Sur la soi-disant impuissance du MELS

Une discussion dans la liste de discussion edu-ressources me porte à réfléchir.

Grosso modo, le point de départ de la discussion:

Il y a de plus en plus d’ordinateurs dans les écoles québécoises; le branchement à Internet est de mieux en mieux, les familles sont de mieux en mieux équipées… mais pourtant, les statistiques sur l’utilisation réelles de l’ordinateur à l’école ne varient que très peu depuis dix ans.

Et le point de chute (actuel):

Pour observer une amélioration, il faudrait que la responsabilité des ordinateurs dans les écoles incombe aux services éducatifs et non aux services informatiques. Malheureusement, dans un contexte de décentralisation, le ministère de l’Éducation ne peut rien faire pour cela… « Nous ne pouvons que lire vos textes et compatir avec vous… Désolé. », a-t-on même pu lire…

Il me semble qu’il y a dans cette discussion une grande confusion et que sous le couvert de la décentralisation, c’est à une véritable déresponsabilisation de l’État qu’on nous invite à consentir.

Je suis favorable à la décentralisation et pour la responsabilisation des milieux qui doit normalement l’accompagner;

Je suis conscient que cela implique que le ministère de l’Éducation, par exemple, ne pourra plus intervenir pour « corriger les mauvaises décisions » prises ici ou là.

Je suis conscient que cela implique aussi la possibilité que des milieux fassent dans certains domaines des avancées beaucoup plus rapides et que des disparités importantes puissent apparaître sur le territoire — y compris dans le domaine de l’éducation.

Mais je ne suis surtout pas d’accord avec le fait que le ministère ne peut plus intervenir. Et je suis encore moins prêt à me faire dire que l’État « peut seulement compatir avec nous ». L’État doit simplement apprivoiser de nouveaux modes d’actions, de nouveaux vecteurs d’influence, un nouveau type de discours.

Dans le contexte politique actuel, il me semble que nous sommes en droit de nous attendre que le ministère de l’Éducation concentre son action sur:

  • La collecte d’information permettant de faire un juste portrait de la situation, au plan national, dans chacune des régions et dans chaque commission scolaire.
  • La formulation d’orientations et d’objectifs généraux qui, sans être forcément contraignants, peuvent suggérer une direction à suivre, un rythme souhaitable.
  • L’animation du débat public sur les thèmes autour desquelles s’articulent les orientations et les objectifs.

S’il faut éviter d’attendre que le gouvernement apporte des solutions à tous nos problèmes, nous devons exiger qu’il joue un rôle actif dans l’animation des débats qui sont nécessaires à l’identification des solutions.

Il me semble qu’affirmer que l’État ne peut plus rien faire parce sous prétexte qu’il n’en a plus les moyens, c’est jouer le jeu des idéologues néo-conservateurs qui aimeraient bien qu’on oublie que l’intervention dans les débats publics est aussi un pouvoir… parfois bien plus puissant que l’action politique unilatérale.

Concrètement, dans le cas qui nous intéresse, j’ai depuis longtemps cessé d’attendre « un nouveau plan Marois »… mais j’ai encore le goût de hurler ma frustration devant l’absence presque totale du ministère de l’Éducation dans les discussions sur le logiciel libre, les nouvelles formes de ressources didactiques numériques, les politiques d’équipements, etc.

Ce silence est aussi impardonnable qu’injustifiable.

10 commentaires

  1. Clément, TLM
    Si le MÉLS ne peut pas intervenir dû à la décentralisation (ou serait-ce dû à l’incompétence du Ministre de l’Éducation actuel), alors autant renvoyer le Ministre Fournier au Barreau, là où il appartient. Attendu que les Libéraux cherchent comment payer « La dette », ce serait un début de solution…. Quant à ne rien pouvoir faire, sinon compatir, autant ne pas payer personne pour ne rien faire ?

  2. La décentralisation sans responsabilités et imputabilité est une aberration. Le gouvernement ne peut pas tout simplement balancer de l’argent aux autorités locales et espérer que tout aille pour le mieux. C’est une invitation à la gabegie.

    Les commissions scolaires sont d’ailleurs mal placées pour desservir les intérêts des élèves. D’une part, elles sont trop éloignées des besoins des élèves. D’autre part, plusieurs sont devenues de petits fiefs de pouvoir et de luttes intestines.

    La solution repose peut-être dans le transfert d’une plus grande partie des ressources directement aux écoles, avec un mandat de supervision conféré aux parents (conseil d’établissement élargi avec des pouvoirs analogues à celui d’un solliciteur général). Après tout, l’école est gérée avec l’argent des contribuables.

