4h30 — Jasette avec un voyageur dans le lobby de l’hôtel. Il travaille dans une mine d’or au Nunavut. À -50 Celcius. Il m’apprend que dans une bonne mine il y a un gramme d’or par tonne de roche. Y’a qu’à savoir le trouver.
5h20 — Le chauffeur de taxi est haïtien — et très volubile. Il m’explique qu’il a choisi ce métier il y a quarante ans pour s’assurer que chaque jour de sa vie serait une comédie. Les gens sont fascinants vous savez...
7h15 — Globe and Mail: une notice nécrologique présente un très bel hommage accompagné de trois photos: dans la vingtaine, la quarantaine et la soixantaine. Belle idée!
7h40 — Tiens, François Legault et sa famille qui partent eux aussi en voyage. Va savoir s’il sera premier ministre un jour…
9h30 — Vibration: coup d’œil sur mon iPhone: deux notifications. Ma sœur me souhaite bon voyage et un dénommé Bontemps me sollicite sur LinkedIn. Ça ne s’invente pas.
— Tequila y jugo de tomate?
— Oui! Gracias!
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Ce texte est le troisième d’une série de textes pour lesquels je m’inspire des notes que je prends quotidiennement depuis maintenant plusieurs années.
Fin de matinée. Je prends un café au petit comptoir devant le magnifique four au bois où les clients viennent commander leur pizza.
Ce matin, la pizzaïolo est une belle jeune femme — probablement 18 ans, tout au plus. Très aimable et très souriante.
La scène est amusante, un vieux couple vient de s’avancer, lentement, difficilement même. Ils sont beaux et complices.
La vieille dame lit le menu à son mari en s’arrêtant parfois pour poser une question à la jeune femme.
Le contraste est frappant: les deux femmes penchées l’une vers l’autre. Au moins soixante ans les séparent, mais elles ont le même regard pétillant.
— Calabrese c’est quoi?
La jeune femme explique doucement… un peu trop doucement.
— Pardon?
La vieille femme s’approche, se penche et tend l’oreille. La jeune femme parle un peu plus fort et simplifie son explication:
— C’est très piquant!
Elle est manifestement convaincue que ce n’est pas un bon choix pour son interlocutrice — mais elle est aussitôt surprise par sa réponse:
— Alors c’est parfait! C’est ce que nous allons prendre! — ravie en regardant son mari, qui confirme d’un grand sourire satisfait.
Il n’y a rien comme une pizza piquante pour rendre heureux!
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Ce texte est le deuxième d’une série de textes pour lesquels je prévois m’inspirer des notes que je prends quotidiennement depuis maintenant plusieurs années.
Trop tôt pour un verre de bulles. Dommage, c’eût été beau clin d’œil au rendez-vous surprise avec Ana — il y a combien d’années déjà?
Je me suis installé au petit bar à expresso.
Je suis bien. J’adore les gares. À toutes les heures.
Devant moi, dans l’immense espace, la sculture d’un homme qui regarde au loin l’air inquiet. Je m’y reconnais. Et pas que moi — parce que quelque chose d’inquiétant est en train de se passer, l’impression d’un glissement, comme si l’avenir était en train de nous échapper. Mais pourquoi? Et que faire?
La rencontre avec F.S. il y a quelques jours m’a fait du bien. Il m’a dit une chose qui me reste à l’esprit: «Quand j’ai quitté cet emploi mes efforts étaient dispersés — j’avais trop de projets. La vie m’a forcé à choisir. Ça n’a pas été facile, mais je sais maintenant que j’ai fait le bon choix parce que tout s’est mis à être beaucoup plus facile. Je me suis mis à rencontrer des personnes inspirantes, les événement se sont enchaînés plus naturellement et chaque jour est devenu stimulant. Je m’épanouis.»
Notre échange m’a fait réaliser que j’ai eu la chance d’être très souvent dans un contexte où les choses se passent ainsi — et que c’était peut-être un peu moins le cas aujourd’hui. Je pense que c’est un rappel qu’il va falloir que je me reconnecte: que je retrouve mon fil conducteur — mon prochain fil conducteur.
Il y a de plus en plus de voyageurs sur le quai de la gare. J’ai beaucoup d’affection pour celles et ceux qui ont des allures de globetrotters, l’air heureux n’importe où, qui parlent et qui rient avec un peu tout le monde. Je m’interroge sur les autres, l’air renfrogné, manifestement pressés, la valise à la main comme un fardeau. Ont-ils vraiment la vie qu’ils souhaitent? Et moi?
