Hier c’était journée créativité: promenade sur la grève pour récupérer des matériaux, installation sur la table à pique-nique, face au fleuve, puis laisser libre cours à l’imagination.
J’ai fait deux créations au cours de l’après-midi, dont celle-ci: une sorte de mobile composé de bois de grève, de cailloux et de fil d’aluminium.
Les petits cailloux sont placés dans de petits « paniers » de fil d’aluminium. Le plus gros caillou, qui sert de contrepoids — est, lui, très bien attaché.
Il y a des choses interchangeables, d’autres pas.
Il y a un autre caillou, discrètement déposé sur la base du mobile. Si on le soulève… tout bascule parce que la base est instable.
Les choses importantes, indispensables, existentielles.
Et le plus amusant, c’est que je constate ce matin qu’en déposant mes bras sur la table, les petits cailloux se sont aussitôt mis à se balancer discrètement au rythme de mon pouls — avant même de commencer à écrire.
Un bel objet pour méditer en prévision de la rentrée.
Cette valise est une malédiction. Je l’ai achetée l’an dernier sur LesPac. En l’ouvrant, j’ai trouvé une enveloppe. Dans l’enveloppe, une lettre manuscrite:
« Merci d’avoir acheté cette valise, vous me permettrez ainsi de poursuivre l’écriture de mon roman. Chaque personne qui achète la valise doit faire un voyage (un seul!) et remettre la valise en vente après avoir apposé un autocollant dessus. Je surveille chacune de ses mises en vente sur LesPac et je communique chaque fois avec les vendeurs.
Je sais qui vous êtes, l’acheteuse précédente me l’a dit.
Si vous ne respectez pas mes indications et ne réussissez pas à revendre la valise vous deviendrez la victime du meurtrier (dans le roman, évidemment!).
Je compte sur vous pour que l’histoire se poursuive. »
J’ai maintenant fait mon voyage. Je vous offre donc la valise. Pas cher. N’hésitez pas! C’est peut-être votre seule occasion de prendre part à la rédaction d’un best-seller et d’y trouver votre nom dans la liste des remerciements (je compte sur l’auteur pour cela, puisqu’il lira cette annonce). C’est une aubaine!
Je vous en prie, achetez vite cette valise et évitez-moi de devenir la victime du roman. Ce serait trop, je ne m’en remettrais pas. Déjà que j’ai failli mourir dans un grave accident d’auto en rentrant de l’aéroport la semaine dernière…
Difficile de croire que cet ensemble de boutons anciens a été récupéré dans une vente de garage particulièrement inusitée, en 1971, dans le village de Saint-Gustave-de-l’Avenir.
Comme le gouvernement avait décrété quelques mois plus tôt la fermeture définitive du village, les citoyens avaient organisé une grande vente de garage, à laquelle tous les résidents des villages avoisinant avaient été conviés.
Tout les Gustaviens ont fait leur part pour que la dernière fin de semaine du village soit mémorable et que tout le monde se quitte avec le sourire malgré la tristesse de devoir abandonner leurs maisons. Le propriétaire du magasin général a offert ses derniers stocks à rabais, le marguillers a vendu les dernières possessions de la paroisse, le forgeron a même spécialement frappé des médailles souvenirs vendues 1$ avant d’éteindre une dernière fois sa forge.
Souhaitant participer à l’événement, le chef de police a décidé de mettre en vente les pièces à conviction qui étaient restées inutilisées dans l’armoire du commissariat. Quelle importance, en effet?… puisque toutes les enquêtes seraient abandonnées.
C’est donc du chef de police que ma cousine a acheté les boutons.
Les boutons étaient alors piqués systématiquement sur un ensemble de tableaux de liège, à la manière d’une collection entomologique. Sous chaque bouton il y avait un petit papier décrivant une personne: « Homme, quarantaine, cheveux blonds, chapeau. » ou « Femme vingtaine, élégante, gants blancs ».
Le chef de police lui a raconté que ces tableaux avaient été trouvés dans l’atelier de la couturière du village. Il n’avait jamais pu prouver sa culpabilité, mais continuait de croire qu’elle avait mis en place un stratagème pour s’enrichir sur le dos des paroissiens.
