Belle soirée pour se parler

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J’ai participé ce soir à la première assemblée publique du mouvement Faut qu’on se parle, au Musée de la civilisation, à Québec. J’avais exprimé il y a quelques jours mon opinion initiale sur la démarche proposée.

Le grand hall du musée était rempli de tables autour desquelles une dizaine de chaises étaient disposées. Il y avait aussi sur chaque table une tablette numérique afin de permettre aux participants de transmettre des propositions et de répondre, très simplement, à quelques questions.

C’était salle comble. Je dirais autour de 300 personnes. Une belle foule, plus diversifiée que dans bien d’autres assemblées de ce type. Des hommes et des femmes de tous les âges, et de plusieurs milieux — il m’a semblé, du moins. Des gens volontaires, généreux de leurs idées et de leur parole. Les échanges ont été riches.

Quelques observations:

  • Gabriel Nadeau-Dubois a posé ainsi, d’entrée de jeu, le contexte de la démarche:

«On est bon nous, les progressistes, pour dire ce contre quoi on est, mais il faut bien reconnaître qu’on a souvent moins de réponses quand c’est le temps de proposer des choses concrètes… c’est pour quoi on est surtout à la recherche, ce soir, de propositions et de solutions pour débloquer le Québec».

Il y est revenu en conclusion:

«Cette démarche est nécessaire parce qu’il faut se réapproprier la politique, ne pas se contenter de laisser les chefs de partis parler en nom. C’est un scandale de laisser dormir le potentiel du Québec comme on le fait actuellement.»

  • Comme les intérêts manifestés par les participants au moment de leurs inscriptions portaient sur le climat, la démocratie et l’éducation, c’est autour de ces trois thèmes que se sont essentiellement déroulés les échanges.
  • À certains moments, on sentait très bien les points de vue des animateurs du mouvement. Je n’ai pas trouvé cela négatif, mais ce n’est pas neutre non plus.
  • Pas moins que 669 courtes propositions ont été soumises sur les trois thèmes au terme de 45 minutes de travail en ateliers. C’est impressionnant. Une synthèse préliminaire en a été fait au fur et à mesure des échanges afin de permettre une première rétroaction dans la deuxième partie de la soirée.
  • Il faut malheureusment reconnaître que la salle n’était finalement pas aussi diverse qu’elle en avait l’air à première vue. Des participants ont déplorés au cours des échanges — l’absence des nouveaux arrivants, des ouvriers… «et de ceux et celles qui ne pensent pas comme nous». Ce n’est pas banal, et ça restera un défi important pour le mouvement.
  • Je ne reviendrai pas spécifiquement sur chacun des thèmes abordés ce soir — d’autant que Faut qu’on se parle produira sans doute une forme de résumé au cours des prochaines semaines. À suivre.
  • Je ne peux toutefois pas m’empêcher de déplorer qu’on a encore associé à l’éducation une dimension purement institutionnelle. Parler d’éducation, c’est beaucoup plus que de parler de l’école, des CPE et de l’université. Ce doit aussi être l’occasion de parler de toutes les occasions d’apprendre que nous offre (et de plus en plus) la société, en dehors de l’école. Ça me semble particulièrement important dans le cadre une démarche qui se veut aussi ouverte à de nouvelles perspectives. Cette distorsion m’a donné envie de réactualiser certaines réflexions sur ce qui distingue l’économie du savoir de l’économie apprentissage.
  • Au sujet de la démocratie, les échanges me sont apparus un peu plus conventionnels. Où j’étais peut-être juste un peu moins attentif. Je lirai donc avec intérêt ce que d’autres en rapporteront peut-être.
  • Au sujet du climat, il a évidemment beaucoup été question d’aménagement du territoire, de transport en commun et d’électrification des transports. Des enjeux extrêmement importants, que nous n’avons pu que survoler — mais tout de même assez bien, il me semble, compte tenu du temps dont nous disposions.
  • De façon générale, et en particulier quand il était question d’environnement, j’ai trouvé que les solutions proposées reposaient malheureusement encore trop souvent sur l’instauration de nouvelles taxes. Il va vraiment falloir qu’on se défasse de ce réflexe si on ne veut pas systématiquement amener nos réflexions dans une impasse. Se contenter d’ajouter des taxes, c’est le degré zéro de l’innovation. On devrait notamment se demander, pour chacun des thèmes, de quelles façons les technologies numériques pourraient nous permettre d’aborder autrement certains des enjeux.
  • Concernant le statut du Québec, une participante a demandé à Jean-Martin Aussant si l’indépendance devait, à son avis, se faire à gauche, à droite ou ni l’un ni l’autre. Sa réponse m’a semblé très bonne:

« Ni l’un ni l’autre… forcément… parce que c’est seulement l’indépendance qui nous permettra de faire démocratiquement le choix de se doter d’un gouvernement plus à gauche ou plus à droite. Actuellement, ce choix nous est largement imposé par un gouvernement qu’on ne contrôle pas.»

***

Une réflexion à poursuivre:

Au terme de tous ces échanges, la question qui me reste en tête a été soulevée par une autre participante, dans la troisième partie de la soirée:

«Comment on aborde, à partir de maintenant, la question du courage politique? Parce qu’il faudra beaucoup de courage pour réaliser les idées qu’on évoque ce soir?

Il est urgent se demander qu’est-ce que c’est le courage politique? Comment ça se développe? Comment on peut porter au pouvoir ce courage?

À défaut de quoi on n’arrivera à rien.»

Ça m’apparaît effectivement une question déterminante pour la suite des choses — pour que toute cette démarche ne se termine pas simplement comme une initiative parmi tant d’autres.

Parce que, comme l’a dit Gabriel Nadeau-Dubois en toute fin de rencontre:

«Faut se parler, oui, mais il faut aussi se mettre à l’action.»

Alors, c’est quoi pour vous, le courage politique, en 2016?

***

Je souligne en terminant à quel point l’organisation a été remarquablement efficace: l’accueil, la disposition de la salle, les équipements, la gestion du temps.

Un très grand bravo à l’équipe de Faut qu’on se parle et à celle du Musée de la civilisation. Pour une première, c’était vraiment géré de main de maître.

J’ai passé une très très belle soirée.

Et je suis maintenant très curieux de voir ce qui va émerger des prochaines rencontres et comment — à quel rythme, et avec quelle efficacité — d’autres mouvements (et les partis politiques) pourront s’en inspirer.

2 commentaires

  1. à moins que ce ne soit un autre parti dit « progressiste », ou de « gauche »…

    —–

    quelques questions :

    comment s’énoncerait un programme prônant carrément la décroissance, un meilleur partage du travail, une réduction de la semaine de travail qui ne soit pas une pénalisation économique, un apprentissage de la gestion de notre temps de loisir ( un des objectifs d’une véritable politique d’éducation ), un passage vers une véritable société de loisir ( par opposition à une politique de développement d’une industrie du loisir, équivalente à « du pain et des jeux » )…

    une véritable écologie est incompatible avec une société sous la gouverne d’un parti néo-libéral

    malheureusement, tout ce qu’on semble proposer ne remet pas en question l’économie politique d’un régime néo-libéral

    mieux définir le bien commun : la santé et l’éducation sont des biens communs, tout comme l’eau et l’air, qu’on devrait exclure d’une gouvernance de type privé

    aussi… les retraites devraient être universelles, proportionnées à ce qu’on y a contribué, à l’abri de toute activité spéculative

    je doute qu’on retrouve de telles propositions dans le cadre de cette initiative

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