L’égalité, pourquoi?

Soirée de lecture. Trois numéros du New Yorker et plusieurs textes sur des sujets très variés que j’avais mis de côté au cours de la semaine (merci Instapaper!).

Les vœux de Normand Baillargeon pour 2018, dans Voir, m’ont beaucoup intéressés:

Éducation: une commission Parent 2.0

Politique: un mode de scrutin proportionnel

Art: à l’abri de la rectitude politique

Économie: plus d’égalité, pour la démocratie

Littérature: un Nobel québécois — et pourquoi pas Michel Tremblay?*

Son souhait en faveur de plus d’égalité a particulièrement attiré mon attention parce qu’il fait écho à un autre des textes que j’ai lu dans le New Yorker: Feeling low (titre de la version imprimée) ou The Psychology of Inequality (titre de la version en ligne).

Elizabeth Kolbert y explore les impacts psychologiques associés aux inégalités économiques à partir d’exemples et d’un survol de nombreuses études.

Les conclusions de la plupart des études qu’elle cite montrent bien que les inégalités ont des impacts psychologiques négatifs sur les plus pauvres (on s’en doutait), mais surtout qu’elles n’ont aucun impact positif pour les plus riches (ce qui est un peu moins évident).

«…the experiment also suggests a larger, more disturbing conclusion. In a society where economic gains are concentrated at the top—a society, in other words, like our own—there are no real winners and a multitude of losers.»

«Inequity is, apparently, asymmetrical. For all the distress it causes those on the bottom, it brings relatively little joy to those at the top.»

Le texte rappelle aussi que les inégalités ont non seulement des impacts individuels importants, mais aussi des effets sur la perception générale que nous avons de l’état de la société dans laquelle nous vivons:

«In terms of per-capita income, the U.S. ranks near the top among nations. But, thanks to the growing gap between the one per cent and everyone else, the subjective effect is of widespread impoverishment.»

Elizabeth Kolbert nous invite en terminant à analyser sous cet angle les effets des réductions de taxes et d’impôts — en prenant exemple sur celles que vient de décréter Donald Trump:

«Supporters insist that the measure will generate so much prosperity that the poor and the middle class will also end up benefitting. But even if this proves true—and all evidence suggests that it will not—the measure doesn’t address the real problem. It’s not greater wealth but greater equity that will make us all feel richer.»

On est donc pas ici dans la poursuite de l’égalité sur la base d’un principe, mais plutôt de façon très utilitaire, comme une façon d’assurer une plus large atteinte du bonheur — tant chez les plus riches que chez les plus pauvres.

Cela s’ajoute à la dimension démocratique que soulève Normand Baillargeon dans son texte:

«Si vous avez de trop grandes inégalités, il vient en effet un moment où, à proportion, vous n’avez plus de substantielle démocratie, puisque celle-ci suppose que des gens échangent, se rencontrent, ont entre eux des liens et partagent des intérêts communs, qui les unissent.»

***

La perspective psychologiques sur les inégalités économiques m’a par ailleurs permis de mieux comprendre, je pense, la place de la «crise de santé mentale» dans les repères fondamentaux de l’Initiative — nouveau parti politique suédois auquel j’ai fait référence il y a quelques jours.

* Mise à jour du 14 janvier à 8h30: Il est amusant de constater qu’il est aussi question du Nobel de littérature dans Le Soleil de ce matin, évoquant Marie-Claire Blais comme «la plus nobélisable de nos écrivains».

One comment

  1. En venant de la discussion précédente, je suis totalement d’accord qu’il faut poursuivre l’égalité d’opportunités de réussite, l’accessibilité aux services (pas assurée seulement avec le concept égalité tout court), l’équité dans la façon de traiter tous les citoyens et la quête pour combler les besoins de base : par exemple, bon état de santé physique et mentale, éducation de qualité pour tous comme source de libération, creation et accès à des emplois de qualité.

    En favorisant une bonne qualité de vie pour les citoyens, on augmente les probabilités qu’ils sentent un état de bien-être, mais je pense encore que le bonheur n’est pas un concept mesurable et il est intime.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s