Me revient à l’esprit un texte que j’ai lu dans Le Monde il y a quelques jours. Son auteur s’interrogeait sur la place que prend le travail dans la définition de notre identité. Heureusement, je l’ai découpé et glissé entre deux pages du dernier roman de Kim Thuy.
Il me rappelle maintenant où j’en suis dans ma lecture de Vi.
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Ce texte est le premier d’une série de textes pour lesquels je prévois m’inspirer des notes que je prends quotidiennement depuis maintenant plusieurs années.
J’ai commencé à publier ce blogue en 2002. Béatrice, la première des trois enfants de la famille avait 4 ans. Dix-huit ans plus tard, je lui confie cet espace pour la première fois — avec une très grande fierté.
Béatrice, la parole est à toi (et j’espère que ce ne sera pas la dernière fois)!
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Il est où le Québec dont on rêve?
À l’occasion de la Fête nationale et en suivant l’actualité, je me suis passé une réflexion sur le Québec, sur notre Québec.
Depuis quelques années, ce qui m’attriste à la Fête nationale, c’est qu’on a souvent l’impression que c’est juste une fête souverainiste, alors que c’est avant tout une fête nationaliste.
En fait, on a souvent tendance à mélanger nationalisme et souverainisme, alors que les deux ne viennent pas toujours ensemble.
Pour faire simple, quelqu’un de nationaliste est quelqu’un qui est fier de sa nation. Alors que quelqu’un de souverainiste est fier de sa nation, mais pense aussi que cette nation devrait être souveraine. Ainsi, un gouvernement peut très bien se revendiquer nationaliste (et donc fier du Québec), mais sans être souverainiste (donc sans penser que le Québec doit être séparé du Canada).
Pour moi, le Québec c’est une belle nation pour sa population chaleureuse et accueillante, pour son progressisme, pour sa langue française, pour ses paysages, pour son hiver, pour son histoire riche, pour sa culture, pour ses artistes plein.e.s de talents, pour sa capacité d’innovation, pour ses évènements festifs, etc.
Bref, pour moi le Québec est une magnifique nation, mais je dois concéder qu’elle n’est assurément pas parfaite.
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Après avoir étudié en études internationales et en politique, après des remises en question pas toujours faciles et après des discussions interminables sur le monde d’aujourd’hui, j’en viens à me dire que :
Je rêve d’un Québec ouvert à l’immigration pour vrai et pas juste quand ça lui convient. D’un Québec qui réalise que pour faire partie d’un monde globalisé et international comme on le souhaite, on ne peut pas fermer la porte à ceux et celles qui souhaitent, parfois, venir pour démarrer une nouvelle vie, pour un avenir meilleur ou pour un avenir à la hauteur de leur potentiel.
Je rêve d’un Québec qui reconnaît et qui travaille à réduire et éradiquer le racisme systémique. Parce que oui chaque personne est importante, mais que quand la vie, notamment, des communautés noires et autochtones sont discriminées parce que la police, le système d’éducation et de santé, les valeurs sociales et culturelles et la répartition territoriale sont en leur défaveur, le Québec se doit de travailler à un avenir meilleur pour eux, et avec eux.
Je rêve d’un Québec ambitieux en environnement, qui prend en compte l’urgence de la crise environnementale et qui ose prendre les mesures nécessaires pour la ralentir.
Je rêve d’un Québec où jamais on ne demandera à quelqu’un de cacher son identité religieuse, sexuelle, de genre et d’ethnie ou son handicap pour le bien-être et le confort des autres. L’identité de chacun n’est pas négociable et brimer l’identité d’une «minorité» pour que les autres soient confortables, c’est pas franchement ma définition de l’inclusion.
Bref, je rêve d’un Québec qui mise sur l’éducation pour tous les enjeux de la société, et ce, même si c’est pas payant politiquement à l’intérieur d’un mandat de 4 ans et que ça nécessite de confronter son électorat.
Parce qu’éduquer les gens à la beauté de la diversité culturelle, des différentes identités sexuelles et de genre, des différentes religions, etc., ça, ça sera toujours payant à long terme.
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Je rêve aussi d’un Québec où la politique ne se fait pas «un parti contre l’autre» ni «j’ai la bonne réponse et pas toi». Mais plutôt d’un Québec où les divergences politiques sont les bienvenues, parce que c’est ça le Québec.
