deux micros pour que l’option «contre» soit absente de la discussion. Et vice-versa.

    C’est ce qui s’est produit au congrès de QS lors de la discussion sur la convergence. Les «contre» ont pris d’assaut les deux micros. On connaît le résultat. Il n’y a aucun moyen pour le président de l’assemblée de traiter d’une idée de façon équitable.

    La répartition des micros selon le genre émane d’un noble sentiment mais en matière de débat démocratique, c’est une fausse bonne idée.

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