Ah pis, tant pis…

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Ah pis, tant pis…

Je baisse les bras. Ce sera tellement plus simple de faire chacun pour soi.

C’est vrai, au fond, pourquoi se donner tout ce trouble, essayer de formuler un projet culturel collectif et organiser toute une industrie en conséquence? Chacun peut bien publier ce qu’il veut comme il veut sans s’embarrasser de lois et de règlements. Il y a tout plein d’outils gratuits sur le Web pour publier de façon autonome. Il faut les faire connaître davantage. Sans compter qu’avec moins d’intermédiaires, tout ça devrait coûter beaucoup moins cher. En numérique en plus, il n’y aura même plus à imprimer, à stocker, à distribuer… Et si ça coûte moins cher, il y aura forcément plus de gens qui liront. N’est-ce pas ça qu’on souhaite? Et du moment qu’ils lisent, ils pourront bien lire ce qu’ils voudront.

Quand on y pense bien, la culture québécoise se portera bien mieux quand tout sera publié gratuitement. À ce moment-là, même ceux qui lisent en anglais recommenceront à lire des textes écrits par des auteurs d’ici, en français, parce qu’ils seront beaucoup moins chers. Ce sera gratuit. Ce sera merveilleux.

La culture sera enfin libre.

Au début, il y a des éditeurs et des auteurs qui vont trouver ça difficile, c’est sûr. Des libraires aussi parce que ce n’est plus très clair à quoi ils serviront. C’est un changement de paradigme, c’est normal. Ça fait trop longtemps qu’on refuse de l’admettre: c’est à une révolution qu’on fait face, alors ce n’est pas le moment de s’accrocher au passé. Ceux qui ne sauront pas s’adapter seront remplacés par d’autres. C’est pas pire que ça. Sans compter que de cette façon on va enfin pouvoir arrêter de subventionner des gens qui écrivent des livres que personne ne lit ou qui font la traduction d’auteurs inconnus. Il faut se rendre à l’évidence: on a plus les moyens de faire ça. Il est urgent d’adapter le modèle québécois en culture aux réalités de notre temps.

C’est un peu dommage, quand même, parce que c’était un beau projet auquel on travaillait depuis quarante ans — quand on y pense…

Assurer l’existence d’un réseau de bibliothèques publiques et de librairies partout sur le territoire québécois, dans toutes les régions, dans toutes les grandes villes, dans le but de permettre une diffusion efficace aux oeuvres des auteurs d’ici et d’ailleurs à l’intention de tous les Québécois — en essayant d’assurer de cette façon un revenu décent à ceux et celles qui consacrent leur vie à cultiver notre imaginaire et à témoigner de ce que nous sommes ailleurs dans le monde.

C’était un beau projet, mais ce n’est ni le premier, ni le dernier qu’il nous faudra abandonner dans cette période d’austérité — alors, autant s’y faire. De bon coeur, acceptons de nous consacrer à un projet plus simple, plus abordable, plus réaliste: réduire les prix des livres.

Ça manque un peu de perspective et de grandeur, c’est sûr, mais c’est tellement plus simple à expliquer, et tellement plus facile à évaluer. Ce qu’on va perdre en ambition on va le retrouver en efficacité, c’est sûrement mieux ainsi. Tout le monde peut comprendre ça — surtout dans le contexte actuel. Et peut-être que ça nous permettra de parler du prix des livres aux bulletins de nouvelles, comme on parle du prix de l’essence: ça offrira encore un peu plus de visibilité à la littérature, qui en a bien besoin.

Il faut s’en réjouir, vous ne croyez pas?

Non? Mais alors quoi?

Sérieusement: moi non plus je n’ai pas envie de m’en réjouir. Je rage.

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