Livre numérique: et si on allait un peu plus loin?


C’est dommage qu’on n’ait pas, au Québec, de journalistes qui s’intéressent sérieusement — et de manière continue — à l’économie de la culture. C’est plus que dommage: c’est déplorable. Cela nuit au développement des entreprises culturelles, mais également, de façon plus générale, au développement de la culture québécoise. De notre identité. Ça me frappe particulièrement ce soir.

Ce n’est pourtant pas par manque d’importance : il s’agit de milliards de dollars chaque année. Plus de 800 millions de dollars annuellement juste pour le secteur de l’édition de livres. Des milliers d’emplois, des centaines d’entreprises, dans toutes les régions du Québec. C’est bien plus important, économiquement parlant, que l’économie du sport professionnel, à titre d’exemple…

L’économie de l’industrie musicale s’est profondément transformée au contact des technologies numériques. L’économie de la production et de la diffusion du cinéma et télévision est en plein bouleversement pour les mêmes raisons. Et le livre s’engage à grande vitesse dans le même genre de métamorphose.

Et on en parle peu. Trop peu. Et souvent de façon beaucoup trop superficielle — ou ponctuellement, comme ce soir, parce que le US Department of Justice fait entendre sa voix pour taper sur les doigts d’Apple.

Ça me fait soupirer.

Ça me fait soupirer parce que si ce qui se passe actuellement aux États-Unis dans le domaine du livre numérique est important, cela devrait aussi (surtout?) attirer notre attention sur les nombreux enjeux que cela soulève ici, pour les éditeurs, les auteurs, les libraires et les bibliothèques québécoises, pour ne nommer que ces quelques acteurs.

Ce serait bien aussi qu’on ne regarde pas qu’au sud — qu’on regarde ce qui se passe ailleurs qu’aux États-Unis, mais aussi en France, et en Europe en général. Qu’on essaie de comprendre pourquoi dans une majorité de pays membres de l’OCDE, il existe des lois ou des règlements pour encadrer de façon très précise le commerce des livres — pourquoi les prix du livre sont réglementés et qu’ils ne sont pas soumis aux mêmes taxes.

Pourquoi pas traiter une nouvelle comme cela, bien sûr :

Livre numérique : Washington poursuit Apple et des éditeurs

Mais ce serait bien de compléter l’analyse en abordant aussi les enjeux soulevés dans ces articles, par exemple :

ebooks : defending the agency model

Some big-six publishers refuse to sign new contracts with Amazon

Deux éditeurs refusent de reconduire leur contrat avec Amazon

Les ebooks Harry Potter redéfinissent les règles de l’édition, pourquoi?

Ce serait bon également de…

…comprendre les infrastructures qui sont en train de se mettre en place au Québec pour aider les éditeurs (et autres acteurs) à relever les défis du numérique et à prendre une part active dans la définition de ce nouveau marché — ici et sur la scène internationale.

…s’intéresser au rapport, fraîchement rendu public, du Conseil consultatif sur la lecture et le livre (dont j’ai le privilège de faire partie), qui s’est penché au cours des derniers mois à la fois à la question de la réglementation des prix et à celui du développement du marché du livre numérique.

…jeter un oeil aux rapports issus des vastes consultations pour lesquelles la Société de développement des entreprises culturelles (Porte grande ouverte sur le numérique, en pdf) et le Conseil des Arts et des Lettres (Projet @lon — Arts et lettres, option numérique).

…s’intéresser aussi aux notes d’analyse du Centre d’analyse stratégique du bureau du Premier ministre français sur les acteurs de la chaîne du livre à l’ère du numérique.

…et pourquoi pas également aux défis culturels et économiques qui entourent l’arrivée du livre numérique dans les bibliothèques publiques (aux États-Unis et au Québec, notamment).

Tout cela n’est pas complet, mais ce serait déjà un bon début… il me semble… pour commencer à comprendre…

Et pour le reste… il y a des dizaines de personnes disponibles pour compléter l’information, commenter, nuancer, contredire et débattre — parce que c’est ça qui est ça… c’est un secteur particulièrement vivant! Et c’est bien ça qui est passionnant!

 

Mise à jour — 12 avril, 9h30 — J’ajoute aux lectures importantes ce matin, cette lettre de John Sargent, PDG de Macmillan, poursuivi, comme Apple, par le US Department of Justice.

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