  3. Il est supposé exister des mécanismes dits de « reddition de compte ».

    La décentralisation doit nécessairement venir avec l’obligation de rendre des comptes. Maintenant, une fois ces « comptes-rendus », qu’est-ce que le MELS fait avec ?

    Si la réponse est « Nous ne pouvons que lire vos textes et compatir avec vous… Désolé. », alors je dis que ce n’est pas une décentralisation qui a eu lieu, mais un délestage. On a lâché du lest. Voici l’argent, maintenant , faites ce que vous voulez.

    Personnellement, je n’y crois pas. Je pense plutôt que les mécanismes sont là, or, c’est trop politiquement délicat de s’en servir.

  4. Vous êtes quelques-uns à citer la phrase « Nous ne pouvons que lire vos textes et compatir avec vous… Désolé. »

    Et si cette phrase écrite par quelqu’un du MELS qui occupe un poste plutôt exécutoire voulait simplement dire : «Nous aimerions pouvoir faire plus, mais nous avons les mains liées»?

    Ou encore : «Continuez de vous manifester; tout ce que vous dites pour dénoncer notre inaction peut contribuer à augmenter la pression nécessaire pour faire bouger un tant soit peu les choses»?

    Je dis ça parce que le ministère c’est une bibitte bien complexe. C’est le ministre, c’est le cabinet, c’est le sous-ministre en titre, ce sont les sous-ministres, ce sont… etc. Les gens essaient tant bien que mal de tirer leur épingle du jeu dans un jeu dont les règles changent souvent en cours de partie!

    Une chose est sûre: les gens au MELS sont nombreux à être sensibles à ce qui se passe dans les écoles. Au travers des gens qui ne pensent qu’à se sauver les fesses, il y a une foule d’éducateurs responsables qui croient vraiment à la cause de l’éducation, des apprentissages et de l’intégration des technologies.

    Le MELS n’est pas silencieux.

    La preuve : c’est un officier du MELS qui a commencé cette discussion!

  5. Mario, tu sais bien que je partage ton point de vue sur le fait qu’il y a une foule d’éducateurs responsables au MELS qui sont entièrement dévoués à ma mission qu’on leur confie — et dont il faut saluer le travail. Des gens qui souffrent aussi, de l’image qu’on donne d’eux comme des gens dont le travail, au fond, ne servirait à rien (puisque le MELS n’aurait plus les moyens de ses politiques).

    J’ai aussi réfléchi à la possibilité que cette phrase soit en fait « un appel à réagir » — une sorte de provocation — qui aurait, précisément, atteint son but.

    Mais je reste malgré tout perplexe sur la manière de faire cet appel, le cas échéant, parce qu’il a pour effet de renforcer la perception qu’il vaut mieux aujourd’hui faire « sans le MELS », ou « contre le MELS » qu’avec lui. Or, je crois profondément qu’il ne faut pas alimenter ces perceptions qui nous placent « à l’extérieur de l’État ». Le MELS, c’est nous.

    J’ai relevé cette phrase parce qu’elle avait été clairement formulée, cette fois, par Robert Bibeau. Je ne lui reproche pas particulièrement (à la limite, je l’en remercie pour m’avoir fourni l’occasion d’écrire ce texte!), je l’ai simplement cité parce que j’en reconnais les grandes lignes dans une foule d’interventions dans plusieurs échanges et dans plusieurs blogues depuis quelques temps.

    C’est précisément parce qu’il y a autant de personnes de qualité au MELS que nous n’avons clairement pas le droit d’accepter un discours de résignation devant les politiques (ou les absences de politiques) de ce ministère.

    Je maintiens qu’il faudrait être beaucoup plus exigeants sur ce point.

  6. Recoucou

    Bien sûr que le MEQ, c’est beaucoup plus que son Ministre et que le MEQ, c’est un système complexe ne serait-ce que de par les 72 Commissions scolaires, les écoles privées, les niveaux d’enseignement, le renouveau pédagogique, etc. Je sais même que le Ministre actuel saisit l’existence de cette complexité et qu’il est un gars d’équipe. Sauf que je continue de trouver ça bizarre qu’un avocat soit en charge de ce prisme.