Il prétendait que la couturière avait un complice, qui profitait de la messe pour couper discrètement les fils d’un bouton sur les manteaux des paroissiens. Le bouton tombé par terre était récupéré à la fin de l’office et identifié à son propriétaire, puis remis à la couturière.
Le propriétaire du manteau se présentait inévitablement chez la couturière dans les jours suivants. Celle-ci fouillait dans ses boutons, et ne trouvant qu’une alternative décevante pour remplacer le bouton, proposait plutôt d’en commander un identique qui pourrait être livré de Montréal ou de Québec dans les quelques jours suivants… moyennant un prix un peu plus élevé (dont elle partagerait évidemment le profit avec son complice).
Je ne sais pas trop à quelle occasion et pourquoi ma cousine a détaché les boutons des tableaux pour les mettre dans ce contenant, mais je trouve fascinant de penser que si l’hypothèse du chef de police était bonne, cet ensemble de boutons est possiblement le plus fidèle témoin de la population de Saint-Gustave-de-l’Avenir, en 1971.
Je me souvenais d’avoir lu l’histoire d’un homme qui achetait des babioles sur les sites de vente en ligne, ou dans les brocantes, leur inventait des histoires abracadabrantes et les revendait beaucoup plus cher en les accompagnant de cette histoire.
J’avais l’impression d’en avoir même déjà parlé ici, mais je ne retrouvais pas non plus de trace de ce texte… à croire que j’avais inventé ça!
Je suis allé sur le site des PAC pour voir si je ne trouverais pas un objet avec lequel faire la même chose.
C’est pendant l’exploration que m’est revenu le souvenir de la lecture de Wigrum, un extraordinaire livre de Daniel Canty.
Google: Wigrum remolino
Et paf: voilà tous les morceaux du casse-tête qui retrouvent leur place:
Le texte, l’histoire, un projet estival… huit ans plus tard, presque jour pour jour. Mieux vaut tard que jamais. On le fait?
Ça me tente! Alors au gré de mes pérégrinations, et/ou de vos suggestions… j’inventerai pendant les vacances quelques histoires à des objets hétéroclites que je trouve inspirants.
Petit bibelot d’un cochon qui danse le ballet Hauteur : 3 pouces
Description révisée:
Laissez-moi vous raconter l’histoire improbable de cette figurine de porcelaine qui a été rapportée de Séoul par Madame Josette Lafrance à l’occasion de son voyage de noce avec Monsieur Jacques Bérubé, en 1950.
Les nouveaux époux séjournaient à l’Hôtel Myeongdong, dont la salle de spectacle devait accueillir une version spéciale des Trois petits cochons produite par les Grand ballets canadiens. La pièce, amusante, était le résultat d’un pari amical perdu par le directeur des Grands Ballets. Elle ne devait être jouée qu’un seul soir et suscitait un grand intérêt chez les amateurs. Malheureusement, la représentation n’a finalement jamais eu lieu à cause du déclenchement de la guerre de Corée.
Mme Lafrance a rapporté la figurine dans sa fuite après le premier bombardement. Elle s’est dit qu’elle pourrait lui porter chance pour la suite de son mariage, malgré l’échec du voyage de noce.
Le couple a vécu heureux jusqu’à leur décès, presque simultané, la semaine dernière, à l’âge de 93 et 95 ans. Ils ont eu trois enfants, qui ont chacun eut trois enfants à leur tour.
Cette figurine a toujours occupé une place centrale dans la mythologie familiale, mais tout le monde croyait qu’elle avait été perdue depuis longtemps. C’est l’aînée, Julie, qui a retrouvé la figurine dans le fond de la sacoche de sa mère dans les jours suivants le décès.
La figurine a vraisemblablement été produite à la main. Aucun autre exemplaire n’a été retrouvé à la suite du bombardement de l’hôtel, le 25 juin 1950. Celle-ci porte le numéro 404, qui se trouvait à être aussi le numéro de la chambre d’hôtel occupée par les nouveaux époux.
Les enfants ont pensé coller la figurine sur le couvercle de l’urne funéraire qui contiendra les cendres de leur mère, mais se sont dit qu’il vallait mieux qu’elle puisse continuer à porter chance à quelqu’un d’autre.
Il ne reste plus qu’à savoir qui sera cette personne…