Par-delà la gauche et la droite

De retour d’une journée de travail à Montréal, je me suis fait prendre à écouter deux épisodes de balados sur la politique…. alors que je tente depuis quelques semaines de prendre un peu de recul sur tout ça pour éviter de soupirer inutilement tous les jours. Je suis incorrigible…

Tant dans l’épisode des Engagés publics que dans celui d’Esprit politique, ce qui m’a frappé, c’est l’accent qu’on met encore trop souvent (il me semble) sur le positionnement des partis politiques sur l’axe gauche-droite. C’est une perspective qui me semble pourtant de plus en plus insuffisante pour décrire les résultats électoraux, tant aux États-Unis qu’au Québec.

Je pense qu’on sous-estime largement l’influence de la manière de faire de la politique dans les résultats obtenus par les partis, qu’ils soient plutôt à gauche, plutôt à droite, au centre, fédéralistes ou indépendantistes.

Est-ce que c’est parce qu’il avait un programme trop à gauche ou trop à droite que le Parti Québécois a obtenu les résultats qu’on connaît lors de la dernière élection? Je ne pense pas. Est-ce que ce ne serait pas plutôt parce qu’il s’est constamment laissé distraire? Qu’il a adopté des stratégies de communication qui ont aussi contribué à distraire les électeurs des enjeux pour lesquels le parti avait des propositions structurantes et inspirantes à formuler?

Est-ce qu’on ne devrait pas explorer la possibilité que c’est en cherchant à satisfaire l’insatiable appétit des médias pour l’instantanéité et en succombant à la facilité des réseaux sociaux, que plusieurs partis politiques occidentaux sont en train de courir à leur perte?

Est-ce ces partis n’en viennent pas à banaliser leur prise de parole à force d’avoir une opinion sur tout, à tweeter sur tout et sur rien, à s’indigner à tout vent et en entretenant une impression de calculs tactiques et politiques? Une parole alors condamnée à devenir de plus en plus insignifiante? Comment s’étonner alors de la place croissante occupée par les polémistes?

Je pense que pour continuer à être pertinent et retrouver la confiance des électeurs, le Parti Québécois doit s’interroger aussi sur sa façon de participer au débat public. Peut-être parler moins, mais mieux. Se concentrer sur les sujets où il peut faire la différence.

Être pour quatre ans la deuxième opposition lui offre un contexte idéal pour faire ça.

Concourir avec le Parti Libéral (ou Québec Solidaire) en multipliant tous les jours les déclarations inutiles dans le simple but de donner l’impression d’être la première opposition entretiendrait au contraire les causes de la lente désaffection des électeurs depuis 1995.

Il faut cesser de donner l’impression qu’on accorde plus d’importance à gagner la journée qu’à incarner un projet inspirant.

C’est avec cet état d’esprit que je suggère la lecture du texte suivant à celles et ceux qui participeront au Conseil national de la fin de semaine prochaine:

In Victory, Alexandria Ocasio-Cortez Showed That Authentic Progressive Values Can Redefine Political Reality

4 comments

  1. Merci pour tes articles Clément! Les as-tu envoyés aux journaux (genre « point de vue »?)

    Quand je suis arrivée au Québec, j’ai su qu’ici la politique se déroulait entre les pôles souveraineté-féderalisme. Deux pôles qui devaient porter en elles-mêmes une vision de société pour le présent et pour l’avenir, comme les visions des grands politiciens qu’on ne voit plus (M. Lévesque, M. Parizeau, M. Landry, M. Lesage, Mme Casgrain, par exemple).

    J’ai seulement presque 12 ans ici et dans cette courte période, j’au vu changer la configuration politique. Maintenant on s’est globalisé et on a polarisé la politique selon les axes gauche-droit, où les gens se barricadent parfois. Le mouvement souveraniste a perdu cohésion grâce a cette polarisation droit-gauche, comme si un pays devait être nettement de gauche ou de droit. Il y a des enjeux importés au Québec sans évaluer leur pertinence tels qu’ils ont été amenés à discussion.

