Plaidoyer pour une école refermée sur elle-même!

Invraisemblable discussion entre Jacques Dufresne et Normand Baillargeon à Indicatif présent ce matin. Je classe ça dans le pur délire marqué par la confortable négation de la réalité. Je n’en reviens tout simplement pas! Peut-être que je suis trop sévère, mais je n’ai pas le goût de maquiller ma première impression… pas pour le moment du moins.

Un extrait de Jacques Dufresne:

« Une école c’est une cité dans la cité et les murs de cette cité doivent être défendus […] Une personne qui entre dans une école sans être désirée, c’est la barbarie qui rentre dans l’école. On ne peut pas faire l’école si les murs de l’école ne sont pas protégés. Il n’y aura pas la paix requise et c’est pour ça qu’une autre des caractéristiques de nos écoles, l’ouverture sur la rue ou sur la vie, est quelque chose de catastrophique à mes yeux. L’école doit être centrée sur elle même, centré sur un idéal de savoir et d’humanité, et protégée contre les assauts de la rue. […] Je le dis au sens strict et au sens métaphorique. Il faut que l’école soit une espère de sanctuaire […] sinon c’est la rue qui va prendre le dessus… »

Je pourrais difficilement être plus en désaccord. Sur cet extrait et de façon plus générale. Sur la comparaison que Baillargeon fait entre la « formation à l’entrepreneuriat » et la société stalinienne aussi. De mon point de vue, tout ça n’est que pur délire. Et que dire de l’affirmation selon laquelle « l’ouverture au monde » comporte de grands dangers d’endoctrinement des enfants… Et les alternatives alors?

Et que dire, encore, de l’odieuse prétention de Dufresne selon laquelle « quand on est brillant actuellement on hésite à aller étudier en sciences de l’éducation »? Incroyable, non?

Tout cela est sordide, dit Dufresne. Une calamité, ajoute Baillargeon. Je pense plutôt que ce sont toutes ces affirmations à l’emporte-pièces qui sont sordides. Déplorables. Condamnables. Parce qu’elles ne font rien pour aider les éducateurs qui tous les jours, sont concrètement sur le terrain, avec les enfants, ceux qui ont de la facilité et tous les autres. C’est un discours paternaliste, certainement aussi « déconnecté» que ceux qu’ils prétendent pourtant dénoncer.

Merde!

Faudra que j’y revienne pour élaborer un peu au lieu de juste réagir, peut-être trop subitement. Mais c’était impossible de faire autrement… D’autant plus que je respecte pourtant, d’autres parts, les deux interlocuteurs de cette invraisemblable discussion. Re-merde!

5 commentaires

  1. J’étais dans ma voiture en route pour le travail lorsque j’ai entendu Mme Bazzo annoncé cet entretien. Je me suis promis de l’écouter une fois arrivé au bureau. Malheureusement, le téléphone, les questions des collègues… Enfin bref, j’ai manqué l’entretien. Et d’après ce tu dis, j’ai manqué quelquechose.

    En ce qui concerne la question du rapport de l’école au reste du monde, je t’avouerai que je ne comprends pas trop ce que défend M. Dufresne dans les propos que tu rapportes ici. Pourtant, d’accord ou pas avec les idées émises par quelqu’un, j’essaie généralement de comprendre. Là, je ne comprends pas du tout. Cela me paraît d’un autre âge comme position. Cela éveille en moi certaines impressions que j’ai eues en lisant la revue l’Agora de cet automne. Par moment, je croyais lire un ultramontain des années 40 ou 50. Certaines pages me semblaient même dégager un léger parfum de cire d’abeille. Cela dit en tout respect.

