La politique…

Aujourd’hui, une photo du 10 mai.

Je crois profondément à l’importance de la politique partisane. Je m’y suis même colletaillé pas mal au cours des dernières années — jusqu’à constater cette année que j’en avais perdu le goût. Fatigue? Résignation? J’ai pourtant bien essayé de combattre le cynisme…

Mais j’ai l’impression que c’est devenu trop dur d’avoir du fun dans cette politique-là. Trop de trop vite, trop à peu près, tout le temps. Pas d’espace ni de temps pour respirer. Encore moins pour réfléchir. Il faut toujours faire ce qu’on peut tout en sachant que ce sera trop peu… et tout ça sous l’impitoyable jugement des médias sociaux. Évidemment, les conditions qu’on impose aux élus finissent par déteindre sur tout le monde qui s’engagent à leurs côtés. Ça use…

Je me souviens encore d’un texte que Florence Piron avait publié dans Le Devoir le 31 décembre 2009. J’y avais fait référence sur mon blogue quelques jours plus tard dans un texte qui avait pour titre L’entrepreneur et le politique. Je pense qu’il est important d’y revenir, parce que le besoin de faire appel au plaisir civique m’apparaît plus important que jamais.

Il faut ramener le fun dans la chose politique sans quoi on ne s’en sortira pas. C’est le sourire aux lèvres qu’on pourra combattra le plus efficacement les changements climatiques — et relever tous les autres défis auxquels ont est confronté. Et c’est évidemment la même chose si on aspire faire du Québec un pays.

C’est d’ailleurs pour ça que je m’intéresse aujourd’hui beaucoup plus aux nouvelles manières d’organiser la démocratie et aux nouvelles formes de partis politiques — qu’aux vaines polémiques qui accaparent quotidiennement nos médias.

Et c’est pour ça que j’étais ravi, ce jour là, que notre grande marche nous amène, totalement par hasard, sur cette petite place de Copenhague, où avait lieu une manifestation d’Alternativet — un mouvement politique danois auquel je m’intéresse depuis plusieurs mois et qui m’inspire beaucoup.

Je suis de plus en plus convaincu que ce n’est ni la gauche, ni la droite, ni le fédéralisme, ni l’indépendantisme qui peuvent rallier les gens — c’est le plaisir de l’engagement, en lui-même.

Recréer au Québec des conditions favorables à l’expérience du plaisir civique: c’est à ça qu’on doit travailler en priorité.

Note: Ce texte fait partie de la série Fin d’année 2019

7 commentaires

  1. Oui, pis après !
    Les aspirations de la société civile et des groupes militants en tous genres doivent venir s’exprimer dans la sphère politique. Si non, quelques personnes biens organisées nous organisent. Et nous laissent dans la rue avec nos illusions et notre plaisir. La CAQ de François nous en fait une démonstration éloquente. Le danger qui guette une telle société de « nouvelle » politique c’est la montée en force de petits dictateurs, arrivée de nulle part, avec de l’argent.

  2. @Normand: ho! Je n’ai pas dit le contraire! Je ne dis pas qu’il faut décrocher, se désengager. Je dis qu’il est important de créer les conditions pour que plus de monde ait envie de le faire — avec plaisir.

    Je salue évidemment celles et ceux qui continuent de s’engager malgré le contexte très difficile — mais je ne pense pas qu’on arrivera aux grands changements auxquels nous aspirons, toi et moi, si on n’arrive pas à rallier beaucoup plus de monde, et du monde avec des profiles différents des nôtres.

    Et ça, je ne pense pas que ça se fera pas avec des incantations vertueuses. Ça se fera en donne le goût au gens de le faire: en les accueillant, avec le sourire, plutôt qu’avec un poing en l’air.

  3. Cette idée de plaisir est très souhaitable, en effet, car elle nous ramène à notre humanité au moment où tous les gestes des politiciens sont scrutés à la loupe par les médias de masse, puis vilipendés dans les médias sociaux. Cela me laisse croire que la tâche est herculéenne, mais si des politiciens honnêtes et engagés comme toi commencent à douter, l’espoir s’effrite. Bon courage, Clément.

  4. @Sylvain: merci pour cet exemple… même s’il me semble qu’on pourrait trouver quelque chose d’un peu plus agile comme système.

    @François: oh! Je ne commence pas à douter, je sens juste le besoin de prendre un peu de recul… c’est parfois bon. Et nécessaire, si on veut éventuellement pouvoir adopter une nouvelle perspective. Merci pour tes bons mots!

  5. C’est agréable de te voir reprendre du service sur ton blogue avec tes courts billets toujours inspirants et justes.

    Il y a en effet un réexamen de notre façon de faire de la politique. Je ne connaissais pas l’exemple de Alternativet, que je vais suivre avec intérêt.

    Je suis d’accord avec toi, il y a du fun à remettre dans la politique et dans l’engagement. Mais je crois aussi qu’il est essentiel de redonner un sens au mot « dialogue » et un sens « à l’intérêt commun ». Aujourd’hui, la politique partisane pollue complètement la sphère publique. Chaque groupe s’enferme dans son idéologie, sa ligne de parti et ses stratégies; avec pour premier objectif d’augmenter son pointage dans l’opinion publique. Les médias sociaux tels qu’ils sont conçus n’ajoutent que bruit et manipulation supplémentaire. La sociologie américaine Tufekci décrit bien la situation en affirmant qu’aujourd’hui l’appartenance supplante les faits. La vérité est mise à mal, le dialogue est mis à mal, les débats ouverts sont mis à mal.

    Habermas définissait la sphère publique comme cet espace entre le gouvernement et la société civile dédié à la réflexion sur l’intérêt commun (ok, ok, j’en conviens je simplifie un peu). Je crois que cette sphère publique est bombardée de toute part, c’est devenu un champ miné par toutes les manipulation. Il est peut-être temps de repenser cette sphère publique.

    Dans cette optique, des initiatives comme celle d’Alternativet, n’en sont que plus intéressantes. Tout comme toutes les initiatives citoyennes de participation et de cocréation qu’on voit se multiplier surtout au niveau local.

  6. Pour le moment, ce genre de plaisir, je le retrouve plus facilement dans des implications locales ou thématiques que dans des partis politiques où l’équilibre entre les processus démocratiques et les pressions des groupes d’intérêts n’est pas toujours facile à gérer et où les procédures deviennent souvent un moyen de contrôle plus qu’un cheminement d’idées.

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