Voiture autonome: il faut plus d’enthousiasme!


Le Soleil de ce matin reprend des textes publiés hier dans La Presse au sujet du développement de la voiture autonome. On y sent bien l’effervescence des scientifiques, des programmeurs et du monde économique. Alors que du côté des pouvoirs publics, on sent plutôt une très grande prudence (on pourrait même dire une certaine réserve). Je pense que c’est une erreur.

Vu l’importance de l’automobile dans l’aménagement et le fonctionnement de nos villes, le fait que les voitures pourront bientôt être programmées (et accumuler de l’information et apprendre de leurs déplacements) dépasse largement le fait qu’elles seront éventuellement conduites sans intervention humaine directe. Le potentiel est bien plus grand: planification des déplacements, optimisation des flux de circulation, amélioration du rendement énergétique, diminution de la pollution, meilleur partage de la flotte automobile (notamment par le partage), etc. C’est une transformation en profondeur de notre rapport avec la ville et la façon de s’y déplacer qui se prépare. Et ce n’est en rien contradictoire avec l’amélioration des transports collectifs, bien au contraire!

Les pouvoirs publics doivent être des acteurs de premier rang dans cette révolution!

Et le Québec est extraordinairement bien placé pour pouvoir en profiter! Avec des expertises de pointe dans la visualisation, dans l’intelligence artificielle et dans les jeux vidéo (ben oui, quoi?). De l’électricité à profusion aussi (il en faudra, et pas que dans les véhicules, dans le mobilier urbain aussi, qui devra échanger continuellement avec les véhicules). Et même un environnement légal avant-gardiste!

Pourtant, dans la série d’articles de La Presse, un porte-parole du ministère des Transports du Québec indique qu’on est «vraiment en mode observation pour voir ce qui va se passer». Je l’ai dit le 9 janvier, et je le répète aujourd’hui: ce n’est pas la bonne attitude! Il ne faut pas laisser passer cette chance et restant de simples spectateurs.

Il faut bouger rapidement: le Québec doit prendre l’initiative — comme il l’a fait pour le jeu vidéo, il y a vingt ans, et pour l’intelligence artificielle, plus récemment.

Qu’est-ce ça peut vouloir dire, concrètement? J’évoquais quelques idées dans mon texte du 9 janvier.

4 commentaires

  1. Tu touches un point central de la philosophie du parti de M. Couillard. Rappelons-nous qu’il a dit en chambre:  » J’ai été formé (médecin) à prendre actions, lorsqu’Il y avait un malade dans la pièce ».

    La prévention, c’est pour d’autres.

    Alors voulons-nous un état stratégique, qui anticipe les tendances, qui met en place des conditions favorables à l’émergence de nouvelles façons de faire (comme M. Landry l’a fait avec l’industrie des jeux vidéos) ou un état passif qui se contente de réguler les excès et de balancer les colonnes de chiffres?

  2. Bien d’accord avec toi, Clément.

    En fait, c’est comme si l’épisode difficile qu’a connu le gouvernement récemment avec l’arrivée d’Uber ou d’AirBnb (pour ne nommer qu’eux) n’avait servi strictement à rien. Les pouvoirs publics n’apprennent pas de leurs erreurs ni de leurs négligences passées. Ce qui est d’autant plus inquiétant dans ce cas-ci, que la voiture autonome nous arrivera comme une déferlante plus vite qu’on ne le pense.

    Les pouvoirs publics ont oublié au cours des dernières décennies de poursuivre le développement du bien commun. On se limite au rôle de gestionnaire-comptable des services publics. Les libéraux ne sont pas les seuls à pécher de cette manière; le PQ a beaucoup donné aussi dans cette façon de faire.

    Le gouvernement ne doit pas laisser le dossier des voitures autonomes prendre la poussière. Les voitures les plus récentes peuvent mesurer, communiquer et accumuler toute une série d’informations sur l’automobile : position GPS (donc trajets, habitudes de déplacement), données mécaniques, données de conduite (vitesse, accélération, freinage, etc.). Plutôt que de favoriser l’utilisation de ces infos à des fins publics (en open data, genre) pour soutenir la planification du transport urbain, plutôt que de favoriser l’essor d’un transport connecté et intelligent, plutôt que de soumettre dès aujourd’hui à son contentieux l’examen de l’utilisation commerciale de toutes ces informations privées, nos pouvoirs publics désertent leur responsabilité pour laisser champ libre au privé. Les constructeurs et les compagnies d’assurance établissent les règles et moulent la voiture connectée en fonction de leur priorité d’affaires. Le bien commun devra attendre.

    Attendre quoi ? Notamment la pression de lobbies. Lorsque les syndicats verront le travail des chauffeurs considérablement modifié; lorsque certaines compagnies d’assurance refuseront les clients qui ne voudront pas d’un mouchard dans leur voiture; lorsque les cies d’assurance ou les constructeurs voudront des interventions réglementaires. Bref, le pouvoir public, plutôt que d’être le fiduciaire responsable du bien public , plutôt que faire preuve de leadership et de vision, se limitera encore une fois, comme il arrive trop souvent, à jouer un pâle rôle d’arbitrage entre les lobbies.

    On est bien loin d’un développement éclairé.

  3. @Yves: c’est un très bon résumé… Souhaitons néanmoins un réveil pas trop tardif.

  4. Je ne suis pas très optimiste. Regarde juste la question de l’I.A. Le gouvernement du Qc se pète les bretelles devant l’émergence de cette belle grappe industrielle. Il encouragera la création de startups, fera la promotion des opportunités, financera des missions pour mettre en valeur cette grappe. Mais pensera-t-il à mettre à profit cette nouvelle science au bénéfice de la gestion du « bien commun »? Favorisera-t-il de nouvelles façons de faire au sein du gouvernement? Des startups pour brasser les usages gouvernementaux?

    Le gouvernement encourage les entreprises à prendre le virage numérique, mais reste en superficie lorsqu’il est temps de penser le sien.

    Je trouve ça d’autant plus décourageant que le QC profite d’un milieu numérique hautement foisonnant et mature. Il y a une dichotomie incroyable.

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