    Par ailleurs, l’école ouverte sur le monde me semble un concept qui demande à être précisé. Premièrement, je ne crois pas que l’école soit si fermée que cela sur elle-même. J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer cela dans un autre commentaire sur ce carnet, mais je ne sais plus sur quel billet. Juste un petit exemple, comme ça, petit, mais pas insignifiant il me semble. Ma fille est en sixième année du primaire, deuxième année du troisième cycle si l’on préfère. Son enseignante amène régulièrement ses élèves au laboratoire d’informatique pour consulter Cyberpresse sur différents sujets d’actualité… Aujourd’hui, au retour du laboratoire, la discussion concernait des clarifications à propos du scandale des commandites. Ma fille m’a fait un topo ce soir en faisant le souper. Elle m’expliquait qu’en 1995 il y a eu un référendum pour savoir si le Québec devait se séparer du Canada et que M. Chrétien … Ajoutons que des personnes invitées viennent à l’école et que les élèves sortent de l’école. Du moins en dehors des moments de boycott. Ce n’est pas parfait, mais pas si sclérosé ni replié sur soi non plus.

    Deuxièmement, l’école a une identité et une spécificité en tant qu’institution qui doivent être prises en compte et protégées. J’aurais un bon boulot à faire pour mettre des mots là-dessus, mais c’est là une chose qui, bien qu’encore dans le clair-obscur, me semble absolument certaines. Sur cette question, j’approfondirai certainement un jour ce qu’a à dire Bernard Charlot que je citais brièvement sur cette question dans un de mes billets.

    Finalement, il y a des choses sur lesquelles je préfère que l’on referme les portes de l’école. L’intrusion abusive de l’entreprise privée qui se cherche, tantôt un lieu de visibilité, tantôt une manière de fidéliser une clientèle future. Les adultes, fussent-ils parents ou membre de la « communauté » (autre concept à définir) ne doivent pas circuler dans l’école à leur gré. Certains membres de la communauté et même des parents sont des individus dangereux pour les enfants. La violence, la fraude, l’extorsion, l’abus de confiance, le proxénétisme, le rapt ne sont pas uniquement le fait de personnes célibataires et sans enfants. Le fait que n’importe qui puisse circuler dans l’école est un facteur qui a d’ailleurs été évoqué pour expliquer les difficultés vécues ces derniers jours à l’école Louis-Joseph-Papineau à Montréal.

    Reprise de l’écriture de mon commentaire, je m’étais arrêté pour écouter la rediffusion de l’émission en question. Je ne réécrirai pas mon commentaire, mais j’ajouterai deux choses. Certaines assertions me semblent très contestables, en particulier la posture philosophique de M. Baillargeon sur les fondements épistémologique des savoirs et chez M.Dufresne le fait d’insister sur la nécessité d’enseigner des savoirs de manière complètement abstraite. Je me sens obligé d’ajouter que j’ai de sérieux doute concernant le concept d’école microcosme de M. Dufresne en ce qu’il semble faire la part trop belle au Même pour ne céder que la mauvaise part à l’Altérité, ce qui me semble faible compte tenu du pluralisme, non pas de la rue, mais de la population scolaire elle-même. Cependant, plusieurs idées méritent, à mon avis, certainement réflexion. L’idée, par exemple, selon laquelle l’éducation est une mission différente de celle de la qualification et de la socialisation. L’idée des dérives instrumentales de l’éducation n’est pas sans intérêt non plus.

  2. Une école ne doit être ni complètement ouverte, ni complètement fermée, évidemment. Complètement fermée, elle perdrait son pouvoir d’attraction et sa valeur sociale; complètement ouverte, elle perdrait son identité et son impulsion propre.

    Dufresne et Baillargeon, en bons philosophes, ne font qu’accorder une place centrale à la connaissance. Que-ce qui vous déplait tant dans cette vision?

  3. Je constate que la discussion était restée en friche. En lisant ce billet chez Pierre Lachance ce matin, je me suis souvenu de ce texte de Clément et de cette discussion. Je veux bien essayer une réponse pour Monsieur Lamoureux…

    D’abord, je dois dire que j’aime bien votre assertion à l’effet que l’école complètement fermée est aussi dangereuse que celle complètement ouverte. C’est l’école sanctuaire qui pose problème, pas l’école centrée sur l’acquisition des connaissances. Dans un contexte où les jeunes savent et puissent bien se servir de ce qu’ils savent, l’école remplie bien sa mission, on s’entend…

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