    J’ai écrit « MEQ » au § précédent, parce que MELS, ça m’énerve : en effet, j’aurais mieux compris que le « LS » soit ajouté, par exemple, au ministère de la Santé. Certes, d’autant plus que l’obésité EST un problème social actuel, il est louable de réaliser le concept proverbe « un esprit sain dans un corps sain », mais il me semble simpliste et / ou incomplet que de ressortir un seul des quatre éléments du domaine d’apprentissage du développement personnel, soit l’éducation physique et à la santé, alors qu’il y a de fait quatre autres domaines, langues, MST, univers social, et arts, chacun desquels inclue quelques facettes.

    —-

  7. Cette phrase de M. Bibeau (… compatir) m’a assez énervé. On ne compatit pas avec la frustration des gens : on tente, dans la mesure de nos moyens, de résoudre le problème.
    Voyons un peu.
    Nous avons au Québec plusieurs « solutionneurs » :
    – le MELS, qui nous donne un bon programme avec, entre autres, une compétence transversale TIC, et quelques fonctionnaires avec, il faut le dire, des mandats plutôt nébuleux,
    – le RECIT, avec au moins un intervenant par CS, avec, il faut bien le dire, des intervenants qui ne font pas que du RECIT;
    – les DG (avec leur compagnie, le GRICS);
    – les DSÉ, avec, je crois bien, une certaine imputabilité de l’application du programme de formation;
    – les directeurs d’école, avec, très souvent, une connaissance plutôt limité du PDF (il passe leur temps à faire de l’administration);
    – les SI, avec la pression de leur boss (le DG) leur demandant d’utiliser UNE compagnie pour la gestion et le pédagogique (la GRICS);
    – les profs qui sont pognés avec une tonne de compétences à développer;
    – un association (L’AQUOPS) qui semble se chercher dernièrement,
    – des compagnies comme Opossum, Infobourg qui veulent donner un certain service.

    Y’a tellement de monde dans l’bateau, qu’à peu près n’importe qui peut faire n’importe quoi sans que personne s’en aperçoive : qui voit le travail d’un fonctionnaire du MELS au regard de l’application du PDF? qui vérifie la cohérence des décisions des SI? qui vérifie l’imputatiblité donnée au DSÉ? qui comprend et interprète les motivations derrière les décisions de la GRICS? etc. Bien sûr, on doit écrire des rapports (on en fait un par année au RÉCIT), mais qui les lit? Et qu’en fait-on? Comment réajuste-t-on le tir?
    Nous sommes envahis par de la bureaucratie, et cette bureaucratie semble bien inutile.

    Bref, nous avons au Québec plusieurs intervenants. Ça tourne ne tout sens, mais il ne semble pas y en avoir, de sens.

    Ma solution : mettre tout ce beau monde ENSEMBLE avec un POUVOIR D’ACTION (lire de l’ARGENT). Quand je parle de ce « beau monde », j’veux AUSSI dire les gens qui ont de la vision, qui ont un réel intérêt au développement de la compétence TIC chez les élèves. J’exclus donc ici généralement les DG, les DSI, les fonctionnaires centrés sur leur petit dossier, etc. La place n’est plus aux beaux parleurs. Je sais, ce sont ces derniers qui décident. Et bien, il serait temps que ces derniers APPLIQUENT les décisions relativement au développement de la compétence TIC. Il faut mettre les gens qui ont, dans le corps, le VÉCU (TIC) de ces dix dernières années, et qui sont bien tannés que la roue « tourne carré ». Il faut que ce soit des gens compétents qui puissent donner un sens à tout ça.
    Il faut trouver des pistes de solutions concrètes, et surtout, COHÉRENTES. Sinon, je vous le dis, tout est scolairement foutu. (Heureusement, la vie, ce n’est pas que l’école…)

  8. Ne serions nous pas simplement trop administré? En tout cas c’était la conclusion d’une émission d’affaires publiques animée par Lise Payette, il y a plus d’une quinzaine d’années.

    Je pense que c’est encore vrai. À l’époque, Mme Payette concluait que le Québec faisait partie des États où la proportion de fonctionnaires par rapport aux enseigants en classe était la plus grande… au monde.

    Trop de chefs, ça paralyse drôlement!