Parce que les divergences politiques (autant entre les partis politiques que dans la population) sont juste les manifestations des différentes opinions qui circulent au Québec.
Personnellement, ça me désole que d’après ce que l’on voit dans les médias, les partis à l’Assemblée nationale semblent trop souvent travailler les uns contre les autres pour bloquer les changements qui ne concordent pas avec «leur» projet de société.
Sauf que comment voulons-nous construire un Québec fort, fier, inclusif, à l’écoute et ouvert si l’on ne travaille pas ensemble, peu importe nos allégeances politiques et nos différences, pour faire un Québec le plus représentatif possible de tout le monde?
De toute façon, faire un projet de société sans inclure cette société, c’est pas un peu ironique?
Travailler ensemble et faire des compromis n’implique pas que tout le monde doit être toujours d’accord, mais ça implique que tout le monde doit s’écouter, être ouvert et sensible aux réalités et aux craintes des autres.
Parce que la politique d’aujourd’hui, c’est bien beau pour gouverner pendant 4 ans, sauf que c’est pas en changeant à tous les 4 ans de parti au pouvoir qu’on construit un projet de société.
Une culture politique de compromis et de collaboration plutôt que de confrontation, c’est peut-être un rêve, mais c’est légitime d’y aspirer.
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On m’a souvent dit que le Québec n’avait plus de penseur.e.s comme lors de la Révolution tranquille, pendant laquelle on osait rêver à un Québec meilleur et à sortir des sentiers battus pour aspirer à mieux…
Peut-être que ce qu’il nous faut maintenant, c’est de tous s’écouter et de réfléchir ensemble? Peut-être que ce qu’il nous faut c’est de mettre notre ego de côté pour qu’on réalise qu’en fait, on a échoué à soutenir tous ceux et celles qui vivent au Québec? Et ensuite qu’on se retrousse les manches et qu’on ose créer un Québec à la hauteur de nos capacités pour que demain soit meilleur.
Sans réfléchir en fonction de la politique actuelle, je peux dire que je rêve d’un Québec qui se construit par ceux et celles qui osent changer et rêver… et non pas le contraire.
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C’est peut-être un texte utopiste pour certains et qui vient juste d’une étudiante de 22 ans, mais si rêver de tout ça, c’est être idéaliste, franchement on a du chemin à faire.
Si on se contente en quelque sorte du statu quo, qu’à 22 ans on a le droit de rêver, mais que pour être ben honnête on a pas d’espoir que ça va se réaliser, il est où le Québec dont on rêve?
C’est bien beau dire que les jeunes c’est l’avenir, mais faudrait nous écouter.
Oui, je suis fière d’être Québécoise, mais je refuse d’être fière d’un Québec qui se bâtit sans prendre en compte les réalités de tous ceux et celles qui veulent y vivre.
Bref, bonne Fête nationale à tous les Québécois et les Québécoises, mais aussi à tous ceux et celles qui veulent la fêter ensemble.
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N’oubliez pas de laisser un commentaire au texte de Béatrice — pour lui donner le goût de répéter l’expérience!
Cette année, je n’ai pas tellement le coeur à la fête. Je trouve qu’on a eu, collectivement, un très dur printemps — et pas grand chose pour se réjouir. Les événements nous ont bien fait voir l’ampleur du travail qu’on a devant nous pour bâtir une société plus juste. Franchement, j’ai déjà été plus fier de notre État. Je n’ai pas grand chose à ajouter que ce que j’ai dit dans les textes que j’ai écrit depuis le mois de mars.
Alors pour éviter de tomber dans le radotage et pour essayer de renouveler mes pistes de réflexion — pour changer d’air — je vais probablement utiliser mon blogue un peu différemment dans les prochains mois.
Je publierai un peu de tout et de n’importe quoi, juste pour le fun, pour écrire.
Dans l’esprit du défi #100daystooffload… que je compte bien relever!
Quelques réflexion à la lecture des journaux de ce matin…
On a beaucoup parlé de retour à la normale cette semaine — le retour à la vie comme elle était avant. On aussi beaucoup parlé de racisme systémique. Et d’inquiétude sur les technologies de traçage individuel. Très souvent sans trop se rendre compte que les trois sujets sont liés.
Parce que la normale, c’est le confort que nous procure le système dans lequel on vit. Ce n’est pas seulement les rencontres de familles, les accolades, l’ouverture des magasins et des restaurants, c’est aussi, pour certains, les horaires de travail difficiles, les revenus parfois inférieurs à la Prestation canadienne d’urgence, etc.
