Le monde de l’improbable

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La politique est un univers où les événements les plus improbables peuvent jouer un rôle déterminant dans le cours des choses. On l’a souvent dit: «six mois en politique, c’est une éternité». J’ai toujours vu dans ça une source d’espoir: même quand tout semble bloqué, il peut encore se passer quelque chose.

Se passer quoi? Allez savoir… puisque c’est la nature même de l’improbable!

C’est un peu ce qui s’est passé hier soir à Lévis avec l’élection de Jean-François Lisée.

J’aime profondément ces moments où le contexte change subitement. Où tout le monde doit soudainement s’adapter à des conditions radicalement différentes. Ça nous force à nous réinventer, à aborder les choses différemment — à se serrer les coudes, à revenir au jeu de base, à nos convictions, à ce qui nous anime vraiment.

Dans le nouveau contexte, ce ne sont pas les mêmes habiletés qui sont les plus précieuses et ce ne sont pas les mêmes façons de travailler qui sont les plus efficaces. Nos points de repères changent. L’imprévisible reprend aussi ses droits. Il faut accepter d’entrer progressivement dans autre chose.

La politique est une course à relais. Ce qui est une force à un moment donné peut devenir une faiblesse, et inversement. Chacun doit jouer son rôle au moment opportun.

Dans ces moments là, le leadership doit s’appuyer sur une lecture particulièrement clairvoyante de ces changements.

Dans ces moments-là, il faut être reconnaissant pour celles et ceux qui nous ont permis d’accomplir des avancées dans les phases précédentes.

Mais dans ces moments-là, je crois qu’il faut surtout ouvrir la voie à de nouvelles façons de faire. Parce que l’adaptation est indispensable. Parce qu’il faut impérativement aborder les choses différemment.

Et c’est là que je pense que l’exceptionnel talent de Paul Saint-Pierre-Plamondon pour la pédagogie politique pourra jouer un rôle important.

***

Il y a trois ans, j’ai noté ceci dans mon journal personnel:

8 octobre 2013
Dans Le Devoir d’aujourd’hui Michel David évoque une rumeur selon laquelle PKP envisagerait/se préparerait à se lancer en politique avec le PQ. Ça changerait tout.

On connaît la suite. Il s’en est passé des choses en 36 mois…

Aujourd’hui, avant même d’avoir relu la note ci-dessus (faut me croire!), j’ai écrit ceci:

8 octobre 2016
Hier soir Jean-François Lisée a été élu chef du PQ. Ça change tout.

L’improbable est encore venu bouleverser la réalité. On se prépare encore à entrer dans autre chose.

On voit bien que ça ne donne pas forcément toujours les résultats souhaités.

N’empêche, ça me redonne encore espoir… et le goût de me retrousser les manches encore un peu plus. Ce n’est pas banal.

***

En complément, je vous invite à lire la lettre que j’ai cosignée hier après-midi avec les seize autres présidentes et présidents régionaux du Parti Québécois:

Les présidentes et présidents régionaux appellent au ralliement | 7 octobre à 17h

3 commentaires

  1. L’espoir d’un avenir meilleur, c’est le défi que nous devons attaquer. Nous avons le chef qu’il nous faut pour se faire, il nous suffit de s’impliquer à ses cotés sans réserves et avec toute notre volonté de réussir.

  2. Vous avez un beau discours, mais je ne me rallie pas à J-F Lisée. Mon unique choix était Martine Ouellet. La seule candidate qui a donné ses vraies couleurs et qui a gardé en tête le but ultime du PQ de devenir un pays. Après 30 ans d’espoir et de travail pour le PQ je n’ai plus envie de parler, parler de l’indépendance. Si je comprends bien le résultat du vote les membres du parti ont encore peur de dire les vrais engagements du parti. Je respecte leur choix en votant Lisée, et nous verrons en 2018 ce que ça donne d’avoir peur, nous battons de l’aile…Il n’y aura pas de question référendaire en 2022.

  3. @Thérèse Gagnon : mon unique choix était aussi Martine Ouellet. Je partage votre appréciation de la transparence de celle-ci, de même que vos doutes sur une possible question d’indépendance effective dans le mandat de 2022. Je me permets cependant d’ajouter ici mes modestes réflexions, en complément à celles que j’avais faites à propos des raisons de mon unique vote pour Mme Ouellet, là: https://remolino.qc.ca/2016/10/03/voter-simplement/#comment-5459

    Dans son discours, M. Lisée a tendu la main à l’ensemble des personnes (et partisans) de la course, ce dont on pouvait s’attendre de n’importe quelle personne dans cette course qui aurait été élue à la chefferie. Il a aussi eu des mots pour les insatisfaits d’autres parties, ce qui est plus propre à la cohérence de la position qu’il avait défendue. Mais c’est toujours dans l’ordre des choses dont on pouvait s’attendre. Pas trop de surprises, là. De la politique.

