Macron et la politique québécoise

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J’ai fait référence il y a quelques jours au texte d’Alec Castonguay sur la fin des partis politiques. Il continue de me trotter dans la tête. Et il me semble prendre une importance renouvelée au regard des résultats du premier tour de l’élection présidentielle française.

La victoire spectaculaire d’Emmanuel Macron, à la tête d’un mouvement inexistant il y a à peine plus d’un an nous force à réfléchir. C’est en rejetant les familles politiques qui ont monopolisé la politique française que Macron a réussi à s’imposer… et à être le plus efficace pour bloquer la montée de l’extrême-droite (du moins jusqu’à présent). Qu’on apprécie ou pas Macron, il faut constater le succès de sa démarche iconoclaste (qu’elle soit réelle, ou simplement perçue comme telle).

Est-ce que cela valide l’hypothèse de la fin des partis politiques, comme je l’ai lu à quelques endroits plus tôt aujourd’hui? J’ai de gros doutes. Mais je pense que les partis politiques ont néanmoins intérêt à tirer rapidement des leçons de cette journée qui aura vu s’écrouler en même temps les véhicules historiques de la gauche et de la droite.

Partout en occident les exemples se multiplient à l’effet que les citoyens sont tannés d’être pris en otage de duels partisans dont ils se sentent exclus. Avec pour effet que les résultats des élections deviennent de plus en plus imprévisibles. Et je pense que c’est tant mieux. On aura d’ailleurs probablement besoin de quelque chose de ce type ici aussi pour ouvrir enfin un nouveau cycle.

Partout, les rapports de force politiques semblent être en train de se redéfinir en dehors des paramètres traditionnels: de l’axe démocrates-républicains, de l’axe gauche-droite et, plus près de nous, de l’axe souveraineté-fédéralisme. Non pas parce que ces points de repère sont désuets, ou même moins importants, mais parce que les gens revendiquent de nouvelles trajectoires pour sortir de l’impasse et cela suppose qu’ils adoptent un regard différent sur les enjeux les plus urgents (quitte à en délaisser temporairement quelques autres).

Qu’est-ce que le Parti Québécois devrait retenir de ça?

Probablement que ce n’est pas seulement en resserrant quelques boulons et en posant quelques gestes stratégiques ponctuels qu’il sera possible de gagner la prochaine élection. Ni même en adoptant un nouveau programme — à moins qu’il comporte des de changements importants qui seront aisément perceptibles par la population. Du nouveau à la marge ou des nuances ne suffiront pas à faire bouger les lignes.

Il va falloir se retrousser les manches et oser des changements peut-être encore plus rapides et plus profonds que ceux qu’on a évoqués jusqu’à présent. Il va falloir identifier quelques sujets particulièrement déterminants (mes suggestions) et, exercer un leadership fort et innovateur à leur sujet — en évitant de se laisser distraire par la joute parlementaire (à laquelle les gens ne croient plus) ainsi que les pièges médiatiques qui l’accompagnent.

La convergence avec Québec Solidaire peut bien sûr être un élément transformateur important de l’espace politique, mais on ne pourra certainement pas non plus se limiter à ça, ni même conditionner trop fortement notre plan d’action aux décisions des militants d’un autre parti politique.

De mon point de vue, à partir de maintenant la question clé qui devrait nous occuper est  la suivante:

Est-ce que le Parti Québécois offre  actuellement une perspective de changement en profondeur de l’espace politique à partir de 2018?

Si oui, de quelle façon, très concrètement?  Et comment nous assurer que ce changement soit clair pour tout le monde? 

Si non, que doit-on faire pour que ce soit le cas, rapidement? Parce que le temps presse…

À défaut de pouvoir répondre clairement à cette question, je crains que l’élection de 2018 ressemble beaucoup à celle de 2014 —  alors que je rejette cette idée de toutes mes forces.

J’espère que le rapport final de Paul Saint-Pierre-Plamondon pourra alimenter la réflexion en ce sens…

…et que ceux et celles qui croient aussi qu’il faut accélérer le pas dans cette direction se manifesteront dans les prochaines semaines.

PhotoOeuvre de Hans Tan, vue au Cooper-Hewitt Museum, en mai 2016.

4 commentaires

  1. L’article de Castonguay a un équivalent dans le Monde Diplo (même titre, malheureusement derrière un mur payant) plus spécifique au contexte Macron: https://www.monde-diplomatique.fr/2017/04/POPELARD/57377

    L’article souligne à quel point Macron a en fait bénéficié de plusieurs « machines électorales ».

    Ceci dit, le point central, à mes yeux, dans ces articles, n’est pas la disparition des partis politiques mais la fragmentation des opinions: les électeurs ne souscrivent plus à une vision d’ensemble ou une philosophie politique. Ils (nous) sont polarisés par des sujets.

    Le problème, c’est qu’en se concentrant sur des sujets très spécifiques, ça facilite la manipulation (https://scout.ai/story/the-rise-of-the-weaponized-ai-propaganda-machine) tout en éclipsant complètement des sujets de fonds. Certains diront que cela a toujours été le cas en politique, j’ai vraiment le sentiment que cet aspect s’amplifie.

  2. Je crois qu’il faut se distancer du Brexit. Celui-ci est perçu comme un replis sur soi. L’indépendance du Québec doit être vue au contraire, comme une sortie du carcan fédéraliste pour exprimer sa diversité sur l’ensemble de la planète. Pour le Québec, le Canada est trop petit. La planète est à sa juste mesure.

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