  9. Bien que ton propos, Clément, porte sur la non-intervention du MELS en matière d’utilisation de l’ordinateur dans les écoles, je voudrais réagir bien modestement dans votre discussion de spécialistes… dont les interventions ont élargi le débat initialement proposé.
    Très d’accord avec «plus de ressources aux écoles», mais un peu dubitative avec «mandat de supervision conféré aux parents (conseil d’établissement élargi avec des pouvoirs analogues à celui d’un solliciteur général)». Je crois savoir qu’il est bien difficile d’avoir des Conseils très actifs ; ils changent chaque année, beaucoup de parents qui y entrent doivent saisir un minimum de l’ampleur et de la complexité du système scolaire avant de pouvoir imaginer comment contrer les fonctionnements chaotiques ou pallier aux manques… De plus, l’animation d’un groupe qui se serait donné un mandat devra être confié à l’école : plus de boulot pour qui ? (Pour ceux qui en connaissent le fonctionnement, pensez aux CA des CPE, dont les membres tiennent 3 ou 4 ans, pas plus. Certains CPE travaillent merveilleusement bien avec leur CA, d’autres moins.)
    Par ailleurs, je suis d’accord avec l’intervention de M Asselin. Il y a des gens extraordinaires au MELS : j’ai travaillé récemment avec une personne responsable en région du dossier de la «persévérance scolaire», une valeur essentielle dans le milieu, non ? Thème d’approche : le passage, la transition, l’adaptation, tenir le coup, quoi ! Pour les étudiants, bien sûr. Elle a rassemblé des directions de Cegeps et d’écoles secondaires, des représentants de je ne sais quels Comités et Conseils de parents, des professionnels du MELS (dont une personne que je connais depuis très longtemps, au talent reconnu, mais tout à fait anonyme, sauf pour son milieu), des étudiants de différents Cegeps, et d’autres personnes encore. Résultat : production de matériel, implication des établissements un à un, campagnes d’information locales, lancement d’un Dvd en présence d’une centaine de personnes durant un avant-midi…
    Excusez-moi de faire long, j’essaie d’expliquer… J’ai assisté au lancement et suis rentrée épatée de tant de travail : la personne qui a eu la responsabilité de mettre cela en marche est employée, en région, du MELS ; elle a réussi à bouger beaucoup de gens du réseau, à produire des documents et du matériel pour intervenir concrètement. Enfin, ce travail a été diffusé par les médias régionaux, largement… J’ai la revue de presse de tout ce travail : incroyable. Et l’on sait que ceux-ci sont lus de façon beaucoup plus systématique que n’importe quel quotidien…
    J’ai surtout été très rassurée sur les possibilités de cette grosse machine que j’ai bien connue, à l’époque le MEQ. Il ne s’agit pas juste de vœux pieux, ni de slogans de politiciens, ni de sujets à la mode que l’on débat ici et là dans les émissions «in» de RC, ni de trucs de journalistes que l’on sort en manchette spectaculaire… Il s’agit d’un petit exemple (petit est insultant pour l’investissement d’énergie que j’ai observé !) de travail concret, se situant en plein dans une des grandes problématiques de l’éducation : le décrochage, la persévérance.
    J’avais envie d’ajouter cela à votre réflexion. J’imagine que chaque sujet arrive en son temps. Il y a des tas d’initiatives à l’intérieur du ministère et à l’extérieur. Le bateau est gros, c’est vrai, mais la performance de la machine est aussi la somme, parfois un peu anarchique, des efforts des individus… et pourquoi pas ?
    Les enseignants – qui ont la responsabilité ultime : ils sont face aux élèves et aux parents – sont souvent des pédagogues talentueux qui savent prendre des initiatives. Mais qui le sait ? Eux-mêmes, leurs collègues, quelques parents… Et la vie continue !
    On ne peut pas ériger tout «le meilleur» – et rien que «le meilleur» – en système ! Je crois que l’on pervertirait ce «meilleur» !
    Je viens régulièrement vous lire, j’apprends beaucoup. Vous êtes des passionnés et j’aime vos discussions. Merci, à une autre fois peut-être.

  10. Bonjour,

    Je suis enseignante en France dans une classe de CM1 (9 à 10 ans) ce qui correspond chez vous à la 4 ème année.
    Depuis plusieurs années les élèves qui se succèdent dans ma classe correspondent avec des enfants canadiens de leur âge et ce pour la plus grande joie et satisfaction de tous.
    Manon, l’enseignante Québecoise de l’an passé change de classe. nous nous retrouvons seuls …
    Pouvez-vous m’aider à trouver une classe francophone de 27 enfants environ qui souhaiterait partager avec mes élèves et moi cette expérience enrichissante et toujours renouvelée qu’est la correspondance scolaire ?
    On peut voir ce qui a été fait les années précédentes ici:
    http://cm1stdenis.c.la/

    MERCI !

    Je n’ai jamais de réponse … aidez-moi au moins à trouver des liens, des adresses de sites pédagogiques …

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