La vie normale, c’est surtout le résultat de l’ensemble des processus qui nous permettent de vivre sans se poser trop de questions. Ce sont les automatismes autour desquels notre vie collective s’organise. C’est un système.
Et on sait tous qu’aucun système n’est parfait.
On sait tous qu’un système, en automatisant certaines décisions, se trouve à avantager certains types de personnes et que d’autres s’en trouvent pénalisés. Le plus souvent, cette injustice n’est pas intentionnelle et ne s’explique pas par des décisions malveillantes. Elle est plutôt le résultat d’une sommes de facteurs, de petits automatismes et d’habitudes,souvent imperceptibles, qui en s’additionnant les uns aux autres, ont pour effet de faire pencher les choses trop souvent du même côté.
Comme quand on nous assure qu’aucune variable raciale n’est prise en compte dans l’algorithme qui détermine le prix d’une assurance, par exemple, mais que le code postal de résidence de l’assuré en est une — et que cela a très souvent la même signification. Personne n’a été délibérément raciste en programmant l’algorithme, mais le résultat s’en trouve quand même affecté.
On constate généralement les injustices (le résultat) avant de pouvoir comprendre à quoi elles tiennent (la cause). C’est ainsi parce que ce n’est pas toujours facile de détricoter un système pour comprendre à quels endroits du processus les biais apparaissent. C’est de plus en plus difficile à mesure que les systèmes se complexifient. Les causes apparaissent souvent insaisissables de prime abord, mais leurs effets sont là, tangibles.
Et les injustices ne sont évidemment pas seulement de nature raciale, et elles peuvent s’additionner les unes aux autres (basées sur le genre, sur l’âge, l’éducation, les handicaps, etc.)
L’analyse des processus sur lesquels s’appuient les décisions et la recherche des sources d’injustices devraient être un travail constant — une priorité, en particulier pour les gouvernements. C’est un rôle qui pourrait par exemple être confié conjointement au Protecteur du citoyen et au Vérificateur général.
Malheureusement, on part de très loin au Québec dans ce domaine. Plus ou moins qu’ailleurs? Je ne sais pas… mais pensez-y bien: on a géré plus de 100 jours de pandémie — où chaque information et chaque minute comptait pour sauver des vies — en appuyant les décisions sur des rapports transmis par fax et par la poste!
Si on n’avait pas compris les impacts d’un système aussi archaïque sur la santé publique avant cette semaine (et le coup de poing sur la table du premier ministre), il n’est pas étonnant qu’on ait encore du mal à comprendre le sens du mot systémique dans d’autres contexte et sa portée dans l’analyse des injustices sociales, en général, et raciales, en particulier.
Il faut non seulement qu’on soit capables de reconnaître qu’il y a des injustices au Québec… mais aussi que notre système — notre normalité — n’y est pas étranger. Ce ne devrait pas être un tabou.
Brian Miles a raison de dire dans son éditorial d’aujourd’hui que « Le fait de l’affirmer ne fait pas de nous des racistes ou des traîtres à la nation. C’est plutôt l’expression d’une aspiration d’équité pour tous et le témoignage de notre maturité collective.»
Je suis optimiste.
La résistance à laquelle on assiste au sujet des technologies de traçage (pour la covid, et plus largement) me donne espoir que nous serons capables de franchir cette étape au cours des prochains mois.
J’ai confiance, parce que c’est justement la crainte d’être victimes des erreurs d’analyse qui nous rend méfiant à leur égard.
C’est une occasion pour les privilégiés d’expérimenter la crainte d’être du mauvais côté de l’erreur systémique.
Le débat public sur les technologies de traçage et leur encadrement devrait donc aussi être pensé de manière à nous éduquer sur les biais inhérents à tout système de traitement d’information — et donc comme une occasion de démystifier la dimension systémique des inégalités.
Il me semble que ce serait une belle occasion de faire d’une pierre deux coups.
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Se réjouir du retour à la normale aujourd’hui, c’est aussi reconnaître un privilège: celui de ne pas trop souffrir de l’organisation actuelle de la société.
C’est reconnaître que la vie normale est, pour nous, synonyme de confort. Ce n’est pas le cas pour tout le monde.
Ce privilège qui devrait nous obliger à écouter encore plus attentivement ceux qui ont plus de mal que nous à se réjouir du retour à cette normalité.
Pour se réjouir décemment, il faut écouter, et agir.