En faveur de la lecture

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Il y a eu plusieurs réactions au texte d’Antoine Robitaille dans Le Devoir du 18 février. Il faut s’en réjouir. J’ai également eu plusieurs commentaires à la suite de la publication de Un mouvement en faveur de la lecture.

Je retiens pour le moment de tout ça les pistes de réflexion suivantes :

  • J’ai un doute sur l’appellation «grands lecteurs» en opposition à «petits lecteurs». Il me semble que nous devrions imaginer une étiquette qui s’appuie davantage sur le type d’oeuvres lues, ou sur le type de lecture, plutôt que sur les lecteurs eux-mêmes. En athlétisme on parle bien de coureurs de sprints et de coureurs de marathons, et non pas de petits athlètes et de grands athlètes.
  • Il faut aussi tenir compte du fait qu’il y a des types de lecture: le survol et l’approfondissement — qui ne sont pas forcément opposés — au contraire même.
  • Cela dit, il faut reconnaître que les aperçus et les occasions de survoler des textes prolifèrent, et que l’idée de stimuler des lectures de fonds est importante, voire indispensable.
  • Il ne faut pas perdre de vue non plus que l’habileté à lire en profondeur, de faire de grandes lectures, prend naissance dans l’enfance, et que, pour cela, on insistera jamais assez sur l’importance «d’apprendre à lire tôt pour ensuite lire pour apprendre, longtemps», pour reprendre l’habile formule de Marc Saint-Pierre. Et, pour cette raison, la situation épouvantable dans laquelle sont la plupart des bibliothèques scolaires ne devrait pas nous laisser indifférents.

Je retiens aussi l’idée que:

  • Le mouvement désiré en faveur de la lecture passe inévitablement par les bibliothèques et les librairies, dont les activités s’inscrivent déjà, à l’évidence, dans une perspective de développement de la lecture, mais qu’il faudrait voir sortir plus régulièrement de leurs murs pour investir plus fortement la ville — par des moyens qui restent à imaginer, mais que nous sommes probablement mieux d’inventer avec elles, plutôt que de chercher à réinventer inutilement la roue.

Et si c’était le rôle des bibliothèques et des librairies que nous étions en train de re-découvrir? ou d’adapter à ce début de XXIe siècle.

* * *

Le Devoir a innové de belle façon avec sa page hebdomadaire Le Devoir de philo — peut-être pouvons-nous imaginer un nouvel espace destiné à stimuler la lecture; hors de la forme classique du cahier Livres (qu’il ne s’agit évidemment pas de remplacer: bien au contraire!).

Pour le centenaire du Devoir, nous avions eu droit à une très agréable série de portraits de lecteurs du journal. Pourquoi ne pas inviter, de la même façon, de «grands lecteurs» (avec toutes les réserves exprimées plus haut pour cette appellation) à présenter leur lecture du moment en prévoyant un espace sur le site du Devoir afin de permettre à ceux et celles qui le souhaitent d’approfondir, collectivement, cette lecture?

Des bibliothécaires et des libraires pourraient être mis à contribution dans cette page / cet espace, dans le but de suggérer des lectures complémentaires voire de les prolonger par des rencontres — et pour inviter les gens à fréquenter davantage ces indispensables lieux de culture.

Je lance ça comme ça…

4 commentaires

  1. Il faut absolument faire la promotion de la lecture aux parents. Un bibliothécaire ou un libraire ne devrait pas laisser un parent sortir avec seulement des livres jeunesse. Et ça doit commencer par les salons du livre. Par exemple en jumelant des activités enfant/adulte.

  2. Je pense que le salut de la lecture passera par la création et le maintien d’une « communauté » de lecteurs, concept quasiment absent chez les adultes, mais très fort chez les jeunes. J’ai toujours imaginé que les bibliothécaires et les libraires pourraient devenir les chefs d’orchestre de ces communautés. Malheureusement, dans les bibliothèque, on exige un silence infâme.

    Gardons le silence pour les salons funéraires, OK?

  3. Préjugé, Dominic : les salons funéraires sont des espaces d’échanges assez étonnants :)

    Grands lecteurs : l’expression se place dans le paradigme (j’ai écrit le mot, zut) des « grands » nostalgiques, ceux qui ne peuvent concevoir que le monde puisse fonctionner autrement (« les enfants écrivaient mieux dans mon temps »). Déjà, le lecteur-modèle de Philip Roth ne correspond à rien d’autre qu’à celui qui lit les livres qu’il écrit — les pratiques de lecture au XVIIIe siècle étaient bien différentes, et les grands lecteurs de Roth auraient été de bien petits lecteurs aux yeux des érudits des Lumières. Et tout ça étant dit en refusant de voir cette transformation comme une pente glissante, comme une dégradation. Ce n’est pas qu’on lit moins, mais sûrement qu’on lit autrement. Pire, mieux ? Sais pas. On lit en phase (ou avec un léger déphasage) les ouvrages que l’on écrit comme société. C’est simplement que la faculté propre à l’humanité (mémoire, patrimoine, culture, quel que soit le mot) accuse plus fortement le déplacement d’usages à travers les siècles.

    Bibliothécaires, libraires ? Il faudra qu’on laisse au personnel la marge de manœuvre pour le faire (ce n’est pas gagné) et qu’on souhaite que ces personnes le fassent (qu’on leur accorde la confiance nécessaire). Double condition, d’autant plus difficile à satisfaire.

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