    Débat au Québec, je pense qu’il n’y a pas. On voit rarement sur une même émission de TV ou de radio des personnes dont les idées sont différentes ou même opposées et quand ça arrive on voit souvent le malaise des modérateurs. On avait Bazzo.tv qui avait cette idée de discuter des sujets divers et au lieu de la »encourager, le gouvernement de Harper a conçu l’encadrement pour l »éliminer et Trudeau l’a achevée. Je m’ennuie de cette émission, beaucoup!

    Je suis très d’accord avec ton point sur les réactions d »indignation pour tout et pour rien, le besoin de réagir vite. On le voit chez les politiciens, mais partout et sur tous les sujets, les gens réagissent souvent en mode panique et pas nécessairement dans le but de résoudre des situations, des conflits, des problèmes de façon durable, mais plutôt de « bien paraître » parce que tout le monde te « watch ».

    Le programme du Parti Québécois était plein de bonnes idées, je pense, mais très probablement présenté d’une façon atomisée, difficile a retenir dans le »esprit des électeurs bombardés quotidiennement des informations, et guidés par des sondages qui leur dictaient pour qui voter pour ne pas avoir les libéraux dans leur comtés.
    Le Parti Québécois a eu seulement 18 mois de gouvernement sur un total de 15 ans dominé par les libéraux et, malgré ce fait, l’opinion publique met le PQ dans le même sac que les libéraux. Les libéraux ont été élus pendant 15 ans malgré un tas des scandales, dans le cas du PQ, une seule gaffe est suffisante pour que tout bon coup soit annulé. La marge d’erreur envers le PQ est très mince, je trouve et il semble que le Parti n’a pas bien géré ça. Cette semaine il y a eu des éloges pour M Landry sur son travail pour faire grandir le Québec selon sa vision, sur sa sensibilité envers les autochtones, sur son sens de service public, et sa hauteur comme homme d’État. Il était, comme ses compagnons, un politicien pour qui l’objectif collectif, le projet de pays était par dessus de la partisanerie et de lui même, selon ce que j’ai pu lire et écouter. Et je me dis, le Québec l’a changé, lui, par Jean Charest dont le parti est resté 15 ans, malgré tout ce qu’on a connu.

  2. « Et je me dis, le Québec l’a changé, lui, par Jean Charest dont le parti est resté 15 ans, malgré tout ce qu’on a connu ».
    Une affirmation tout à fait juste.

  3. Il faut cesser de donner l’impression qu’on accorde plus d’importance à gagner la journée qu’à incarner un projet inspirant. Il me semble que cela décrit bien le moyen habile de Trump de distraire l’opinion de son projet politique inspirant pour ses intérêts économiques, le twitt du matin qui fait les nouvelles reprises en boucle toute la journée sur tous les médias et par tous les analystes, supposé retraités de la politique active ou battus. Eux ont la parole quotidienne, même en campagne électorale, au détriment des Engagés en politique active pour le pouvoir politique.

  4. Merci pour cette juste réflexion, comme celle de Nicolas Marceau et d’Alain Therrien ce matin (15 novembre) dans Le Devoir (https://www.ledevoir.com/opinion/idees/541387/les-raisons-de-la-defaite-du-parti-quebecois)
    . Ce qui me chagrine le plus c’est qu’on ne sait nommer ni défendre les valeurs qui font du Québec un étât différent (et je crois qu’il est facilement possible d’en nommer quelques unes fondamentales et largement partagées). Dans toute organisation quelque peu importante, avant de se donner un plan stratégique, on prend du temps à identifier les valeurs qui nous serviront de repères de sens lorsque vient le temps de décider si on retient ou promeut telle ou telle action ou politique. Tel exercice pourrait devenir une référence pour juger de la pertinence, pour les Québécois, de telle ou telle position du ROC, des ententes bilatérales ou multilatérales voire des positions du gouvernement canadien. La preuve tombera sous le sens que le Québec (et les Québécois), avec les institutions qu’il s’est données sur différents sujets, est différent et a besoin de son indépendance pour assurer son identité quelle que soit la langue maternelle ou d’usage des Québécois. Ce qui n’enlève rien au français, la seule langue officielle du Québec.

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