Reprendre l’initiative

J’ai pris le temps dans les derniers jours de mettre par écrit quelques réflexions post-électorales. Je sentais le besoin de le faire et tant mieux si ça a pu intéresser d’autres personnes.

C’est probablement le temps de passer en mode proposition, pour commencer à imaginer la suite — en mode remue-méninge, pour susciter la discussion.

***

Au moment d’essayer d’imaginer ce que doit être la suite pour le Parti Québécois, je pars de quelques hypothèses:

  1. Une grande partie de la population est consciente que les enjeux les plus déterminants pour le Québec ont une forte dimension internationale.
  2. Malgré cela, la dynamique politique québécoise s’est progressivement enlisée dans une perspective de plus en plus provinciale.
  3. Au point où les partis politiques passent maintenant l’essentiel de leur temps à se définir les uns par rapport aux autres — à se trouver une place sur l’échiquier — plutôt qu’à agir de façon cohérente, en fonction d’une vision claire de l’avenir du Québec.
  4. Cette absence de cohérence est bien sentie par la population, qui se désintéresse de plus en plus de la joute partisane, abandonnant particulièrement les partis qui leurs semblent les plus incohérents — même si leur programme est, en théorie, très bon.

Je pense que c’est largement ce qui explique les résultats obtenus par le Parti Québécois le 1er octobre. On s’est un peu fait dire: «très bon programme, mais vos actions et vos stratégies ne sont pas cohérentes avec ce que vous dites: trop d’opportunisme, pas assez de courage».

Un exemple, polémique, peut-être? La présence du crucifix à l’Assemblée nationale. La cohérence avec les principes qui guident notre programme amènerait indéniablement à le retirer du Salon bleu pour le placer ailleurs, dans une perspective patrimoniale, comme le suggérait d’ailleurs la Commission Bouchard-Taylor. Mais plutôt que de miser sur la cohérence, nous avons adopté une perspective clientéliste, en sous-estimant l’impact que cela aurait sur la perception que les électeurs ont de notre parti.

C’est la raison pour laquelle je crois que pour la suite, il nous faudra plus de cohérence et moins de calculs politiques. Ce qui veut dire arrêter de se définir par rapport à Québec Solidaire et aux autres partis politiques. Il faudra mieux définir notre vision, définir un plan d’action pour l’incarner et agir en conséquence.

***

Parmi les éléments de vision les plus essentiels, il y a la reconnaissance de la dimension internationale des enjeux auxquels nous faisons face et de leur complexité. Il faut vraiment arrêter de proposer des solutions simplistes à des problèmes complexes.

Parmi les valeurs fondamentales du plan d’action qui doit accompagner cette vision, une place centrale doit être faite à la coopération — entre les citoyens, les forces vives de la société, mais aussi entre les partis politiques. Il faut rompre avec la dynamique d’opposition.

Et pour agir de façon plus cohérente je crois qu’on doit adopter un nouveau mode de fonctionnement pour le parti, qui sera fondé sur la transparence et l’ouverture — en s’appuyant sur les pratiques de la culture numérique.

Je pense que les façons de fonctionner des partis politiques, la manière dont ils s’assurent de la cohérence (ou pas!) entre leurs visions et leurs actions, est de plus en plus déterminante dans le choix des électeurs.

Je pense même que cette façon de fonctionner devrait être l’objet de l’article 1 du programme du Parti Québécois. Oui, même devant l’indépendance.

Illusoire? Avant d’en juger, je crois qu’on doit explorer et s’inspirer des nouvelles formes de partis politiques qui émergent ailleurs dans le monde depuis quelques années.

Comme l’Initiative, en Suède, auquel j’ai brièvement fait référence il y a quelques mois, et sur lequel je reviendrai de façon plus détaillée dans les prochains jours.

Je pense que ces prochains textes contribueront à illustrer ma proposition de façon plus concrète.

5 comments

  1. @Kugler: C’est une très bonne question. Je crois que oui, j’espère que oui. Je pense qu’on sera assez rapidement fixé sur ça dans les deux ou trois prochains mois.

  2. @Sylvain Auclair: Je n’ai pas dit que le clientélisme ne fonctionne jamais. Je dis qu’il affecte durablement la perception que les électeurs ont d’un parti et que le Parti Québécois a souffert de ça le 1er octobre.

    La CAQ n’en a pas souffert encore de la même façon parce qu’elle est «nouvelle», d’une part, et parce que ses positions apparaissent moins contradictoires avec les valeurs qu’elle affiche que cela pouvait être le cas pour le PQ.

    Je pense surtout qu’il faut arrêter de se comparer aux autres partis et refaire le choix de la cohérence avant tout.

  3. Quant à moi, le meilleur exemple de clientélisme est la position mi-figue mi-raisin sur la question du troisième lien. On préfère attendre un rapport plutôt que de déterminer une position claire quant au développement urbain, une vision d’avenir articulée sur le transport en commun. Sans doute pour préserver quelques votes dans certaines comtés…

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