    À mon sens, l’idée la plus rassembleuse, et potentiellement la plus porteuse quoiqu’elle semble avoir été peu remarquée, dans son discours M. Lisée l’a formulé à 2:17:14 de https://www.youtube.com/watch?v=roB_vlDgq-M . Il s’adressait aux jeunes du parti, mais à mon sens il faut le prendre au sérieux en élargissant, et en reliant ça avec ce qu’il disait plus tôt dans son discours en citant, sans le nommer, Pierre Bourgeault qui parlait d’être «fidèle à nos rêves de jeunesse» (à 2:15:55 du vidéo). Dans ce passage, qui est pour moi l’essentiel s’il le prend vraiment au sérieux, il disait qu’il faut «déranger, y compris le nouveau chef, entendez-vous!?».

    Je répète pour ne pas tromper qu’il parlait là de l’aile jeunesse, mais qu’il avait aussi un peu plus tôt laissé entendre que l’âge n’était PAS tant une question, en citant sans le nommer Pierre Bourgault qui parlait de «rester fidèle à ses rêves de jeunesse».

    Ce passage de son discours ne semble pas avoir eu beaucoup d’échos dans les médias jusqu’à maintenant, mais ça me semble le plus important pour sonder la suite des choses.

    M. Lisée a dû prendre un certain plaisir à écrire son (propre) discours. Et il a dû le prendre au sérieux. À nous, d’aussi le prendre au sérieux, dans ce passage.

    Mon engagement, s’il en est, n’est pas pour un parti, mais pour une cause : l’indépendance, et elle seule. Et j’en ai assez que le PQ puisse prendre les indépendantistes «en otage» pour des élections de la «dernière chance» depuis si longtemps (voir mon précédent commentaire – https://remolino.qc.ca/2016/10/03/voter-simplement/#comment-5459 ). La position de Lisée est à son départ, il dit vouloir rassembler les «irréductibles» de l’indépendance et les personnes qui ont peur d’un référendum en promettant qu’il n’y en aura pas un dans un prochain mandat. Je suis de ceux qui pensent qu’il se met dans une position tragique de non seulement éviter les gouffres de Charybde et Scylla, mais d’aussi devoir tenter de leur envoyer ses sirènes pour séduire autant les deux parties.

    Je trouve ça téméraire. Mais qui suis-je pour ne pas au moins voir l’audace d’une majorité de membres de l’équipage ? Avant de prendre une autre embarcation lorsque le gouvernail semble tendre vers des récifs, j’ai envie de voir s’il pensait vraiment ce qu’il disait en énonçant dans son discours qu’il faut «déranger, y compris le nouveau chef».

    Je vais regarder avec beaucoup d’intérêt pour ma confiance (ou non) en la suite, la place qu’il va accorder à Martine Ouellet. Sachant qu’il peut faire vite volteface, je vais aussi regarder comment il évolue jusqu’aux positions tangibles de 2018.

    Mais dans un premier temps, je crois qu’il faut laisser le temps de voir les horizons qu’il retient. D’ici 2018, il y aura tout le temps pour aller ailleurs autrement et dénoncer les dérives de ce navire.

    Comme partisan de Martine Ouellet, j’apprécie beaucoup sa constance et sa transparence. On présente parfois ses convictions profondes comme de l’entêtement ou même de la «tête de cochon». Pour moi, je n’ai pas de problème avec ça. C’est les girouettes, qui m’inquiètent le plus. Ça tient même de la qualité. S’il y en avait eu plus de personnes «entêtées» comme elle, on aurait mieux évité des dégâts à notre environnement. S’il y avait plus «d’entêtées» comme elle, les lobbys seraient moins puissants dans les conseils des ministres. Son «entêtement», c’est la détermination à «rester fidèle à ses rêves de jeunesse». Cela est tout à son honneur. Et j’espère que M. Lisée se souviendra des mots qu’il a lui-même mis dans son discours.

    On dit Madame Ouellet «entêtée», et je crois que c’est une qualité – celle qui croit en ses rêves de jeunesse. Je ne la connais pas personnellement et je ne suis qu’un simple membre. Mais je me dis que ce serait peut-être ne pas l’honorer de quitter le PQ trop rapidement. Cette vision doit avoir ses appuis au sein du parti. Sa détermination devrait nous inspirer un indéfectible support, au moins tant et si on lui donne des coudés franches au sein du parti (y compris lorsque des lobbys pétroliers font pression sur un ministre des finances face à elle).

    Si cela ne marche pas, si ce n’est pas en cela que croit M. Lisée, on le verra venir et d’ici 2018 il sera toujours loisible de mettre les efforts ailleurs. La transition pourrait même se faire très rapidement. On peut même déjà être membre en parallèle d’un autre parti. Mais dans un premier temps, pourquoi ne pas donner une chance au PQ d’affronter Charybde et Scylla, puisque c’est ce que les membres ont voté à leurs risques et périls ?

    (Enfin, je dis ça, mais je serai peut-être l’un des premiers à décrocher si je ne sens pas, à tort ou à raison, que JFL prend au sérieux qu’il faut «déranger, y compris le nouveau chef»).

    Patrice

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